‹ Shakespeare traduit de l'anglois. Tome 1Chapitre 45 sur 124 · R 0DE R 1 G O · texte numérisé non relu

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Vous m'aviez peint votre haine pour lui comme implacable.

Méprisez-moi , si je ne l'abhorre. Trois Nobles de cet Etat, pour m obtenir le grade de Ton Lieu-tenant , ont daigné le prier eux - mêmes , ont baille devant lui leur tête nue ; & foi de brave homme , je sçais m'apprécier j mon mérite nest point au-dessous de cette place : mais lui, plein de Con orgueil , & idolâtre de Ces idées, il les a, payés, avec emphase, de vaines défaites, de phrases hcrillces de mots étranges , de termes de guerre, & finalement a éconduit mes protedteurs : » Je vous » le prctcfle t leur a-t-il dit, j'ai choiji mort Officierit f Et cet Officier , quel homme est-ce ? — Vraiment un grand calculateur , un Michel Caffio ( i ) , un chit ou l'arrête un moment entre deux phrafeç. Le — marque le partage d'une idée ou d'un sentiment à d'autres idées ou fentitnens qui ont un objet différent.

( 1 ) Nous avons préféré ici l'édition d'Oxford. Nous traduirons sur toutes les éditions comparées : le plus communément (tous fuivocs celle de Johnfoiu

* Tome Ai

OU LE MORE DE VENISE, s Florentin, homme efféminé , efdave de fou beau vilage, qui jamais ne conduiiit un efeadron dans la plaine , qui ne connaît pas plus les diviiious d'urnr armée , que celle dont la vie se palle entre la que-nouille & le fufcau. Mais un fameux théorille , savant le livre en main!.,. Nos Sénateurs eu ftniarre ittifonncïont guerre oum-bien que lui. Pur jargon fan*; pratique , c'est toute sa fciencc militaire. Voilà l'homme qui a eu le choix du More : et moi, que ses yeux virent agit à Rhodes , en Chypre, dans d'autres contrées chrétiennes & infidèles, je me vois rebuté & payé de vaines paroles ; »» Je J'ai que je vous » dois ; rrene{ pacitnce : je 111' aCluiturcll un jour ; & il » faut que je me taire 1 CC C'est: ce spéculateur, c'est lui, qui au jour de la récompense fera ton Lieutenant ; et moi, je relie l'Enseigne ( titre que Dieu confonde ! ) de sa Moresque seigneurie!

Par le ciel, j'aitrois mieux aimé être fou bourreau.

Mais A cela nui remède. Tel cft aujourd'hui le cours du fefvice. La promotion fuit la brigue Se la faveur ; elle ne monte plus comme autrefois par les degrés dé l'ancienneté qui toujours portoient le fé-cond au rang du premier. Maintenant jugez vous-incnic Se voyez 11 à ma place, il est possible que j'aime le More ?

Je ne resterois donc pas à son service.

J A G O le regard anime.

Ecoutez, & vous ferez satisfait. Je reste avec lui pour lui rendre les services que je lui doi~. Nous ne pouvons tous être maîtres, i'v tous les maîtres ne peuvent être fidèlement servis. Vous trouverez nombre d'esclaves officieux , rampans , qui , ché-riirant leur servi tude , usent les jours de leur vie comme la bête de somme au service du maître , sans autre profit que le fourrage de la journce. Sont-ils vieux ? on les chasse. Châtiez-moi ces honnêtes escla-ves. Il en est d'autres qui portant sur le front le masque & les lignes d'un profond dévouement, tiennent au fond leur affection tournée sur eux-mêmes. S'ils prodiguent à leurs chefs de fitnplcs apparences de zèle , c'est qu'ils prospèrent à leurs dépens; mai s des qu'ils ont dore les franges de leurs vetemens, ce n'en plus qu'à eux seuls qu'ils rendent hommage. Ceux- là ont un peu d'ame , & c'est dans cette classe que je me range. Com-me vous vivez pour Roderigo seul, il est certain que ii j'étois le More je ne voudrois pas vivre pour Jago. En le servant je ne fers que moi & le ciel est mon juge ! Ce n'est pas moi qui lui montre de l'affection , du zèle; ce n'est que mon visage , pour mes vues particulières. Allez , quand mon action visible fera l'image naïve de ma pen fée, quand mon extérieur fera voir le fond de mon ame, attendez-vous à me voir aussi porter mon ectui nud sur ma main , pour l'offrir en proie aux yeux des méchants & des socs. Non, non , je ne suis point ce que Je parois ctre.

Quel supreme bonheur pour ce More aux lèvres épaisses, s'il réussit à l'enlever de la maison pater-nelle !

Eveillez son pere : jettez l'allarme dans ses foyers. Empoisonnez la joie du More ; faites retentir les rues de son nom : enflammez les parens de sa belle : au fein du paradis où il repose, envoyez-lui des insec-tes devorans ; tourmentez la jouissance & s'il faut qu'il savoure le bonheur, qu'il le goûte du moins mêlé d'amertume & de trouble.

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