R 0 D E R 1 GO
Devinez-vous le dessein que je médite?
Mais, de gagner votre lit , f.:. de vous livrer au sommeil.
R 0 D E R I GO, indiquant du do 'fj Ir: canal.
Je veux à l'instant me novcr dans cette mer.
Oh, si vous vous noyez , mon amitié pour vous est finie: & pourquoi, homme iiifeiifé?
La folie est de vivre, lorsque la vie est un tourment : & quand la mort feu le peut guérir nos maux , nous acquérons la liberté de mourir.
O lâche ! depuis quatre fois (i) sept ans j'ai pro-mené ma vue sur ce monde ; & depuis que j'ai su discerner un bienfait d'une injure, je n'ai pas encore trouvé d'homme qui fut bien s'aimer lui - même. Si jamais on m'entend dire que je veux me noyer
( 1 ) Jago pouvoir avoir environ quarante ans, les années qu'il coince font celles de l'expérience, pour l'amour d'une cousubine de More, je ronsens à descendre de la dignité d'homme A l'espece du singe.
RODERIGO
Que puis-je faire ? Il est vrai, le rougis d avoir une ame si tendre ; mais il n'est pas au pouvoir de ma vertu de m'en corriger.
La vertu ! sottise : il est toujours en notre pouvoir d'être tels ou tch. Notre corps est le jardin , notre volonté, le jardinier qui le cultive. Qu'il y sème l'ortie , ou des graines salutaires , l'hyffoppe ou le thim , des plantes variées ou d'une feule cfpece ; qu'il le rende stérile par Ton oisiveté , ou que son industrie le féconde, c'est en lui que réside la puis-sance de donner au fol sa forme, & de la changer à son gré. Si la balance de la vie n'avoit pas le poids de la raison à opposer au poids des pallions, la fougue du fang & la bassesse de nos penchans nous porteroient aux plus absurdes inconséquences : mais nous avons la raison pour ca lmer la fureur des sens, réprimer l'aiguillon de nos desirs, & dompter nos passions effrénées; d'où je conclus, que ce que vous appeliez amour ne croît dans notre fein que comme une ronce sauvage, ou un re j etton parasite.
Voilà ce qui n'cil pas concevable.
Oui, cet amour n'est qu'une pure effervefsence du fang, que permet la volonté. Allons, soyez hom-me. Vous noyer! Ce font les dogues qu'on noye , avec leurs aveugles enfuis. Je me fuis déclaré votre ami ; &, je le proteste, votre mérite m Attache à vous par des chaînes indissoblubles. Jamais je n'aurois pu vous porter mieux que vous ne l'êtes tnainrc. nant. Mettez de l'argent dans votre bourse ; suivez ces guerres : dcguifez votre jeunesse : empruntez les traits d'un autre âge. Je le répète, mettez de l'argent dans votre bourse. 11 est impossible que la pas-non de Defdemona pour le More dure long-tems; — Faites provision d'especes; — Ni l'amour du More pour elle. Le début en fut trop violent dans la belle : vous ta verrez finir par une rupture aussi brus-que. - Garnissez votre bourse, vous dis-je. Ces (i) Mores font volages dans leurs desirs. — Emplissez-moi bien votre bourse. Le fruit qu'il trouve aujourd'hui doux comme la manne (i) des roseaux, bientôt
( O Les Mores avec un tempérament impétueux , font lei plus inconstans de tous les hommes.
( i ) Le mot Anglois est Lohocks , sirop très-doux que les Arabes ont introduit dan. la mUednc. Warburtott* lui semblera plus amer que la coloquinte. — Dès qu'elle fera rassasiée des caresses du More, elle verra l'erreur de Ami choix.— Il faut du changement l son cœur, il en tant; ainsi munissez-vous d'or. — Avez-vous tant à ctrur de vous damner ? Pourquoi vous jetter dans la mer? DamnuX-vous l''u une folie plus agréable. — De l'argent encore une fois, le plus que vous pourrez. A moins que la finuetc du fra-gile vœu qui lie un Barbare fquc errant à une rusée Vénitienne , ne foit trop forte pour mon génie sé-condé de toute la puissance de l'enfer, vous la pof-rCdcrcl: ainsi de l'argent, de l'argent. Fi, loin de vous l'idée de vous noyer! — Elle choque le bon sens. Cher-chez , cherchez à mourir de plaisir entre les bras de votre idole , plutôt qui vous noyer & quitter la vie sans elle.