Trofhu and Ctatiâa, act. rr, BC
velle du caractère féminin. Il n’a peint que des héroïnes vertueuses ; U met en scène une coquette et il ne réussit pas moins bien dans la critique que dans l’éloge. La vive peinture qu’il fait du manège et des artifices de(l Cressida dénote une. expérience personnelle que lesj ^ sonnets annonçaient déjà , inais dont le poète n’avait ^ I point encore tiré parti dans ses drames , sans doute par sympathie pour la plus belle moitié du genre humain et surtout par égard pour la morale. On peut dire, à sou honneur, que les seules scènes légères de son théâtre sont celles où Cressida paraît. Encore n’y fait-il pomt aimer le vice et ne dissimule-t-il pas le mépris que lui inspire la coquetterie. S’il a peint une coquette, c’est que ce rôle est dans la nature, comme ceux des méchants et des ambitieux , d’Iago ou de Richard III , et qu’un répertoire dramatique qui embrasse l’infinie variété des choses humaines ne doit rien négliger de ce. qui est vivant et vrai.
Cressida, comme son oncle Pandarus, est un personnage de comédie. Elle représente l’élément comique, en opposition avec le caractère de Troïle, type chevaleresque de loyauté et d’honneur. Mais elle ne le représente pas seule. La conaédie , qui se joue constamment ici sur le fond romanesque du drame, fait parler d’autres personnages et descend même ju^u’à la bouffonnerie dans le rôle de Thersite. Ce railleur ne semble occupé qu’à dépouiller les chefs grecs du prestige de leur renommée et qu’à grossir leurs travers , en les observant à la loupe. Au lieu de les ennoblir et de les idéaliser, comme les poètes , il leur inflige l’outrage de la caricature. Ses traits souvent acérés et justes percent à jour la grossièreté des mœurs barbares. Ce qu’il y a de plus piquant
dans ses plaisanteries, c’est qu’elles déshabillent le grand homme de T âge héroïque et dévoilent ses infirmités secrètes. Comme il se moque spirituellement de la brutalité d’Ajax et d’Achille quand il dit : « Pour délivrer une mouche des pattes d’une araignée, ils ne trouveraient pas d’autre expédient que de tirer leur pesante épée et de couper la toile ' ! » Un autre bouffon qui ne fait que traverser la scène a déjà dit d’Ajax : <cCet homme s’est approprié les qualités spéciales d’un grand nombre d’animaux. Il a le courage du lion , l’humeur revêche de l’ours, la lenteur de l’éléphant. La nature a tellément mêlé chez lui tous ces tempéraments , que sa valeur dégénère en folie et que sa folie est mélangée de sagesse *. » Ailleurs ’Thersife, qui ne cesse de persifler les Grecs , appelle Diomède un hypocrite, Nestor un vieux fromage moisi et Ulysse un renard. Il ne ménage pas davantage Agamennon , qu’il accuse d’aimer les cailles et de n’avoir pas de cervelle, ni Méhélas, qu’il compare à un vivant portrait de Jupiter métamorphosé en taureau. « Si Troie ne doit être prise , dit-il encore , que lorsque ces deux-là (Ajax et Achille) auront miné ses remparts , ses murs resteront debout jusqu’à ce qu’ils tombent d’eux-mêmes*. » Gomme si ce n’était pas assez du ridicule que verse un bouffon sur les héros , ceux-ci se moquenfles uns des autres. Patrocle, pour amuser Achille, singe la pompe et la majesté solennelle d’Agamemnon, et imite la voix chevrotante de Nestor, tandis que ceux- ci rient entre eux de l’épaisseur d’esprit du fils de Pelée.