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V. Beaucoup de peine pour rien

Di; ■ ? by -jOogle

SUAKSPEARE.

l’étranger s’arrête devant sa maison, il le reçoit le sourire sur les lèvres et il le fait entrer dans la salle à manger où flambe, pendant l’iiiver, un feu pétillant. Puis il fait apporter une large pinte de vin des Canaries, jl l’invite à boire et il boit avec lui. Bientôt, grâce à l’influence d’une liqueur généreuse et d’une cordiale hospitalité, ce ne sont plus deux étrangers qui se trouvent en présaice, mais deux amis. On échange des confldences. Dans ce commerce, l’hôte, plus avisé et plus maître de lui, reçoit plus qu’il ne donne et devient ainsi le dépositaire d’une foule de secrets, qu’il garde en général fidèlement, mais qui lui donnent plus d’importance que ne le ferait supposer son humble condition. 11 sait tout et il connaît tout le monde; grand avantage, dont il ne se sert pas pour faire le mal, mais qui tourne en général au profit de son industrie. Chacun le respecte dans son village, parce qu’il a des relations en haut lieu. Plus d.’un négociant lui confie le soin de certaines aflaires, et plus d’un grand seigneur le charge de commissions délicates. C’est un être à part, qui touche à toutes les classes de la société, qui a-des amis partout et qui, au besoin, prend les proportions d’.un personnage. Mais la première condition de son succès, c’est la bonne humeur. U ne réussit que s’il est. jovial. Il faut qu’il ait toujours à la bouche un mot piquant sans malice, qu’il sache dérider les fronts soucieux et qu’il répande autour de lui une gaieté com-r municalive. 11 est éminemment conciliateur, dans l’intérêt de sa clientèle et de sa réputation, et s’il, survient une querelle chez lui, il se jette; par devoir, entre les combattants. C’est ainsi qu’il comprend son rôle, dans les Joyeuses bourgeoises de Windsor, où il a soin de séparer le médecin français, Caius, et le pasteur gallois, sir

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SE« COMBDIRS. .

fiugh Evans qui veulent ^se battre. < Consentirai-je à, perdre mon docteur? s’écrie-t-il. — Me résoudrai-je à perdre mon pasteur, mon «prêtre, imon sir «Hugueis ? » — ■£tpour{étre plussûr qu’ils ne se rencontreront pas, il leur assigne à chacun un rendez*-vous différent. i

Le portrait de l’hôte, souvent indiqué aA’ant Shaks- * .peare, spirituellement esquissé par lui dans les Joyeuses ’ \ bourgeoises de Windsor,, retouché à plusieurs reprises 'dans les comédies de Beaumont et Fletcher, a reçu un dernier coup de pinceau de la main d’un maître dans le •roman de Kénilworth.

Les .puritains, que Ben Jonson devait traduire sur la scène avec une si éloquente indignation, et que tous les •dramaturges contemporains poursuivent de leurs sarcasmes, comme les ennemis les plus «dangereux du théâtre, inspirent aussi >â Shakspeare quelques traits comiques. Mais plus modéré que l’auteurde Y Alchimiste, et, sans aller jusqu’à l’invective, il n’emploie contre eux que l’arme du ridicule. Il signale chez ces fanatiques le vice dominant de l’orgueil, et c’est par l’orgueil «qu’il les | punit, comme cet intendant de la Douzième,nuit quL-unc ' soubrette mystifie, qui se croit le favori de sa maîtresse,’ qui, après avoir lu une lettre composée pour le tromper, arbore des bas jaunes et-des jarretières en croix, afin de mieux faire sa cour, et qui finit par être enfermé dans un cabanon, au lieu de partager, ainsi qu’il l’avait rôvé, la fortune et le lit de .la comtesse Olivia. Écoutons la définition que donne de son caractère la spirituelle Marie :

« C’est un sot plein d’affectation, qui sait par «cœur les affaires de l’Etat, sans les avoir jamais étudiées, et qui débite sa science, «comme un faucheur abat du foin. » Les spectateurs pouvaient généraliser, ces remarques iro-

SHARSP£ARE,

niques et les appliquer à plus d’un sectaire de leur connaissance.

Le bouffon populaire, type essentiellement anglais,' dont la création remonte aux plus vieilles représentations du moyen âge, égaye de temps en temps la comédie de Shakspeare par ses bruyants éclats de rire, par ses lazzi moqueurs et par les réflexions pleines de sel dont il assaisonne ses burlesques saillies. Mais nous le retrouverons dans la tragédie où il est employé avec plus d’art et avec des intentions mieux marquées, c Un des caractères les plus comiques que le poète ait ■ tracés vient de la comédie latine, d’où il avait passé dans ’ celle des Italiens et des Espagnols : c’est celui du capi- ' taine lâche et fanfaron, du capiton Spavento, que Ben • Jonson n’a pas manqué de faire figurer dans sa galerie ! des originaux vivants. Ben Jonson l’appelle Tucca ou Bobadil et le place à Londres , où il fait des dupes jusqu’au jour où il est démasqué par un plus habile que lui. Slrakspeare le nomme Parole, le fait naître en France, aux.grands applaudissements du public anglais, et l’envoie exercer son métier en Italie, d’où il est venu. Ce ' Parole s’insinue adroitement dans lès bonnes grâces de V quelques gentilshommes de marque, parvient à se faufi- \ 1er à la cour, où il n’est pas encore connu, et usurpe, en ! racontant ses prétendues campagnes, une réputation de

courage que le vulgaire accepte, comme il arrive presque

/ toujours, sans examen. Il spécule sur la crédulité humaine et il réussit. Il y a si peu d’esprits qui ne se laissent pas tromper par les apparences. Il répète souvent qu’il a été à la guerre ; on le croit. Il parle des ennemis qu’il a tués; on le croit. Il sait qu’à force de répéter un men- ' songe, on le fait passer pour une vérité. Quelques che-

SES OOMéDIES.

valiers français partent pour une expédition périlleuse ; il a soin de leur serrer la main, en homme qui connaît le danger et la gloire, il les salue avec emphase : « Nobles héros, leur dit-il, mon épée et les vôtres sont sœurs.» Puis il ajoute, d’un ton de matamore : « Vous trouverez dans le régiment des Spinii un certain Spurio qui porte sur sa joue une cicatrice, un souvenir de guerre, c’est cette épée qui la lui a faite ; diites-lui que je suis en vie et notez bien ce qu’il dira de moi '. » Il soutient cette attitude martiale par l’élégance de ses vêtements, il est au courant de la mode, et il s’habille comme les petits-maîtres de la cour, persuadé qu’aux yeux de la plupart des hommes, le costume est une partie essentielle du mérite. 11 séduit par son babil la jeunesse, qui ne distingue pas le vrai du faux et qui se paye facilement de mots. Mais les vieux courtisans ne tombent pas dans le piège, iis flairent l’intrigant et ils percent à jour toutes ses manœuvres. Avant d’être mystifié à l’armée. Parole reçoit plus d’une " leçon sévère, au milieu même de ses succès. « Pendant deux repas, lui dit un gentilhomme plus avisé que lès aütres, je t’ai pris pour un homme suffisamment sensé. Tu racontais assez bien tes voyages. Cela pouvait passer... Toutefois, au pavillon dont tu étais pavoisé, je devinais que tu devais être un navire de médiocre tonnage. » Le même personnage achève son portrait, en s’adressant, devant lui, à un de ses amis.'« Croyez-moi, dit-il, il ne saurait y avoir d’amande dans cette coquille légère. Son âme est dans ses habits. »

Néanmoins, il garde son crédit sur l’esprit des jeunes gens, tant il est difficile de les détromper quand ils s’at-

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