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Ses Comédies. ô9
travailler, de vivre d’abstinence et de se mortifier pendant trois ans. Mais il n’a aucun goût pour ce genre de |tie, et il se dédommage des privations qu’il entrevoit par une foule d’épigrammcs. On veut qu’il étudie, n A quoi bon tant de travaux? répond-il. Pourquoi pâlir sur un livre? Quand la vérité crève les yeux, à quoi bon se donner tant de mal pour la découvrir? Est-ce la peine de se condamner à une si laborieuse existence, pour en arriver à citer ce qu’ont écrit les autres? »
Tl ne croit pas à l’austère vertu qu’affectent les courtisans du roi de Navarre. « Vous avez beau être résolus à vivre dans la pénitence, leur dit-il, vous n’échapperez point aux tentations. Chacun apporte en naissant ses penchants et scs goûts que la force ne saurait dompter. Si la tentation est d’accord avec votre caractère, vous y succomberez. Je vous prédis que la nécessité vous rendra parjures mille fois pendant ces trois années. » En effet, un des articles de leur règlement leur défend de s’entretenir avec des femmes. Dès le jour même où il est promulgué, le roi de Navarre reçoit la visite d’une princesse de France envoyée en ambassade auprès de lui. Voilà donc l’édit réformateur violé par. celui qui l’a porté, et qui devait donner l’exemple de la fidélité à la foi jurée. Cette première infi-action aux conventions établies entraîne toutes les autres. On peut s’armer de courage dans le cabinet et décider à l’avance qu’on résistera à toutes les attaques des sens; mais, en face du péril, on se trouve moins fort et moins bien armé qu’on ne Pavait cru.
Les quatre jeunes gens, qui voulaient fuir la société des flemmes ont à peine vu Ta princesse et ses trois suivantes, qu’ils deviennent tous quatre amoureui. Biron lui-même, le sceptique Biron, est atteint par la contagion
(le l’amour. Du moins il avait prédit qu’il ne fallait pas contrarier le vœu de la nature; il s’était moqué de la confiance que ses amis témoignaient en leurs propres forces, et s’il ne résiste pas mieux qu’eux, il lui reste la consolation de l’avoir prévu. Il supporte courageusement son malheur, il ne s’épargne pas à lui même les épigrammes et il raille sa maîtresse, tout en reconnaissant qu’ilne peut pas s’empêcher de l’aimer. « Eh quoi! moi amoureux, dit il, moi soupirer ! moi chercher une épouse, une véritable montre d’Allemagne toujours dérangée, qu’il faut sans cesse réparer, qui ne va jamais bien et dont il faut toujours, surveiller la marche! Que dis-je? Me parjurer, ce qui est pis que tout, et sur trois femmes, aimer justement la pire, une petite folle au teint pille, au visage velouté, où sont incrustées deux boules noires,' en guise d’yeux, une donzelle qui vous en fera porter, quand vous lui donneriez Argus lui-même pour eunuque et pour gardien. Et je soupire pour elle, et je perds le soiuraeil pour elle, et je la demande au ciel dans mes prières ! Allons! C’est un châtiment que Cupidou m’inflige pour avoir méconnu sa formidable et mignonne puissance'. »
Chacun des nouveaux amants cherche à cacher sa passion à ses compagnons, pour n’être pas accusé d’avoir violé le règlement. Biron surprend le secret de tous, sans se trahir lui-même, et se donne le malin plaisir de les démasquer, en présence les uns des autres. « A quelle comédie bouffonne j’ai assisté, leur dit-il; de combien / de soupirs, de gémissements, de douleur et de désespoir j’ai été témoin ! » Et il les persifle sans pitié. Mais il est dénoncé à son tour. Lui aussi fait des vers, il pousse dos soupirs et il raconte ses chagrins amoureux aux