‹ ShakspeareChapitre 35 sur 128 · Kiny-Joliii, ael. ui, 3c · texte numérisé non relu

Kiny-Joliii, ael. ui, 3c

sentiments chrétiens ; elle né regrette rien de ce qu’elle a fait, elle se considère comme une victime injustement frappée , elle poursuit de sa vengeance ceux qui ont combattu contre elle, et elle ne vit que pour assister à la rtiine de ses ^Tiinqueurs et pour s’en réjouir. Quoique bannie sous peine de mort, elle revient en Angleterre assister aux luttes intestines de la maison d’York. Shakspeare personniüe en elle la Némésis antique ; il lui donne des proportions plus qu’humaines et il la représente comme une sorte d’apparition surnaturelle. Elle pénètre librement dans le palais d’Édouard IV, elle y exhale sa haine en présence de la famille d’York et de ses courtisans. Nul ne songe à l’arrêter, quoiqu’elle soit exilée, et elle en sort sans obstacles , comme elle y est entréé. La môme baguette magique, qui lui a ouvert une première fois les pôrtes de la demeure royale , les lui ou\Te encore quand Édouard est mort et que ses fils ont été assassinés à la Tour par l’ordre de Richard III. Elle est venue d’abord pour maudire ses ennemis ; elle vient maintenant pour recueillir les fruits de sa malédiction. Semblable a une Furie vengefêsse ou à la Fatalité des anciens, elle a annoncé à chacun le sort qui l’attendait.

« Que votre roi meure, a-t-elle dit à toute la cour, qu’il meure, siuon par la guerre, du moins par la débauche, comme le nôtre a péri par 1e meurtre, pour le faire roi ! » - Et, suivant sa prédiction, Édouard IV s’est éteint, épuisé par les voluptés. « Qu’Édouard, ton fds, a -t- elle dît à la reine Élisabeth, maintenant prince de Galles, en expiation du trépas de mon üls Édouard, alors prince de Galles, périsse à la fleur de l’âge, moissonné, comme lüi, par une mort violente! » L’enfant qu’elle désignait ainsi à la vengeance céleste a été poignardé. « Hivers et toi^

D-j"'--- b> Googli

HO

Dorset, a-t-elle ajouté, voiis étiez présents, et toi aussi, lord Hastings, <juand mon lils fut frappé de poignards homicides. Je prie Dieu que nul de vous ne vive jusqu’au jour marqué par la nature, mais que vos jours soient tranchés par quelque accident imprévu » En effet, ilssont morts, condamnés par Richard.

Marguerite triomphe, ses vœux cruels ont été exaucés, et elle veut contempler de ses propres yeux les victimes de ses malédictions. Elle rencontre celles qu’elle cherchait, la duchesse d’York, mère d’Édouard IV, et la reine Élisabeth, sa femme; elle les voit plongées dans la dou- leur et elle entend les plaintes qu’elles exhalent; à son tour elle prend la parole et elle leur dit : « Si la plus ancienne douleur est la plus digne de respect, cédez à la mienne le droit d'aînesse et que mes chagrins aient la prééminence sur les vôtres! J’avais un Édouard; un Richard l’a tué. J’avais un Henri; un Richard l’a tué. Tu avais un Édouard; un Richard l’a tué. Tu avais un Richard ; un Richard Ta tué... O Dieu juste, équitable dispensateur, combien je bénis ta justice ! — Épouse dellenri, répond avec' dignité la vieille duchesse d’York, ne triomphe pas de nos malheurs ! Dieu m’est témoin <jue mes larmes ont coulé pour les tiens. — Pardonnez-moi, continue Marguerite, je suis affamée de vengeance , et maintenant qu’elle est sous mes yeux, j’en repais mes regards.» Elle s’enivre alors de la joie delà victoire, elle rappelle tout ce qu’a souffert la famille d’York, en échange de ses propres souffrances, et avec la cruauté implacable d’une haine de femme elle accable de son mépris la reine Élisabeth, qui est montée sur le trône à

Page 1