King Richard the third, acl. i, sc
DIIAMES HlSTOttlQUES. <95
tude, il garde quelque chose de la prudence qui dirige ses actions et, s’il a trop d'esprit pour ne pas connaître toute sa scélératesse, ce n’est pas là du moins un sujet dont il s’entretienne Tolontiers.
Oilostcr est le modèle de ces monstres que Shakspeare mettra plus tard sur la scène ; il précède lago, Régane et Edmond. Le trouvant dans Fhistoire, le poète a osé le reproduire dans des œuvres de pure imagination. Peutêtre, sans cet exemple historique, aurait-il reculé devant la peinture d’une perversité si profonde et si rare*.
Le crime doit être puni sur cette terre : c’est la loi morale de la tragédie anglaise, ù laquelle Shakspeare se conforme toujours. Richard III reçoit sa punition. La nuit qui précède sa dernière bataille, pendant qu’il dort dans sa tente, les ombres des victimes qu’il a égorgées, du prince de Galles, de Henri VI, de Clarence, de Rivers, de Grey, de Vaughan et de Hastings , les ombres des deux enfants de son frère Edouard, de la reine Anne et de Buckingham, lui apparaissent et le maudissent : € Désespère et meurs, lui crient-elles l'une après l’autre , tandis qu’elles annoncent leur protection et la victoire au comte de Richmond. » La tragédie classique aurait euvoyé un songe à Richard, et c.elui-ci l'aurait raconté, comme Athalie, avec toutes les angoisses du souvenir. Mais le drame anglais parle aux yeux. Ici le rêve est matérialisé. Au lieu d’écouter un récit, on voit sur la scène les ombres vengeresses et on entend les paroles qu’elles prononcent. Richard se réveille en sursaut, les membres couverts d’une sueur glacée. Pour la première fois, il éprouve un sentiment de crainte qui ressemble au re-
1. Voir sur le caractère île Richard III les belles réfleiions de M. Guizot, Süakspeare et son temps. Paris, Didier.
SHAK6PEAR8.
pentir, et il ressent les tortures d’une conséience qui jusque-là avait été sileneieuse: Cette intelligence si sûre d’ elle-même, qui a vaincu tous les obstacles qu’elle a rencontrés , se trouble à la fin sous l’aiguillon du remords. Le tyran dont le regard était si lucide et la main si ferme ne distingue plus ce qui se passe ni «u dedans de lui-;même ni autour de lui. Des paroles enfarecoi^ées ' sortent de ses lèvres au hasard, sans suite et smis ordre, comme ses pensées. - i ^ ■
« Donnez-moi un autre cheval, s’écrie-t-il en se réveillant— bandez mes blessures — ayez pitié de moi, Jésus l — Doucement ! Ce n’était qu’un rêve ! — O lâche conscience, combien tu me fais souffrir I — Ce flambeau jette une lueur bleuâtre. Il est maintenant minuit passé, des gouttes de sueur glacée couvrent ma chair tremblante. Eh bien ! ai-je peur de moi-même? Il n’y a que moi ici..:..-. (Je snpprime ici quelques subtilités' qui gâtent ce monologue.) Insensé, ne te flatte pas! Ma conscience a mille voix différentes, chacune d’elles me ■fait le récit d’une action différente, et chaque actiwi me condamne comme traître. Le parjure, le parjure au ■premier chef, le meurtre, le meurtre cruel, dans ce ^u’il a de plus féroce, tous les crimes enfin, tous commis à tous les degrés, se pressent à la barre et crient : Coupable ! coupable l II ne me reste que le désespoir. — Il n’y a pas une créature qui m’aime et, si je meurs, aucune âme n’aura pitié de moi. — Et pourquoi en aurait-on, puisque moi je ne trouve en moi aucune pitié q)our moi-même '? » • . -
En face du danger, Bichard rertrouve son^énergie. Il