Kimj Henry V, acl. il, 8C
« A quel bien-être infini de l’ânie les rois doivent renoncer, tandis que leurs sujets en jouissent ! Et qu’ont les rois que les particuliers ne possèdent point aussi, sauf le cérémonial? Et qu’es-tu, toi, cérémonial qu’on idolâtre? Quelle sorte de divinité es-tu, toi qui soutires plus des douleurs humaines que ne le font tes adorateurs? quels sont tes revenus? quels sont tes bénéfices? ô cérémonial, montremoi seulement ce que tu vaux! au fond, qu’adore-t-on en toi ? Es-tu autre chose qu’une position, un rang, une forme vaine qui inspire le respect et la crainte aux autres hommes? Tu rends ce roi, que tu fais craindre, moins heureux que ceux qui le craignent. Ne bois-tu pas souvent, au lieu d’hommages agréables, le poison de la flatterie ? Oh I sois malade, majesté orgueilleuse, et prie ton cérémonial de te guérir 1 Penses-tu que la fièvre brûlante fuira devant les titres que fait sonner l’adulation? Cédera-t-elle devant des génuflexions et d’bumbles attitudes ? Peux-tu, lorsque tu commandes au mendiant de s’agenouiller, lui demander aussi sa santé? Non, rêve orgueilleux qui te joues si subtilement du repos des rois, je suis,roi et je te connais »
Ces paroles du roi ne ressemblent à rien de ce qu’ont écrit nos auteurs tragiques. IJ y a là un tour philosopbique donné à la pensée, une abondance d’idées générales et une tendance naturelle à l’abstraction qui sont fort éloignés des habitudes de l’esprit français et surtout de celles de notre poésie dramatique si claire et si brillante. Ce sont au contraire les passages de ce genre qu’admirent le plus les Allemands, parce qu’ils y trouvent une source féconde de méditations, et qu’ils y reconnaissent