‹ Shakspeare et son œuvreChapitre 11 sur 46 · LADY CAPULET · texte numérisé non relu

LADY CAPULET

Mon Dieu! ce spectacle funèbre est le glas qui appelle ma vieillesse au sépulcre.

Bnittent MO'NTAGUE et sa suito^.

LE PRINCE

Approche, Mwitague: tu t'es levé avant l'heure pour voir ton fils, ton héritier couché avant l'heure.

MONTAGUE

Hélas! mon suzerain, ma femme est morte cette

nuit. L'exil de son fils l'a suffoquée de douleur! Quel est le nouveau malheur qui conspire contre mes années?

LE PRINCE, montrant le tombeau.

Regarde et tu verras.

M O NT A.G U E 9 reconnaissant Roméo.

mal appris ! Y a-t-il donc bienséance à prendre le pas sur ton père dans la tombe ?

LE PRINCE

Fermez la bouche aux imprécations, jusqu'à ce que nous ayons pu éclaircir ces mystères et en connaître la source, la cause et l'enchaînement. Alors c'est moi qui mènerai votre deuil et qui le conduirai, s'il le faut, jusqu'à la mort. En attendant, contenezvous, et que l'affliction s' asservisse à la patience...

Produisez ceux qu'on soupçonne. (Les gardes amènent Laurence et Balthazar.)

LAURENCE

Tout impuissant que j'aie été, c'est moi qui suis le plus suspect, puisque l'heure et le lieu s'accordent à m'imputer cet horrible meurtre ; me voici, prêt à m'accuser et à me défendre, prêt à m'absoudre en^ me condamnant.

LE PRINCE

Dis donc vite ce que tu sais sur ceci.

LAURENCE

Je serai bref : car le peu de souffle qui me reste ne suffirait pas à un récit prolixe. Roméo, ici gisant, était l'époux de Juliette; et Juliette, ici gisante, était la femme fidèle de Roméo. Je les avais mariés: le jour de leur mariage secret fut le dernier jour de Tybalt, dont la mort prématurée proscrivit de cette cité le nouvel époux. C'était lui, et non Tybalt, que pleurait Juliette. (A capuiet.) Vous, pour chasser la douleur qui assiégeait votre fille, vous l'aviez fiancée et vous vouliez la marier de force au comte Paris. Sur ce, elle est venue à moi, et d'un air effaré m'a dit de trouver un moyen pour la soustraire à ce second mariage; sinon, elle voulait se tuer, là, dans ma cellule. Alors, sur la foi de mon art, je lui ai remis un narcotique qui a agi, comme je m'y attendais, en lui donnant l'apparence de la mort. Cependant j'ai écrit , à Roméo d'arriver, dès cette nuit fatale, pour aider Juliette à sortir de sa tombe empruntée, au moment où l'effet du breuvage cesserait. Mais celui qui était chargé de ma lettre, frère Jean, a été retenu par un accident, et me l'a rapportée hier soir. Alors tout seul, à l'heure fixée d'avance pour le réveil de Juliette, je me suis rendu au caveau des Capuiet dans l'intention de l'emmener et de la recueillir dans ma cellule jusqu'à ce qu'il me fût possible de prévenir Roméo. Mais quand je suis arrivé, quelques minutes avant le moment de son réveil, j'ai trouvé ici le no-

ble Paris et le fidèle Roméo prématurément couchés dans le sépulcre. Elle s'éveille, je la conjure de partir et de supporter ce coup du ciel avec patience... Aussitôt un bruit alarmant me chasse de la tombe ; Juliette, désespérée, refuse de me suivre, et c'est sans doute alors qu'elle s'est fait violence à elle* même. Voilà tout ce que je sais. La nourrice était dans le secret de ce mariage. Si dans tout ceci quelque malheur est arrivé par ma faute, que ma vieille vie soit sacrifiée, quelques heures avant son épuisement, à la rigueur des lois les plus sévères.

LE PRINCE

Nous t'avons toujours connu pour un saint homme... Où est le valet de Roméo? qua-t-il à dire?

BALTHAZAR

J'ai porté à mon maître la nouvelle de la mort de Juliette ; aussitôt il a pris la poste, a quitté Mantoue et est venu dans ce cimetière, à ce monument. Là, il m'a chargé de remettre de bonne heure à son père la lettre que voici, et, entrant dans le caveau, m'a ordonné sous peine de mort de partir et de le laisser seul.

LE PRINCE, prenant le papier que tient Balthazar.

Donne- moi cette lettre, je veux la voir... Où est

le page du comte, celui qui a appelé le guet? Maraud, qu'est-ce que ton maître a fait ici?

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