‹ Shakspeare et son uvreChapitre 19 sur 77 · IE SPECTRE · texte numérisé non relu

IE SPECTRE

Oui, lui. Ce misérable incestueux a, par des dons, entraîné à ses désirs (oh! maudits soient les clt'-shs tri les dons qui ont le pouvoir de séduire ainsi 1 ) entraîné ma reine, la pins vertueuse, des femmes en apparence. Mais, ainsi que la vertu reste toujours inébranlable, même quand le vice la courtise sous une forme céleste, de riiénu' lu ltiuire. bien qu'accouplée

lit divin, elle n'aura pour proie que l'immondice. Mais doucement, il me semble que je respire la brise du matin. Abrégeons. Je dormais dans mon jardin, selon mon habitude constante, dans l'aprés-midi. A celte heure de pleine sécurité, ton oncle vint prés de moi avec une fiole pleine (lu jus de la jusquiame. et me. versa dans le creux de l'oreille la liqueur lépreuse. L'effet en est funeste pour le sangde l'homme : rapirlf rinnr k vif argent., elle sYJancy a travers Importes et les allées naturelles du corps, et fait tourner le sang le plus limpide et le plus pur, comme une goutte d'acide Tait du lait. Ainsi, elle couvrît partout de lèpre la surface lisse démon corps. Voilà comment, dans mon sommeil, la main d'un frère m' tua à la fois couronne, reine, existence, dignité, sans que je me fusse mis en régie. J'ai été envoyé dans mon tom-

beau, ayant tous nies comptes et tous mes péchés anima téte. Oh! horrible! bien horrible!

0 Dieu!

mais quoi que m fasse.-, qiu: ton cicur ne complote rien contre ta mûre. Abandonne-la au ciel et au poids que sa conscience porte! Il faut que je parte! Le ver

lui jOI inr. |M. |. ■,• < | i . I.. . i . r ii.

;ï pâlir ses feux impuissants. Hamlet, adieu , adieu, adieu ' suuvit;ils-tni de moi .

« Maudite fatalité! « s'écrie Hamlet, après avoir fait jurer le silence à Marcellns et Horatio, « maudite fatalité ! est-il possible que je sois né pour tout remettre eu ordre I »

son père la rencontre qu'elle a faite d'Hamlet. devenu comme un insensé.

OPUÉLIA.

0 jeune prince Hamlet, (leur unique du Danemark! le voila dépouillé de tous ses biens! Le joyau qui ornait le plus sa physionomie est volé, emporté! Sa

seule dans la galerie; il (.'-■il venu à moi , le regard égaré, les jarre lit' lrain;iiit, les snuliers dénoués, et il a si fermement fixé ses veux sur mon visage qu'ils semblaient avoir juré que ce fût là leur objet suprême. 11 est resté ainsi quelque temps, puis il m'a saisie par le poignet, cl i! m'a serré le pouls jusqu'au moment où, avec un soupir, il a lâche prise; et il s'est éloigné silencieux comme le milieu de la nuit. Quand il s'en est allé, ses yeux étaient toujours sur moi ; car il regardait par-dessus soi) épaule, et semblait trouver le chemin sans y voir, car il a fran-

II | I . I- ■ . I il !.. , |<lll ■

Remarquez coiubii'u ce rùlo ru apparence inutile (iïl|ilu'-luL est adjiili'nijk'iiiL'ul iiivfiilé putir méi>-r h< pathétique de la pitié à l'horreur de la vengeance !

Le pere d'Opliélia déclare au roi qu'llamlel est fou , et il lui propose (te. le rendre témoin de sa folie en le lui montrant tétc-à-lele avec sa fille. Le roi accepte et se cache. Ophélia. un livre à la main, se promène dans une galerie du palais, llamlel la ren-

dité apparente à sa maltresse éploréc. On voit que sous ces paroles il couve une allusion vengeresse contre la demi-complicité de sa mére. Mais Ophélia ne peut le comprendre et tombe dans le désespoir.

HAHLET. iTI

« Oh! malheur sur moi, » dît-elle , « avoir vu ce que j'ai vu Kl voir ce que je vois ! »

Puis enlre en scène une troupe de comédiens qu'on a fait venir pour rasséréner son esprit. Ici le drame dégénère en comique; il est plein d'allusions boulfonncs à une troupe de comédiens enfants dont Londres rafolait alors, et qui rivalisaient avec les comédiens de la Cité, dont Sliakspcarc, auteur et acteur, faisait partie. Cependant Hamlet infinie, au milieu de ces boulTuini.'rk'^liljihm^, garde toujours la pensée secrète de son vrai rôle.

11 finit par une imprécation philosophique contre lui-même. On y sent combien il souffre de se sentir une destinée tragique imposée par le besoin de venger son pùre.

« Je voudrais être seul un moment. »

On se retire.

HASILET, huL

Ah! niais de basse-cour, rustre que je suis! Quoi! voici un comédien qui vous arrache les larmes des yeux, pour Hécube I Que lui est Hécube et qu est-il à ilécube? Que ferait-il donc s'il avait perdu ce que j'ai perdu? s'il avait eu son père assassiné, sa couronne volée? 11 changerait toutes ses larmes eu

17W SHAKSPEAHB.

gouttes de Sun™, il 0 ton ni irait les assistants de ses lamentations, il frapperait de stupeur lus oreilles judicieuses, couf-'iii]i ;ilî lus i^mn-anis, rendrait muels les sages, « ferait partager par ions sa passion. Et moi, pourtant, espèce li'àne et île Jcannnf rêveur, moi dont le père a été égorgé par on scélérat, je me tiens tranquille et je laisse passer cela. Ah! lâche que je suis! Qui vent me tirer par la barbe ou me tordre le nez, me jeter on démenti par la gorge en pleine poitrine? four sûr, je garderais la chose. Il faut que je n'aie pas de fiel I autrement j'aurais engraissé tous les milans du ciel avec les entrailles de ce drôle! Damné salerai! traître! hixiincus! inouttrier scélérat! Oui-dfl, il est brave a moi, le [ila de ce père chéri, de me borner, comme une coureuse, comme on marmiton, à eus invectives!... En campagne, nia cervelle! J'ai entendu dire que des créatures coupables, assistant ;ï une pièce de théâtre, ont été amenées par l'action seule de la scène à, avouer un meurtre commis longtemps auparavaul. L'esprit que j'ai vu pourrait bien être le démon : et peut-être, abusant de ma faiblesse et do ma mélancolie, grâce au pouvoir qu'il a sur îles homme* euinme moi, chercbe-l-il à me damner. Je veux avoir des preuves plus fortes. Telle pièce est la chose où j'attraperai la conscience du roi. tu »n.l

La seine suivante mut. en action ! [ami et et li s comédiens. 11 commence par leur adresser dans la coulisse une ri'i-oiiiiiiamLrirni ;k t m u rubla lie bon sens sur la rér.itatiuii dêt'nclucuse îles mauvais acteurs. Ccst une page qui rie déparerait ni l'ope ni \ddison, ni les meilleurs critiques anglais du siècle i|ui suivi:

Puis il adresse tout bas à Horatio, son confident, l'instante prière de ne jias perdre de vue le mi au moment où on jouera une pièce qui rappelle beaucoup le meurtre du roi, son pore.

<i — Je tiendrai, » lui dil-ïl, « mes yeux attachés sur son \isa#'. et s'il ne se trouble pas, s'il ne pàti: pas, oli ! alors l'apparition que nous avons vue n'es*, qu'une œuvre de l'enfer. »

Les comédiens jouent; celui qui fait le rôle 'lu m i. in trier inéditant son forfait déclame :

Noires peosécs bras dispos, di-oîiiie prèi.', heure favorable L'occasion complice; pas une créature nui regarde. Mixlnrn infecte, cilraite de ronces arrachées fi uiinuïi, Trois fois flétrie, trois fois empoisonnés par l'Imprécation d'Hécalo ,

Ou» la magique puissance . eue les propi'iciéf terribles ('.liassent immédiatement la santé et la vie.

(Il KllJ

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