‹ Shakspeare et son uvreChapitre 33 sur 77 · FORTINS JUS · texte numérisé non relu

FORTINS JUS

Oh ! impérieuse mort ! que de princes tu as tués tout sanglants d'un seul trait!

Le message que nous avons rapporté d'Angleterre, ii quels princes le communiquerons-nous? 0 événements inattendus I Malheureux pays!

HORATIO

l'renez patience. Je montrerai au public entier le commencement de cette tragédie. Qu'un échafaud

SHAKSPEAHE.

soit dressé sur la place du marché, et. que Félitc du monde soit là pour entendre l'histoire la plus triste que jamais mortel ail pu raconter!

Voilà Ilumlet. la tragédie de Shakspeare, qui fonda sa réputation W l'âge de vingt-deux ans- Tous les caraeiiTi's di: son |ir(idÎL r Lc-.ix fjt'nic y snnr en germe, et il ne faut pas s'étonner de la vogue immense que le public anglais accorde à ce drame.

Premièrement , bien qu'un très - grand poêle , Marlow, eût imilé la légende allemande de Faux/. rajeunie et complétée depuis, de nos jours, par (ioithe, une tragédie anglaise d'une immense bcaulé. Ilamlei, était aussi neuve sur le théâtre de lit Cité de Londres que les traditions do l'extrême nord de l'Europe.

Secondement, le drame d'Hamlet, bien que la légende française de Itelleforest en eût, comme on l'a vu, fourni la première idée à Shakspeare, était entièrement inventé par l'auteur anglais. Trois grandes pensées, pensées bien profondes pour un fi jeune hoiouii-, cri cumiinsnicnt le f'ind :

Un roi secrètement criminel, criminel d'amour, criminel d'ambition , cachant son crime même à son épouse, et couvant sur son trône et dans son lit

Digiszed Dy Cooglc

H.VHLET.

usurpés le ru mords rongeur de son double attentat découvert a la lin par un beau-flls en démence.

La faiblesse d'une femme, d'une reine qui se donne par amour au meurtrier de son premier mari, sans savoir positivement et sans vouloir approfondir si son second mariage est innocent ou coupable; qui

turel des mères pour leurs fils, et qui ne se résout qu'en mourant à déchirer le voile transparent qui

lui dérobe encore li! forfait auquel elle participe presque innocemment. Situation complexe, dramatique, doublement intéressante, qui laisse pendant toute la pièce flotter le etcur du spectateur de l'horreur à la pitié , sans que le cœur puisse jamais se reposer daus une aversion ou dans une miséricorde complète.

Enfin cette feinte folie d'Ilainlet, caressé par le perfide assassin de son pere, soupçonnant le crime qui l'en a privé, ne voulant pas avouer ses soupçons, de peur du se dévouer lui-même à la même mort; instruit enfin par l'apparition vengeresse, n'avouant son secret qu'à quelques amis sûrs, continuant de feindre la folie pour tous les autres, et revenant, comme la vengeance divine, sur ses pas, pour subir la double fatalité de sa destinée, comme meurtrier du roi et comme victime !

Certes, voilà une tragédie tragique par ellemême et qui n'aurait pas besoin d'un poète pour l'écrire; il suffirait qu'un poète l'eut concuel

xm

Mais ici c'est lo même poCte qui l'a conçue et qui l'a écrite; ajoutons : qui l'a jouée, car tous les biographes du temps s'accordent à dire que bien que Sliakspeare fût un acteur médiocre , cependant il ne fut jamais égalé dans le rôle de ce fantôme d'llainU-1.

El voyez quelle étonnai: le audace dans le rôle capital et fondamental de r.'i;!|>:uïiiiiii -uniniiirrlli' de ce fantôme révélateur : (lai aurait jamais pu connaître ce fatal secret î L'apparition d'un fantôme en pareil cas était d'ail ii'iir* iKuiailnni.'iil conforme aux idées et même aux croyances du temps. C'était le merveilleux tliéâtral tout autant que le merveilleux religieux, tant les spectateurs étaient convaincus d'avance de ces rapporta presque quotidiens entre les deux mondes, le monde visible et le monde invi-

Aussi voyez avec quelle infaillible confiance et aven quelle souveraine habileté le poëtc crédule luimême pose l'apparition au seuil même de son drame, <■! ivininu' il i 1 !! fa'i:. l'in: rie rtiiilf lianliiiii'iit [-! rni'uil de sa pièce qui attachera jusqu'à la dernière scène le spectateur. C'est !e coup de génie ; c'est là qu'on reconnaît dès le premier pas l'inventeur.

HAHLET. Ï13

A l'exception des deux ou trois Scènes épisodiqiies dans lesquelles le poète, pour amuser .ton publie et pour railler le théâtre d'enfants qui faisait courir Londres, sort de son sujet et (('unie des conseils cri- , tiques admirables a ses collègues, tout marche au but sans déviation; e'est partout la reine perplexe entre l'innocence et la criminalité de son second mari , entre l'amour maternel pour llamlet et la pitié pour ce malheureux nufant ; entre les menaces et les tendresses de ce (ils; entre l'amour et la fiaine du

nitlîiclier à lui ei l'impossibilité de lui inspirer des. sentiments conformes à ses intérêts; enfin c'est toujours llamlet instruit à demi par le fantôme, cherchant la vérité tout entière, la découvrant dans le trouble du roi devant les comédiens qui lui jouent eu face son propre crime, et se décidant, quoique à regret, à venger son père, en entraînant sa malheuivi.-r mère dans une seconde iraliison, jusqu'au moment où tous les fils de cette quadruple conspiration se confondent, se nouent et se dénouent dans une scène où l'espace et le jour manquent. Conspi-

■lia miakspeabk.

ration du roi avec Léartes pour tuer iltuulet; conspiration Je Léartes pour venger lu meurtre aveugle

r 1 » r son père par llamlel; eoii!.|ii>'allon dlkimlel avec IbiralUi pour tuer le roi, el enfla conspiration de la reine contre son criminel «juins «1 contre elle-même en buvant lu poison préparé |iar 4011 mari contre son ' lils; meurtre général où tout le monde meurt et a besoin de mourir, pour sortir de celte épouvantable situation !

Mais remarquez combien le poêle est poète, et combien il midi' rlts pitié à l'iiorribb' dans ce cliaos de crimes qui ne serait t[u'iini: bmiclii'ri 1 .- Lmoble si une ligure céleste ut punie pour sou innocence et pour son amour ne venait, comme un rayon de lune sur nu charnier, répandre une lueur douce sur cet amas d'horreurs. Nous voulons parler d'Opliélia, de celte charmante enfant, sieur de Léartes, qui soupçonne que la folie dVHamlet n'est pas incurable, peut-être pas mémo sincère , qui l'aime à tout risque, fou ou sage , qui espé.re toujours le ramener à la raison , et qui, lorsqu'elle, en perd nVlinUi veinent l'espérance, perd elle-même la raison , tombe dans le délire le plus touchant et meurt IcnlcmeuL oosevelie |iar l'eau du ruisseau, sous les branches des saules. Les ro-

HAHLET. an

mances moitié sensées, moitié folies qu'elle soupire en mourant arrachent des larmes involontaires à tout l'auditoire. Ou y sent non pas l'accent déchirant du •li' i»»[->ir . uni. mi ir ■ -i- |j d-!'*'.-p | i--n < 1 la douleur, quand elle a découvert que son amant a tué derrière la [;i[)is>^rie sou vertueux père, et que, lors même qu'Hamlct recouvrerait la raison, elle ne pourrait jamais être à" lui.

Qu'on remarque aussi combien ce jeune poète de vingt ans est instinctivement profond dans l'étude de la démence , et combien il en conçoit véritablement le langage en donnant à Opbélia des notes gaies et même erotiques, mêlées de quelques notes plaintives qui remontent au cœur on ne sait pourquoi; sublime inconséquence de la raison perdue qui retrouve par hasard sa douleur sur ia route du sou-

vait attendrir cet horrible tableau en y répandant ces teintes amoureuses et dOsolivs <ommenr.ant par la naïveté, continuant par la tendresse et finissant par le plus touchant suicide î

Quant à la scène des paysans creusant la fosse d'Oplidia avec colle iii([illV:ri:i]cu d'habitude qui joue

avec la monture quand ta perle est brisée et évanouie, on peut due que la scène est trop profondément creusé' 1 |m;ir li: tlitàt:'! 1 latin, irs|ia^ni)] . italien, français; niais pour le théâtre anglais elle est merveilleusement adaptée au génie pensif et philosophiirue de ce peuple. C'est liossuet en action dans le dernier mépris des vanités humaines ; c'est Pascal jetant le dernier cri sur la misère des hommes; la dérision de la mort et du désesi>oir, la moquerie de soi-même donnée en spectacle à l'homme qui triomphe aujourd'hui, qui sera demain une relique

cimetière pour lui l'eileninuder la pourriture du cadavre qui fut hier un grand homme; dire le mot cruel, mais le mot juste sur ce qui n'a plia de nom dans mu tine langue ; mettre ce mot non pas sur la langue d'un prêtre ou d'un philosophe, mais sur les lèvres naïvement grossières d'un manœuvre; arracher la philosophie du cri de la nature ou de l'éclat de rire de l'indifférence : voilà, et surtout a vingt ans, le symptôme souverain du génie !

Ce fut lit première appaniimi rie Sliakspeare.

Et la fameuse contemplation poétique et lyrique de ce grand homme dans la même pièce : 10 bc or nol lo be, tire on ne pus l'Ire, roïlà lu question'. Qui

diiiH lit pensée humaine? Cette wmlcmplalimi tiVm-

elle pas restée proverbe cliez tous les peuples ?

HAXLET.

Shakspeare n'a-t-il pas donné là le mot au genre humain ? Que peut de plus un suprême poète 7

Certes ni Eschyle, ni Corneille, ni Racine n'auraient écrit Hum Ici sur te type du lits du l'ouvrier de Stralford-sur-Avon. On sent dans les premiers un art raffiné dans le plan et dans l'expression qui délie la critique et qui se produit devant l'élite des peuples assemblés , pour hisser dans l'imagination des hommes des modèles immortels tic ln beauté des

liiiiu'iii'-i. CY-t ]r; lnï;m ■ t'rsl le M L ■ I L ili' l'Knropi'.

On sent dans le second l'improvisation brûlante et rapide de l'homme du Nord qui ignore ces raffinements mélodieux de h Grèce et de la France, et qui cherche au hasard dans les légendes de la mer Glaciale ou dans les nouvelles de 1 Italie du moyen âge des sujets terribles ou touchants de drames pour plaire h son peuple encore enfant. Certes, la perfection de l'auteur anglais est moins grande en masse ; niais l'émotion île son drame monte par instants plus haut, il y a loin de \' Athnlï,- de Racine à Bornéa cl Juliette, à Hamlet ou à Maebeth de Shakspeare! il y a la distance de la perfection souveraine à la verve accidentelle. C'est moins beau, mais c'est plu» fort, et surtout c'est plus vrai.

La verve, ce mot mystérieux qui veut dire le génie en liberté, voilà le caractère de Sliakspeare. Vous la sentez partout, elle vous éblouit, elle vous en-

li W-s. li- pKfipli' îviinriii ([i; (v.'S [ji'iidi;;!^, tatiinl

ces rires sortis de la nature, qui mêlent plusieurs impressions à la fuis dans l'âme humaine, au risque d'affaiblir l'impression tragique parle contraste du rire et des pleurs, tantôt ces méditations philosophiques qui élèvent le spectateur du l'émotion spéciale à laquelle vous l'avez convié, jusqu'à cette émotion générale , impersonnelle, transcendante, qui fait de lui un nmtemplati'ur impartial du crime et de la vertu sur la scène du monde. Lequel est le plus beau de ces deux arts ? Osez le dire; quant à moi, je ne l'ose pas. Si l'on me demande : Où trouvez-vous le plus d'art dans Racine ou dans Sliakspeare ? A coup sûr je vous répondrai dans Racine. Hacine a su choisir, Sliakspeare ne !e sait pas. .Mais où trouvez- vous le plus de nature ? Je réponds sans hésiter : dans Sliakspearc,

Il ne faut doue pas comparer; il faut admirer des deux paris.

Les (irecs avaient raison de placer au-dessus de tout lîschyle, Sophocle, Euripide.

l^es Français ont raison de ne placer personne audessus de Corneille et de Racine.

Les Anglais ont raison de préférer Sliakspeare à,

tout ce qui a conçu et écrit le drame moderne avant

Ce peuple indépendant était né pour admirer Shakspeare.

Ce poêle indépendant (peut-être par ignorance) était né pour cl i armer ce peuple.

Tout le monde a raison ; mais pour le reconnaître, il faut s'élever plus haut qiiu ics ùcrjlcs classiques ou romantiques, et su placer aux points de vue divers des peuples policés et des peuples naissants : l'antique génie et !c génie moderne.

11 faut considérer surtout dans l'écrivain de drame non la perfection seulement, mais l'abondance.

Or, sous ce rapport, la supériorité du poète anglais est incontestable. JusIumm;, abondance, universalité sont les trois caractères de ce grand homme !

Ces deux génies, le génie tragique et le génie comique, n'ont jamais été réunis dans le même homme avant Rhakspean.'. M Iw'.hyle, ni Sophocle, ni Euripide dans l'antiquité grecque, ni Corneille, ni ilacine dans la littérature française, n'ont été doués par la nature de ce double esprit qui dans le poSto tragique se plonge dans l'abime des douleurs humaines pour arracher au oeur humain les derniers cris du désespoir, et qui observe avec une malicieuse attention les phénomènes du ridicule pour arracher le rire naïf et moqueur aux spectateurs de l'esprit humain. ■ Du sublime au ridicule il n'y a qu'un pas, » disait à Varsovie, en se mo-

qoiuil Up. son désastre, le plus mémorable acteur du drame en action de nos grandes guerres. — Cela n'Êtàil pas vrai, ou du moins cela n'était vrai qu'aux yeux de la pliilusopliio i'i île l'iiisinire. .Mais eu géufcral ces deux esprits s'excluent l'un l'autre dans ceux qui donnent au inonde le spectacle de luimême. L'esprit qui contemple grandes catastrophes et qui trouve du sang et des larmes dans celte contemplation est précisément le contraire de l'esprit analytique qui surprend les secrets du comique dam les caractères et qui en fait jaillir la comédie, celle de risioo de I buinitie par riiouiineySliaxspeare -cul, |>ar la prodigieuse mulupliciu: de ton apiitudo à uni observer et & teul rendre, a pu créer de la même main le type d Ibmlei et le type auoti immortel de KalstalT, ce faularou de Unies les qualités qu'il affecte el qu'il ■ ■ -r- ■ ■■ a l'inslanl où H les allt'cii', par la nvsjtiliti- liouieme de sou caractère. Aucune comédie ancienne ou moderne, sans on excepter Molière, l'artiste le plus parfait, quoique non le plus grand de notre littérature, n'a créé CL mis en action un personnage aussi profondément comique que Kalstall. Sliakspeare n'aurait inventé que ee clief-d' œuvre qu'il lutterait avec Molière et qu'il ne lui serait pas inl< rieur. Mais l'homme qui a conçu la démence feinte il'llainlel, la folie sincère et mortelle, d'Opliélia, la passion de Roméo et de Juliette ne trouvant d'asile que dans le tombeau l'un de l'autre, el qui a écrit le- grotesques excentricités de l'alstiilf

HAULF.T.

et les mille personnalités fantastiques de taliban et de Cyinbeline, dans s(;s féeries gains, variées et poétiques, telles que le» Commères de Windsor, ta Tempi'le, le Songe d'une nuil d' clé, cet homme, comme poète, c'est-à-dire comme ineoitettr, avait reçu du ciel en naissant toutes les clefs du cœur humain. 11 le pétrissait a son gré de lires et de larmes. On ne peut assister sans stupeur au travail prodigieux de sa

c'était un même amour également fécond pnur ce qui caractérise l'homme, le sublime ou le ridicule également humains; ia toute-puissaucc'du génie qui embrasse l'homme tout entier, et qui, jouant de lui comme d'un instrument divers, s'élève après a une philosophie merveilleuse qui l'égale à Pascal après l'avoir égalé à Molière.

En considérant sous cet aspect Shakspearc, il est impossible d'accuser les Anglais de prévention nationale et de ne pas reconnaître que !a providence des peuples leur a fait et) lui le plus beau présent qu'elle puisse l'aire aux sociétés humaines : un poPu: pour illustrer leur nation I ,

Et pourquoi ce grand homme s'est-il emparé ainsi de tout ce peuple 1 C'est qu'il n'était pas sou-

SH àESPEAKE.

Icincnl un faiseur de drames , mais tout à la fois uti souverain philosophe et un souverain poëte.

Voyez ses livres de poésie pure , tels que ses sonnets dignes de Pétrarque et ses poi'mes qui l'auraient égalé au Tasse, si la fortune adverse lui eût laissé le loisir de n'écrire qu'en vers rimés au lieu de le contraindre à écrire en prose ou en vers blancs, avec la précipitation que le public demandait a son génie.

Ajoutez à ce travail incessant les études tardives qu'il était obligé de faire pour trouver, soit dans Plutarque, ce résumé vivant de l'histoire antique, soit dans l'histoire de l'Angleterre, qu'il faisait revivre pour ie peuple, soit enfin dans les légendes italiennes de son temps, des sujets de drames ou de tragédies propres à intéresser son public, sans compter les tragi-comédies, les féeries, les innombrables fantaisies de sou imagination, telles que Macbeth, Roméo, le roi Lfar, Hamtel, Othello, Jules César, CUopûtrc, le Songe d'une nuit d'été, la Tempête, Cymbeline , les Commerei de Windsor, l'Histoire tragique de toute l'Angleterre, etc. Chacune de ces pièces sérieuses ou légères mériterait de nous

sr à l'esprit autant (le chefs-d'œuvre qui font m positio us de ce sublime esprit la bibliode tout un peuple.

Revenons à sa vie; elle fut pleine et courte; elle n'obtînt pas du ciel longues années qu'il accorda à Sophocle avec la ion le- puissance de son Renie qui ne pouvait mourir.

« Le poète, dit VI. \ illrmaiii . digne appréciateur

nesse , eu descendant la pente de cette vallée des ans dont parle Othello, ne perdait pas, ;m milieu de ses agitations de Londres , le souvenir de sa ville natale et de la jeune famille qu'il avait si souvent quittée.

(i Chaque année, dit-on, et c'est un des rares détails donnés sur lui pur w-i ronl emparants, il allait,

iliius 1,1 lii'ilr s.ii-::n , |i;'.s-^T r|!li-l|llf ti'uips il Sll'.iî-

vicux pére. Il avail été rejoint par un de ses frères, que son exemple sans doute entraîna vers le théâtre.

et qui n'est connu que par ces mois : Edmond Sfmlspearc, comédien, inscrit sur le registre mortuaire def '

l'église île H;iiiil-S;inv*jiir, dans la paroisse du Soulllivark, ciù William ShakspMri: ôlait loge.

» Lo goût du poëte pour les beauli-s de h nature, son impression si vivo des frais paysagus de l'Sib- \ fileipirc, indiquera le m seuls qu'il devait chercher le repos des champs. On a supposé toutefois do so» teenp un autre motif à ses fréquents voyages; on a conté que , sur la roule de son pays, il aimait a s'arrêter dans la ville d'Ovford. a 1 auberge de In Cohronnr, dont l'hôtesse, remarquable par l'élégance et

enfant, qui lui appartenait, dit-on. de plus près, et qui, dans la suite, mit un si npi lier amour- propre à so vanter de cette descendance. On concevra mieux, d'après cela, le iélc du royaliste Daienanl pour le républicain Miltun : c'était sans duute a ses yeux une double dette de parenté poétique.

o Quoi qu'il en suit, il semble que des motifs plus sériein conduisaient SliaLspeare dans lu comté de Wanvick, et que, malgré les distractiuiis de la vie comique, il eut de lionne heure cet esprit de retour qui lui f«L quitter Londres à cinquante ans, pour se retirer dans sa ville natale et dans sa famille. On le voit, dès 1.597, acquérir à Htrallord une grande maison qu'il fit en partie rebâtir, en la nommant iVeir- Ptace. En l(it)2, il achète, sur la paroisse de Strat-

rejoindre sa maison. Plus tard, il prend, pour une somme assez forte, lis moitié du bail des dîmes de la même paroisse. Il possédait en outre plusieurs petits domaines, vergers, jardins, non-seulement a Stratford, mais à ISusliaifun et à Weleomhe, villages du comté de Wanvick. Selon tonte apparence, il avait ainsi transporté dans son pays le produit de sa fortune théâtrale et des libéralités qu'il avait remues de queUpies grands de la cour, et surtout de lord Sou-

tesquien, Sliakspeare aima plus tard; et, dans ses sonnets, qui sont, à tout prendre, les seuls mémoires de sa vie, il se plaint.de vieillir en se laissant tromper.

(i Croyant faussement qu'elle me croit jeune, » dit-il, ii bien qu'elle sadie que les meilleurs de mes jours sont passés, j'ajoute loi naivem ut à sa langue menteuse ; et des deux eûtes on fausse la vérité. »

h Quand cinquante ans arrivèrent cependant, le

géant de la direction du théâtre, i! partit pour Slralford, où quelques années auparavant il était allé marier sa fille Suzanne, et avait planté dans le jardin de Piiiv-Plarrr un mûrier longtemps célibre. Selon

SU AKS l'EAlt 13,

louie apparence, c'est dans l'année l<îl/i que Shakspcare quille ainsi tout à fait Londres; car, depuis lois, il n'est plus Dominé comme propriétaire du f.iibr: cl, celle annéo même, Fie tôlier donna sur ce

théâtre sa comédie de in Dame dédaigneiae, où le monologue d'Hamlet et les dernières paroles d'Ophén snnl rli;il i ir Jl r mi : I > t paroi lii'-s,

ii Hhakspcare, rentré dans sa ville na laie, auprès de sa remine, si longtemps >'l si .souvent quittée, et de ses deux filles, somlilait (Icsiiué à jouir du repos dons une lienrctise aisance : mais ce repos fut court; et U

années du poète. Il fut, dit-on seulement, bien accueilli des gemiMioumics du voisinage, alla quelquefois à la taverne de Slratford, et fit une épigramme sur un de ses voisins, riche et vieux gentilhomme, fort de ses ami-, mais un peu usurier. On voit encore , par les actes publics du temps, qu'il eut un procès avec la emoimir)!' ilr Slrallord pour une question de clôture, et qu'en Ilii<3 il maria sa seconde lilli: Judilli, qui avait passé ironie ans. Cette même année, le 23 avril, jour anniversaire de sa naissance, Shakspeare mourut, à cinquante -deux ans révolus. Ce mémo jour, 5li avril liilfi, relirai! un autre moraliste inventeur, Cervantes, vieux el pauvre, et près de sa dernière heure implorant pour sa famille, par une lettre qu'il n'acheva pas, les aumônes de son protecteur, le comte de Lémos, ii Shakspearc, quoique la mort paraisse l'avoir sur-

|iris. kiis.-îait un lesument écrit de .sa main ci en parfaite santé de corpg et d'esprit, » dit-il an commen-

<]u' espérant et croyant avec l'crtitiiile participer à la vie éternelle, par les seuls mérites de Jésus-Christ son sauveur, il confie son finie aux mains de Dieu son créateur, et son corps à la terre d'où il est formé; puis il dispose, en lion ^l'iilillioiiime anglais, de son birii, a-si-j: < ■ i j j t h 'i r 1 l'? r:i I j 1 1 1 [mur le Irnips. Après a\oir

complété la dot de sa fille Judith, fait divers legs d'argent et de meubles à sa snir Jeanne, aux enfants

part lie ses biens, sa maison et toutes ses terres & sa fille aînée Suzanne, et, après elle, au fils atné de Suzanne, puis aux héritiers mâles de ce fils; puis, à leur défaut, au second lils mâle de Suzanne, et aux héritiers mâles de ce lils, renouvelant cette disposition condition ne lie jusqu'à sept fois; et, à défaut de tout héritier mâle, substituant ensuite lesdits biens à sa nièce Hall, au fils de cette nièce, et enfin à sa seconde fille Judith, lieux dispositions sont encore à remarquer dans cet acte; l'une est un souvenir de Sliakspcarc pour son ancienne profession de comédien, l'autre pour sa femme :

« Je donne et lègue, dit-il, à mes camarades John llem'mge, Richard Burbage et Henri Conduit, trente-

six schellingH pour leur acheter des bagues; >> et plus bas: u Je donne â ma femme mon meilleur lit de couleur avec la garniture. »

« Enfin Shakspeare institue pour exécuteurs leatamentaires son gendre John Hall et sa fille Suzanne. Hall, auquel Sbakspeare avait marié .sa fille bienaimêe, était un médi an qui devint célèbre dans ln suite et qui publia une e-peee de Clinique, longtemps estimée, où, dan.-; iniilr mu de pratique énumérés et décrits par lui, on ne diei'idierait ruijnurd'lmi qu'un

maladie de son bcau-jn/re Shalispeare. Mais souvent l'homme de génie n'est pas deviné par les siens; et souvent aussi l'homme qui écrit ne se doute pas de quoi la postérité serait curieuse.

» Milton, quelques années après, lui fit en vers celte immortelle épitipjte :

ci (Jucl b*oin a mon Sbakspeare, pour ses os vénéi! res, de pierres entassées par le travail des siècles? a Quel besoin que ses saintes reliques soient cachées u sous une pyramide qui moule jusqu'aux cieux ? « Fils chéri de la mémoire, grand héritier de la ii renommée, que l'importent ces faibles témoignages a de ton nom? Toi-mènie, dans notre admiration et ii dans notre stupeur, tu t'es bâti un monument de « longue vie, tandis qu'à la honte de l'art qui trn- « vaille lentement les vers coulaient faciles, et que « chacun, dans les pages de ton livre sans prix,

L'i 1 1 zrj L-. Ce

■i reçue ill; lit avec une impression profonde ces vers 'i inspirés. Mors loi, dans l'étourdisse m eut dont tu <■■ frappais noire imaqinalion , tu nous as rendus « marbre par trop d'effort pour concevoir; et, ainsi ■< enseveli, tu reposes dans une telle pompe, que les rois, pour un tombeau M'iiiblable, ambilionneraienl « de mourir! n

Voila !e sentiment que le premier poète épique de la (Iraude-Hrelafrue ne i-'a'e-nail pas de vouer en vers à celui qu'il aoprlaii m/m Sliakspeare ! Voilà ces mêmes vers retrouvés, traduits ci avoués eu prose par un des premiers littérateurs de la France! Que veut-on de plus? I.a postérité emprunte des voii immortelles quand elle veut immortaliser un enfant

De tels juges consacrent à jamais un nom.

11 eut de grands défauts île goût, sans doute;

mais il est aisé de voir que ces défauts linvnl des

les plus délicats d'une cour infectée d'italianisme.

Et cependant il n'était poinl courtisan de caractère. Sot) csjJfil fut trop viril pour plier sous la fortune. 11 fut plu tût un peu licencieux dans sa première jeunesse et lit quelques légères injures à la fidélité conjugale. Sa femme, fdlc d'un fermier des environs de Slralford-sur-Avoii. eiait plus a^ée que lui ; il l'oublia quelquefois, il ne l'a! «adonna jamais. Il amassa sou par sou une assez jolie fortune indépendante qu'il lui rapportait à. la lin de clinque année, et dont il accrut la maison et le petit domaine de sa famille. Il se retira dès qu'il le put, pour jouir auprès de sa iemine el de ses enTants du loisir paisible et lionoré qu'il avait glorieusement acquis par ses travaux. Il eut quelques légèretés, pas un vice ; il fut jeune , jamais débauche. Sa famille et sis ronntoicn» le pleurèrent, et le mûrier qu'il avait planté ombragea sa tombe.

Heureux les boromes qui vivent et meurent ainsi sûrs de leur vie par l'estime et l'affection de leurs concitoyens, sûre de leur mémoire par leurs œuvres!

Son œuvre à lui fui mêlée , nnus en avons dit les raisons | mais l'homme lut immense, et. tout pesé, il v eu eut de ptus parfait: y en a-l-il eu de plus grand 7

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