‹ Shakspeare et son uvreChapitre 67 sur 77 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Si par votre art, mon père bien-aimé, vous n\ct pu faire soulever ainsi les eaus en furie, apaisez- les. On dirait que les nues seraient prèles à verser de la poix enllammée, si la mer, s' élançant bondissante jusqu'au ciel, n'allait eu éteindre les feus. Oliï que j'ai souffert avec ceux que je voyais souffrir! un beau vaisseau, qui portait sans doute de nobles créatures,

brisé tout en pièce.;! Oli! leur cri a retenti jusqu'au fond de mon cœur. Pauvres gens! ils ont péri. Ali I si j'avais été quelque dieu puissant, j'aurais voulu précipiter la mer dans les animes sans fond, avant qu'elle eut ainsi englouti ce superbe navire et tous les malheureux passagers qu'il renfermait.

C10SPEHO.

Ma fille, cal niez- vous ; n'ayez plus d'effroi; dites à votre Cieur compatissant qu'aucun ma n'a été lait.

M i banda.

Oli! mallieurcuï jour!

PB09PEBO.

Point de mal, te dis-je, je n'ai rien fait que par amour pour toi; toi, ma fille chérie, ma fille biennimée, qui ignores encore qui tu es, et ne sais pas mon origine. Je ne suis à tes yeux que l'obscur Prospéra, le maître de la [dus pauvre grotte, ton père, et rien de plus.

MIBANDA.

Jamais je ne conçus l'envie d'en savoir davantage.

11 est temps que je t'informe de quelque chose de plus; donne-moi ta main pour in'aider à ûter mon

toi là, moo art. —Toi, cesse de pleurer; console-toi. Ce naufrage, iloul l'atlhiiix spectacle a ému en lui toutes les vertus île la compassion, a été, par la prévoyance île mon art, si placidement dirigé, qu'il n'a pas causé la mort d'une seule âme. Non, il n'est pas tombé un seul clieveu de la tète d'aucune des créatures que renfermait ce vaisseau englouti à les yeux, et dont tu as entendu le cri de détresse. Maintenant, assieds-toi; il faut que tu en apprennes davantage.

Souvent vous ave/ commencé à me dire qui je suis, mais vous vous iiiti'iToni[ii''* soudain et me laissiez dans une incertitude sans issue, en concluant : Sestoia-en là, il n'est pas Icmps eucurv.

L'heure est enfui arrivé;; voici l'instant précis ofi u dois inc prêter l'oreille. Obéis, et écoule-moi ivec attention, l'eux-tu te souvenir d'un temps éloi- ;né où nous n'habitions pas cette caverne? Je doute |tie tu le puisses, car tu n'avais pas alors dois ans.

(Juel objet peut L'aider à t'en souvenir? quelle de-

LA TEMPÊTE. m

meure, quelle personne? Parle-moi de toutes les choses dont l'image a été gardée dans la mémoire.

Tout cela est bien loin, et me parait plutôt an songe qu'une certitude que ma mémoire puisse me garantir. ?.'avais-je pas alors quatre h cinq femmes qui me servaient?

Tu les a

mais comment se peut-il que ti core? Que vois-tu encore dans c< cet abîme du temps. Si ta mém venir de ce qui s'est passé aval

vais encore plus, Miranda;

t en souviennes enobscur passé, dans ire a gardé le sou- ; ton arrivée ici, tu i y vins.

Il y a douze ans, Miranda, il y a douze ans que Ion père était duc df Milan, et un prince puissant.

Jl II AND A.

Seigneur, n'éles-voiis pas mon père!

Ta mère était un modèle de vertu, et elle m'a dit

331 BHAKSPEAHE.

que [ii t'iais nia fille. Ton père était duc de Milan, et son unique héritière n'est rien moins qu'une prîn-

0 ciel! faut-il avoir cruellement joué de malheur pour être tombés de si haut, et avoir été conduits ici ! ou bien serait-ce un boniieur qu'il en soit arrivé

L'un et l'autre, mon enfant, l'un et l'autre. Par un complot criminel, comme tu le dis, nous avons été précipités du trône?: mais la bout': du ciel nous aida a trouver cet asile.

UIRANDA.

Oh I mon cœur saigne en pensant aux douleurs que je fais revivre en vous, et qui sont effacées de ma mémoire. Vous plaît— H de poursuivre ''.

Mon frère, ton oncle Antonio, —je t'en prie, écoutemoi ! — Se peut-il qu'un frère ait pu être aussi perfide! lui qu'après loi j'aimais le plus au monde! lui à qui j'avais confié les affaires de mon État, qui était alors réputé la première de toutes les principautés. J'étais le premier duc en dignité, et dans les artslibèrau\ sans égal. Ces arts faisaient toute mon étude, les

soins du gouvernement reposaient sur mon frère, et je devins étranger a mon duché, étant transporté et ravi par mes secrètes études. Ton oncle astucieux, — m' écoutes-tu, nia filteî

Il raconte à sa fille qu'étant duc do Milan il fut trahi par son frère Antonio qui, avec l'aide du roi de Naples, le détrôna, et, n'osant pas le tuer, le déposa avec son enfant SIii\mda dans une barque démantelée, et les laissa flottant au hasard sur la mer Adriatique. Dieu les ■protf'jjea et les lit aborder à celte lie solitaire, où il vécut quatorze ans, grâce aux esprits célestes et a- un conseiller vertueux du roi de Kaples, nommé Gonzalo,qui lui fournit des vivres et des

Miranda écoute, s'émerveille, s'attendrit de reconnaissance pour Gonzalo, sauveur de son père, et s'endort.

Pendant lesomnini] de Uk'.irvbi, l'rospero appelle l'esprit de l'air, Ariel, et lui ordonne d'aller revêtir la forme d'une fille imperceptible de l'air et de revenir. 11 appelle le brutal géant Caliban, son serviteur lorcé, et lui commande d'apporter du bois dans la

grotte. Caliban murmure et obéit. Miranda se réveille. Ariel reparaît bous la forme d'une nymphe des eaux et citante aux oreilles des naufragés, de Miranda et du fils du roi de N.'iphs fVrdm.iiid, dont Miranda est éprise, et dont son ptre, le roi de Naples, a été submergé dans la tempête.

Ils s'avouent leur penchant l'un pour l'autre. Prospéra, !e père de la virginale Miranda, sourit a celte union, mais affecte de la traverser, pour en accroître le prix aux yeux des deux amnnts.

« Tu dais être un espion. » dit-il à Ferdinand.

n Non, la perfidie, " dit Miranda, " ne peut habiter dans un temple aussi beau: si l'esprit du mal a une si belle demeure, les bons eux-mêmes désireront babitei' avec lui. ■

PBOSPEÏO,

Loin de moi ! cesse de te suspendre fi mes vêtements.

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