I.c liémoji pari'' par sa Imnxhe
FHOSPEHO.
Non. — l'our toi, le plus pervers des hommes, que je ne pourrais appuler mon frère sans souiller ma bouche, je te pardonne i>-s plus noires trahisons, oui, tomes; mois je te revendique mon duché, qu'aujourd'hui, je le sais bien, tu es forcé de me restituer.
S'il est bien vrai que tu sois l'rospero, racontenous quelques particularités sur la manière dont tu as été sauvé. Gomment nous rencontres- tu ici, nous
qui, seulement depuis [rois heures, avons échoué sur ce rivage, où j'ai perdu (combien l'aiguillon de ce souvenir est aigu!), où j'ai perdu mon fils bien-aimâ,
Je suis affligé de cette mort, seigneur.
Cette perte est irréparable, et la résignation ne pourra m'en guérir.
PKOSPEHO.
Je croirais plutôt que vous rie l'avez pas appelée à votre aide; pour une perte semblable j'ai obtenu de sa douce assistance de puissants secours, et je repose satisfait.
Vous, vous avez fait une perte semblable V
Aussi grande pour moi, aussi récente ; et, pour supporter la perte d'un être aussi cher, je n'ai autour de moi que des. consolations bien plus faibles que celles que vous pouvez appeler pour vous consoler : j'ai perdit ma (ille.
ALOKZOi
tue fille? Plût au ciel qu'aujourd'hui ces de:i\
enfants fussent vivams dans N'aples! que n'y sont-ils roi et reine ! Pour obtenir qu'ils y fussent, je voudrais être enseveli dans ce lit do fange où est étendu mon liia. (Juaml avez-vons perdu votre fille?
Dans celle dernière tempête. Je le vois, ma rencontre ici a frappé ces sriinieiiE-s il'un tel étonnement qu'ils en dévorent leur raison , croient à peine que leurs yeux leur montrent la vérité , et que leurs paroles soient les sons ordinaires de leur voix; niais, quel que soit l'égarement qu'aient éprouvé vos sens, soyez assurés que je suis Prospéra, ce même duc qui fut chassé de Milan, <;t qu'une étrange destinée a fait arriver ici pour régner dans cette ile où vous avez fait naufrage. C'est assez pour le moment; car c'est une chronique à conter jour par jour, non un récit qui se fait dans le cours d'un repas, et qui puisse convenir à cette première entrevue. Vous Aies !e bienvenu, seigneur, cette grotte est ma cour : là j'ai peu de serviteurs, et point de sujets hors de son enceinte ; regardez au dedans, je vous prie. Puisque vous m'avez rendu mon duché, je veux m'acquitter envers vous par quelque chose d'aussi précieux ; du moins je vous montrerai une merveille, dont vous serez aussi content que je puis l'être de recouvrer
SKAKSPEAIIE.
lion doux seigneur, vous me trichez.
Non, mon cher amour; je ne le voudrais pas pour If mondp entier.
Oui, mflme pour une vingtaine de royaumes vous pourriez me faire dus chicanes, que je dirais encore que vous faites beau jeu.
ai. ors z».
Si ce tableau n'est qu'une vision de cette ile, il me faudra perdre deus fois mon fils bien-aimé.
C'est le plus grand des miracles.
Quoique les mers menacent, elles font grâce ; je les ai maudites sans sujet. (Miuid .'.e^ouiiic kmi
ALOHÏO,
Maintenant, que toutes les bénédictions d'un heureux père tombent sur toi ! Lève- toi, et dis-moi comment tu es venu ici.
0 merveille! combien de créatures parfaites sont ici ! que le genre humain est beau ! 0 glorieux nouveau monde, qui rfiifcniie de pareils habitants!
11 est nouveau pour toi.
Quelle est cette jeune lille avec qui tu jouais? Il ne peut y avoir plus de trois heures que vous vous connaissez. Est-elle la déesse qui nous a séparés et qui nous réunit momentanément?
Seigneur, c'est une mortelle; mais, par le doux bienfait de l' immortelle Providence , elle est à moi ; je l'ai choisie alors que je. ne pouvais demander l'avis .de mon pére, car je ne croyais plus en aToir un. Elle est la fille de ce fameux duc de Milan, de la renommée duquel j'avais si souvent entendu parler, mais que je n'avais jamais vu lui-même jusqu'à ce jour. C'est de lui que je tiens une seconde vie, et cette jeune femme me donne en lui un second père.
Je suis le sien ; mais n'est-il pas étrange qu'il nie faille demander pardon à mon enfant J
110 GlIAKSPEAnE.
Arrête», seigneur; ne faites pas peser sur notre ;--jiivuiiir le poids d'rni nia! qui nous ;i quiitCs.
GONÏALO.
J'étais oppressé par les larmes, sans quoi j'aurais déjà parlé. Abaissez vos regards, ô dieux, et faites descendre sur ce couple une couronne de bénédictions ; car c'est vous qui avez tracé la route qui nous a conduits ici.
1LONZO.
3e dis mnni, Gonzalo.
GOMZALO.
Le duc de Milan fut donc expulsé de Milan pour que sa race un jour donnât des rois à Naples ? Oh ! rejouissez -vous d'une joie plus qu'ordinaire; que ceci soit gravé en or sur des colonnes impérissables : n Dans le même vny.ifç» l'în ilid a trouvé un époux ù Tunis, et Ferdinand, son frire, trouve une femme sur une grève où il était perdu. Prospéra recouvre son duché dans une ile misérable, et nous tous nous sommes rendus à nous-mêmes quand aucun de nous ne s'appartenait plus. «
AL ON ZI), .i Ferdinand si i Uinndi.
Donnez-moi vos mains. Que le chagrin et la tris-
LA TEMPÊTE. 3(1
tesse remplissent à jamais le «cur qui ne vous souhaite pas le bonheur!
GOHZALO.
Ainsi soit-il ! Amen !
A 111 Kl, r: ; ..r..:- LE MAITRE LE SOS S KM AN-, qm
01)! regardez, seigneur; sire, regardez : voici encore plusieurs des nôtres. Je l'avais prophétise, que, tant qu'il resterait un gibet sur la terre , ce drôle-là ne serait pas noyé, llaiiitimatit, blasphémateur, qui éloignais par les imprécations la miséricorde de Ion bord, quoi ! sur le rivage tu n'as plus un jurement? Es-tu muet sur terre?... Quelles nouvelles?
La meilleure nouvelle : c'est que nous retrouvons ici sains et saufs notre roi et sa suite ; la seconde, c'est que notre vaisseau , qu'il y a trois sables nous avions cru perdu, est radoubé, debout, et aussi fièrement gréé qu'au moment où nous avons mis à la voile pour la première fois.
Maître, j'ai lait tout cet ouvrage depuis que je t'ai quitté.
llOil îllU'ltisîL'ill i-'-pm!
Ce ne sont pas là des événements naturels ; ils entassent le merveilleux sur le merveilleux. — Paviez, comment ètcs-vous venus ici?
Sire, si je jinusais eMtc bien éveillé, je lâcherais (le vous en informer. Nous étions tous frappés par un sommeil de mort, et (comment? nous ne le wons pas) tous jetés sous les écou tilles. Li, il n'y a qu'un
et plusieurs autres bruits tous horribles, nous ont réu'illés : nous non- précipitons, nous retrouvons la liberté, et nous revoyons dans tout son luslrc, fraîchement réparé, notre royal, notre bon et lier navire ; notre maître bondit de joie à celte vue. En un clin d'œil, nous avons été séparés des autres, et amenés ici encore tout assoupis comme dans un songe.
Ai-jebien travaille 7
A merveille, mon génie diligent, tu vas être libre.
TEMPÊTE
Voilà ie plus étrange dédale où jamais aient erré des hommes; il y a dans ces conjectures quelque chose qui surpassa tout ce qu'a jamais conduit la nature : il faut qu'un oradi' rccLiliu en ceci notre propre jugement.
r-nosPKtio.
Seigneur, mon suzerain, ne tourmentez point votre esprit à débattre en lui-même la bizarrerie de ces aventures ; nous choisirons, et dans peu, un moment où je pourrai vous ikmuui a i ons swi] (et vous le trou-
jusquc-là sovi'z tranquille, et croyez que tout est hien. (a pan.) Approche, esprit, mets en liberté Caliban et ses compagnons; romps le charme. Unei ton.) Comment se trouve mon gracieux seigneur? 11 manque encore de votre équipage quelques mauvais drôles
AMEL mw «. chwm =™t m CALIBAN, 8TB-
l'JUNO TIUUCULO, DM M. biUl< q.ll. on STEPJtANO.
Que chacun se démène pour je salut de tous les autres sans s'occuper du sien ; car tout ici-bas n'est que hasard. — Courage, monstre hargneux, courage!
SKAKSPEAEIE.
Si ces deux espions que je porte dans ma tête ne me trompent pas, voilà une bienheureuse apparition.