Tout eu bien qui finit bien, act. n, sc. I
tachent à une erreur. Pour eux, il faut des preuves visibles et palpables de la lâcheté du fanfaron. Le poète les leur donne dans une série de scènes plaisantes où le faux brave est démasqué, en présence de toutes ses dupes. Parole a quitté la cour; il est au camp, en face de l'ennemi ; dans une charge de cavalerie, son régiment perd un tambour. Aussitôt il déclame contre les généraux qui ont mal commandé l’attaque, il se plaint plus haut que personne de l’échec qu’on a subi, et il déclare que, si cela dépendait de lui, il reprendrait le trophée qui a été perdu. Sur ces mots, il s’éloigne comme s’il ruminait quelque expédition belliqueuse, et il se dirige, en effet, vers les retranchements. Mais quelques officiers, qui devinent sa fourberie, profitent de cette occasion pour le livrer à la risée publique. Ils postent plusieurs soldats qu’il ne connaît pas du côté où il s’est dirigé; à un signal donné, ces hommes se jettent sur lui, comme s’ils faisaient partie d’une embuscade de l’ennemi, lui bandent les yeux et lui parlent un jargon incompréhensible, semblable à celui qu’emploient les faux Turcs dans le Bourgeois gentilhomme de Molière. On le ramène ainsi auprès de la tente de son général, on fait semblant d’avoir besoin d’un interprète pour le comprendre, on lui promet la vie sauve s’il donne quelques détails sur la composition de l'armée dont il fait partie, on le fait passer par toutes les alternatives de la frayeur et de l’espérance, on obtient sans peine de lui la promesse qu’il trahira ses compagnons d’armes, et on lui fait dire sur leur compte tout le mal qu’il sait et qu’il imagine. Puis, quand il a fini, on enlève le bandeau qui couvre ses yeux, et il se voit entouré des gentilshommes devant lesquels il s’est si souvent vanté de son courage.
Shakspeare ne pousse pas plus loin la leçon. 11 se contente d’infliger au fanfaron un châtiment moral , tandis que Ben Jonson, à l’exemple de la comédie latine, ne lui épargne pas les coups de bâton. Cette réserve dénote chez le poète un sentiment délicat des convenances de la bonne comédie. S’il aime, dans la tragédie, les spectacles sanglants qui parlent aux yeux, il évite, dans ses pièces comiques, les scènes grossières où la main et le pied jouent leur rôle, comme on en trouve chez Plaute et môme chez Molière. Il met la plaisanterie en paroles plus qu’en action. Du reste, il ne recherche pas les intrigues purement plaisantes, qui se composent de tromperies, de mystifications et de tours joués aux bourgeois paisibles par les gens d’esprit. Il écarte de son théâtre les Daves de l’ancienne comédie, les valets fripons et habiles qui savent vider les coffres des pères, qui servent les intérêts des jeunes gens pour de l'argent et les dupent à leur tour, quand ils le peuvent, dont toute la science consiste à vivre aux dépens des autres, et qui figureraient en général très-dignement à la potence, s’ils ne jouaient pas si bien leur rôle sur la scène. Il n’y a dans ses œuvres ni Scapins, ni Frontins, ni Mascarilles. Ses valets ne tiennent jamais le même rang que ceux de Molière. Ils ne sont ni ménagés, ni consultés, ni caressés par leurs maîtres; ils suivent le fil de l'intrigue, mais ils ne la dirigent pas, comme cela arrive si souvent dans la comédie française- Ce sont toujours des personnages secondaires, ce qui ne veut pas dire qu’ils manquent d’esprit. Ils en ont même quelquefois plus que les gentilshommes qu'ils servent, comme l’Éclair dans les Deux Véronuis; mais c’est d’ordinaire un esprit inoflehsif, qui se dépense en jeux de mots ingénieux et qui ne va point jusqu’au manège; ou
bien, s’ils attrapent le prochain, comme les domestiques de Falstaff, c’est par imitation et à l’exemple de leur maître. Quand ils sont impudents , ce qui se voit aussi dans le théâtre de Shakspeare, car c'est un des traits les plus marqués de leur profession, ils se rapprochent plus de Sosie que de Covielle. Ils ont alors le ton goguenard, ils se moquent tout haut des femmes, quoiqu’ils ne soient pas mariés, tout bas des riches et des puissants, et, en toute occasion, d’eux-mêmes et de leurs égaux. D’autres ont des vertus. Shakspeare ne les condamne pas, ainsi que le fait Molière, à de perpétuelles supercheries. Il reconnaît et il honore en eux la dignité de l’homme, qui peut se révéler avec éclat même dans la plus humble condition. Adam, de Comme il vous plaira, appartient à la catégorie trop peu nombreuse, mais réelle, des vieux domestiques attachés depuis longtemps à une même maison, qui ont vu naître les enfants, qui les suivent dès leurs plus jeunes années et qui offrent aux fils le dévouement absolu avec lequel ils ont servi les pères. Celui-ci fait ce que font aujourd’hui les serviteurs qui obtiennent des prix de vertu à l’Académie française , il sauve son jeune maître d’un grand péril, il lui donne l’argent qu’il a péniblement économisé , et à quatre-vingts ans il sollicite encore la faveur de le servir.
Les soubrettes de la comédie anglaise, vives et spirituelles comme les nôtres, ont bien plus que les Dorines et les Lisettes le sentiment du respect qu’elles doivent à leurs maîtresses. Si elles hasardent une critique maligne sur la conduite de celles-ci , c’est tout bas , dans des aparté ou dans des monologues. Elles n’ont pas le génie de nouer et de dénouer les intrigues d’amour, et les amants ne se jettent pas à leurs pieds pour obtenir leur
ses COMÉDIKS.
intervention. Elles ne dirigent jamais l’action, elles survent au contraire l’impulsion qui leur est donnée par les principaux personnages, tout en gardant le droit de rire sous cape des sottises qu’elles découvrent, et quand elles ourdissent un complot domestique, comme Marie dans la Douzième nuit, c’est en l’absence et à l’insu du maître.
Shakspeare n’oublie jamais le point de vue moral. Il semble craindre, même dans ses rôles de soubrettes et de valets , de développer les mauvais sentiments aux dépens des bons et d’ébranler un des principes les plus nécessaires à la conservation de la société, en affaiblissant chez les serviteurs l’esprit de soumission avec lequel ils doivent obéir à leurs chefs.
Il témoigne le môme respect pour tous les liens sociaux et naturels. Il entoure d’une auréole de dignité et de noblesse la physionomie du père de famille, trop souvent bafoué par la comédie latine , et , à son exemple , par la nôtre. Les pères qu’il met en scène ne sont ni ridicules, ni avares. Ils remplissent en général leur devoir avec autant de fermeté que d’intelligence; on ne discute pas leurs commandements et on ne se révolte pas contre leur autorité. Les enfants auxquels ils donnent des ordres leur obéissent ou quittent la maison paternelle , sans essayer de se venger d’eux par quelque supercherie. Ils ont pour eux la raison aussi bien que le droit. En ne leur prêtant que des sentiments élevés, le poète les met à l’abri de toute moquerie. Même quand ils contrarient les penchants amoureux de la jeunesse, ils ne perdent rien de leur prestige, parce qu’ils n’agissent qu’avec des intentions droites. Cette lutte de l’amour et de la puis- sance paternelle, que racontent si souvent nos poètes
comiques , en sè rangeant presque toujours du parti des amants contre les pères , se présente dans Shakspeare sous une forme qui ne se rencontre guère dans notre théâtre. Chez lui l’amour finit bien aussi par triompher , mais ce n’est qu'au prix de certaines épreuves et sans que cette victoire affaiblisse l’autorité du père. Celui-ci ne cède point malgré lui et parce qu’il est trompé, il ne succombe pas devant une conjuration de valets et d’amants, mais il pardonne volontairement, quand il juge à propos de s’adoucir et que son cœur est touché par la constance de la passion.
L’amant, ce personnage brillant des pièces françaises, est souvent humilié, dans la comédie anglaise , par le vieillard dont il aime la fille. Ainsi l’un des deux Véronais, Valentin, reçoit une cruelle leçon du père de Silvia qu'il a séduite, et qu’il se propose d’enlever pendant la nuit. Il est découvert , pris en flagrant délit, mystifié et chassé du pays qu’habite son amante. Il l’épouse néanmoins, mais plus tard, après que force est restée aux droits paternels et que lui-même a expié sa faute par le malheur.
Plein de respect pour les pères , Shakspeare n’en témoigne pas moins aux maris , dont les mésaventures ont longtemps égayé le théâtre français. Il ne les sacrifie point à l’amant, il ne les livre pas à la risée publique et il ne les expose à aucun de ces malheurs que Molière fait fondre sur leur tête. Il les traite comme des personnages sérieux qui ne sont point inquiétés dans leur honneur et qui, s’ils l’étaient, auraient pour eux, avec la justice, l’appui de l’opinion publique et la sympathie des honnêtes gens. Il ne se moque pas d’eux, il ne rend pas le séducteur intéressant à leurs dépens, C’est, au
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contraire, à celui-ci qu’il réserve les mystifications et la honte , comme on le voit dans les Joyevses femmes de Windsor, où le chevalier Falstaff, dont nous étudierons plus tard le caractère , est successivement jeté à l'eau avec un panier de linge sale, battu sous le costume d’une vieille femme, épouvanté et brûlé près d’un chêne de la forêt , pour avoir voulu séduire deux mères de famille. Shakspeare ne parle pas légèrement des liens de mariage, il ne fait pas de la trahison des femmes une situation comique, il les suppose vertueuses et il ne rirait pas de leur infidélité. Madame Page et Madame Ford sont tentées, mais elles résistent et bafouent le tentateur. Le mari ne doit pas même être jaloux, car la vertu de la femme mariée est au-dessus du soupçon , et M. Ford est puni d’avoir douté de la sienne par les injures que lui adresse Falstaif, sans le connaître.
Mais si le poète ne prend pas pour sujet la peinture des passions illégitimes qui conduisent ù l’adultère, il n’en a pas moins consacré la plupart de ses comédies à peindre l’amour tel que l’éprouvent les jeunes gens libres de tout lien. Ce qui n'est chez Molière qu’un des épisodes de la fable comique devient ici le fond de la pièce. Mettre en présence l’un de l’autre un jeune homme et une jeune fille, inspirer à l’un des deux ou à tous deux une passion violente, étudier les effets divers que l’amour produit sur des caractères différents ; ici la fidélité à toute épreuve, là l’inconstance ; ici la gaieté, ailleurs la mélancolie; le faire entrer en lutte avec les
obstacles, tantôt avec des événements plus forts que lui, tantôt avec les sentiments de l’âme humaine qu’il étouffe ou qui l’oppriment, avec l’ambition, l’amour de la gloire, l’orgueil, la crainte de l’opinion ou la piété filiale: tel est le thème habituel qu’a choisi Sliakspeare , dans ses comédies.
Les amants n’y sont point conçus , comme chez nous , chez les Italiens et les Espagnols, d’après un type uniforme de loyauté et de galanterie chevaleresques. Ils ont, au contraire, des physionomies distinctes et, au lieu d’être relégués au second rang , ainsi que des personnages effacés dont les traits se ressemblent et se retrouvent partout , ils excitent le plus vif intérêt par l’originalité et la variété de leurs caractères. Molière esquisse avec légèreté leurs portraits; il leur donne à tous un air de famille qui affaiblit leur importance individuelle ; il pose en règle que tous, excepté don Juan, doivent aimer à première vue, sincèrement et éternellement. Ils sont prêts â mourir pour la dame de leurs pensées ; ils ' ne lui parlent qu’avec un profond respect et une sorte d’adoration, ou, s’ils s’emportent parfois contre elle, c’est par excès de tendresse et sous l’empire d’une jalousie dont ils lui demandent bientôt pardon. Shakspeare ne s’en tient pas aux Valères et aux Cléantes; il place à côté d’eux tous les types que lui fournit l’étude des sentiments si divers de la jeunesse, l’infidèle, le sceptique qui commence par nier l’amour et qui finit par l’éprouver, le mélancolique; le timide et enfin l’insensible qui se laisse aimer, sans aimer lui-même.
Un des deux gentilshommes de Vérone, Protée, est un exemple de la fragilité de l’espèce humaine. Il obtient , à force d’instances, d’être aimé de Julie; obligé des’é-
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loigner d’elle, pour obéir à la volonté de son père, il jure de ne jamais l’oublier; puis à peine l’a-t-il quittée qu’il devient amoureux de la maîtresse de son meilleur ami , essaye de la séduire, n’y réussit pas, veut lui faire violence et tombe entre les mains de l’homme qu’il a outragé. Il finit par se repentir, parce que le poète ne veut pas que l’intrigue tourne au tragique ; mais il a été parjure, traître à l’amour et à l’amitié , et il nous apprend , par sa faute, que l’inconstance peut conduire au crime. Son ami, Valentin , appartient à la catégorie des amants malheureux , traversés dans leurs projets , qui prennent au sérieux la passion , et qu’un seul échec dégoûte des plaisirs de la vie. Il va cacher sa douleur au milieu des bois, il préfère la solitude au monde qui l’a blessé dans son affection, et il se fait chef de brigands, pour ne plus vivre avec les hommes des villes.
Bertrand, comte de Roussillon , dans Tout est bien qui finit bien , ne se pique envers les femmes d’aucune courtoisie. Loin de ressembler à un amoureux de la comédie française du dix-septième siècle, il traite l’amour en soldat qui ne songe qu’à l’heure présente, et qui le lendemain ne reconnaît plus la jeune fille qu’il a séduite la veille. Orgueilleux et violent, il repousse la femme que le roi lui a donnée, pour conserver la liberté de la jeunesse; il n’aime que la guerre et la gloire, et les liens les plus doux lui sont une chaîne qu’il secoue avec impatience. Bassanio , sincère et loyal gentilhomme , amant de Portia , dans le Marchand de Venise , malgré la force de ses sentiments, n’a rien de langoureux dans le caractère. Il ne soupire pas aux pieds de son amante, mais il sait à quel prix elle doit être conquise et il entreprend résolûment d’obtenir sa main. C’est un homme éner-
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gique comme Bertrand; mais tandis que celui-ci ne songe qu’à se battre, Bassanio met son énergie au service de l’amour.
Orlando , dans Comme il vous plaira , nous représente un type différent, l’amant timide, qui affronte intrépidement les dangers les plus terribles, mais qui tremble devant celle qu’il aime, qui n’ose pas lui exprimer son affection, et qui écrit, en vers et en prose, ce qu’il n’a pas le courage de dire tout haut.
Shakspeare nous offre encore bien d’autres portraits de jeunes gens amoureux, depuis le spirituel Benedict jusqu’à Orsino, duc d’illyrie, amant constant , mais toujours rebuté, de la comtesse Olivia. Il applique à l’amour cette loi de la variété qui domine son théâtre; quoiqu'il le mette souvent en scène, il le peint toujours avec des couleurs différentes. Et, cependant, au milieu de cette diversité, il aboutit sans cesse à la même conclusion. Il proclame la force irrésistible et la victoire assurée de la passion ; quels que soient les obstacles qu’elle rencontrera sur sa route , elle en triomphera ; elle répond à un besoin général de l’humanité, et les entraves que lui opposent la volonté des hommes et le cours des choses ne font qu’augmenter sa puissance.
Si cette idée du poète ressort de la peinture qu’il a faite des caractères virils, elle paraît encore plus évidente quand on étudie les types de femmes qu’il a conçus. Aucune d'elles ne se soustrait à l’influence de l’amour ; presque toutes commencent par en souffrir ; plusieurs sont incomprises ou méprisées; mais, à travers toutes les difficultés, elles finissent toujours par obtenir la récompense de leur tendresse. Il faut dire que Shakspeare les traite avec une bienveillance marquée ;
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il ne leur attribue aucun des défauts qu’il reproche aux hommes ; il parle d’elles avec un mélange d’attendrissement et de plaisir, et il compose leurs portraits des nuances les plus délicates du sentiment et de l’esprit. C’est de leur côté qu’il met la vertu, la raison et la force, aussi bien que la grâce. Il varie néanmoins l’aspect de leur physionomie, mais il ne leur prête qu’un sentiment sur toutes les questions qui intéressent l’honneur, la dignité de leur sexe et la fidélité à la foi jurée. Elles sont, avant tout, sincères et constantes. Il n’y a pas une seule femme parjure ni fausse dans les comédies du poète. Leurs qualités sont différentes. Chez l’une, c’est la gaieté ; chez l’autre, c’est une mélancolie douce ou une résolution énergique qui domine ; mais toutes savent également aimer , respecter leurs serments et se dévouer pour celui qu’elles aiment. Le malheur ne fait que rehausser leur mérite.
Les plus malheureuses sont celles dont l’amour n’est pas ou n’est plus partagé, qui s’attachent à un amant infidèle ou insensible, et qui n’ont même pas l’espoir de changer leur destinée par la patience. Il y a , dans les œuvres comiques de Shakspeare, deux exemples trèsfrappants de cette situation cruelle où la femme n’est pas aimée et se résigne à ne pas l’être. Julie, dans les Deux Véronais, après avoir été séparée de Protée malgré elle, part, pour le rejoindre, sous le déguisement d’un page ; elle arrive à Padoue où s’est fixé son amant, elle s'arrête chez un aubergiste, et, le soir même, elle entend Protée offrir une sérénade et adresser des vers à une ' étrangère. Elle ne s’emporte pas, elle ne fait aucun éclat, elle souffre en silence, et la blessure qu’elle a reçue ne peut arracher de son cœur l’image du coupable. Elle
5HAKSPEARË.
aime sa souffrance , parce qu’elle vient de lui , et elle trouve un secret plaisir à la nourrir elle-même en s’attachant à sa personne. Au lieu de fuir et de maudire son amant, elle entre à son service sous un costume d’homme. Elle le verra ainsi tous les jours ; ces rapports continuels raviveront sa douleur, mais lui apporteront en même temps la seule consolation qu’elle puisse accepter, celle de le voir. Elle consent même à se charger des messages de Protée pour sa rivale. C’est à coup sûr une péripétie touchante que celle qui met l’amante dédaignée en présence de la femme qui lui a enlevé le cœur de son fiancé. 11 en résulte une scène fort belle, que Beaumont et Fletcher ont imitée dans un passage célèbre de leur Phiiaster.
jclie, déguisée en page.
Madame, Protée envoie cette bague à Votre Seigneurie.
SILV1E.
Quelle honte pour lui de me l’envoyer! car je lui ai entendu dire mille fois que sa Julie la lui a donnée à son départ... Quoique son doigt perfide ait profané cette bague, le mien ne fera pas une telle offense à sa Julie.
JULIE
Elle vous en remercie.
SLLV1E.
Que dis-tu?
JULIE
Je vous remercie, madame, d’être compatissante pour elle. Pauvre femme! mon maître est bien injuste pour elle.
SILV1E.
La connais-tu ?
JULIE
Presque aussi bien que je me connais moi-môme. Je vous assure qu'en pensant à ses chagrins j’ai pleuré' des centaines de fois.
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