‹ Shakspeare, ses œuvres et ses critiquesChapitre 80 sur 139 · ROMÉO · texte numérisé non relu

ROMÉO

Eh bien ! qu’on me prenne ! qu’on me mette à mort ! Je m’en réjouis, puisque tu le veux. Disons que cette lueur grisâtre n’est pas l’œil du matin, mais seulement le pâle reflet du front de Cynthie. Non , ce n’est pas l’alouette , dont le chant frappe la voûte du ciel si haut au-dessus de nos tôles. J’ai bien plus le désir de rester que la volonté de partir. Viens, mort, et sois la bienvenue! Juliette le veut ainsi. Qu’en dis-tu, mon âme? Causons; il n’est pas encore jour >.

Il ne faut pas moins que cette menace de mort pour rappeler, à Juliette le souvenir de la réalité. Elle était plongée dans les rêves de l’amour; le poète l’arrache avec efforts à ce monde enchanté, pour la mettre en face du tableau vrai de la vie. Quand la passion est maîtresse d’une âme, elle en inspire tous les mouvements et en dicte toutes les résolutions. C’est ce que Shakspeare a compris, en conduisant les deux amants, à travers les péripéties de leurs destinées, jusqu’au dénoûment tragique qui les attend. Ni l'un ni l’autre ne se dirigent eux-

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