‹ ShirleyChapitre 18 sur 46 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'oncle et la nièce.

Le dé était jeté. Sir Philippe le savait ; Shirley le iiavait. Cette soirée, où toute la famille de FiQldhead dfnait au priePf^ de Nunnely, devait décider de l'affaire.

Deux ou trois choses avaient ainené ^ir Philippe |>îqnne|y à se prononcer. Il avait observé que miss Keeld^r ayait l'air pensif et souffrant, Cette nouvelle phase dans 9^ manièpp d'être le frappa dans son côté faible, son côté poétique. l)es sonf^ets fermentèrent tout à cogp dap§ son cerveau ; et, pendant qu'ils s'élaboraient, une des sœurs persuada à la dame de ses amours de s'asseoir au piano et de changer une ballade, une des propres ballades de sir Philippe. C'était le nipips travaillé, le moins affecté, et ^ans cpmpar^json le nqieilleur de ^es npmbreux essais poétiques.

Il arriva que Shifley, l'instant aupar^vapt, av^it é^^ oçcqpée k regarder par la fenêtre donnant suf le parc; elle ay^it vu ce clair de lune orageux que le professeur Loui§, peut-^^êl^^^ ^u même ipoment, contemplait de la fenêtre du^parloir d^ Fieldhead ; elle avait vu les arbres isolés du doniaine, des chênes puissants et d6s hêtres d'une hauteur immense, agités par la tourmente. Son oreille avait entendu le mugissement profond de la forêt ; son œil avait vu les nuages violemment chassés passer sur le disque argenté de la lune : elle s'arracha ^ cette vue et h ces bruits, touchée, sinop ravi^, excisée, çipon inspirée.

Elle chanta, comme on Pen sjvait priée. Il y avait bepucpup de choses daps la ballade ; l'amour fidèle qni refusait d'abandonner son otjet; l'amour que le malheur ne pouvait ébranler; l'amour qui dans la calamité devenait plus fort , dans la pauyrelé s'attachait plus étroitement : Ips paroles étaient adaptées

à un vieil air très-beau; par elles-mêmes, elles étaient simples et douces ; peutrêtre, à la lecture, manquaient-elles de force ; bien chantées, il ne leur manquait rien. Shirley les chanta bien : elle en interpréta admirablement le sentiment et la douceur; elle leur donna de la passion, de la force r sa voix était belle ce soir-là , son expression dramatique : elle impressionna tous ses auditeurs et en charma un.

En quittant l'instrument, elle s'approcha du feu et s^assit sur un siège moitié tabouret, moitié coussin : les ladies étaient autour d'elle, aucune n'ouvrait la bouche. Les miss Sympson et les miss Nunnely la regardaient comme d'innocentes poules pourraient regarder une aigrette, un ibis, ou tout autre volatile rare. Qu'est-ce qui la faisait chanter ainsi? Elles n'avaient jamais chanté de la sorte. Ëtait-il décent de chanter avec une telle expression, une telle originalité, si différemment d'une écolière? Décidément non : c'était étrange ; c'était inusité. Ce qui était étrange devait être mal; ce qui était tnustïe devait être inconvenant. Shirley était jugée. De plus, la vieille lady Nunnely, du haut de sa grande chaise placée au coin du feu, la regardait avec des yeux pétrifiants. Son regard disait :

c Cette femme n'est pas de mon espèce ni de l'espèce de de mes filles; je ne veux pas qu'elle soit la femme de mon fils. »

Sir Philippe, saisissant le regard, en découvrit la signification : il s'alarma ; ce qu'il avait tant désiré gagner, il courait risque de le perdre. Il devait se hâter.

La salie dans laquelle ils étaient avait été autrefois une galerie de tableaux. Le père de sir Philippe, sir Monkton, l'avait convertie en salon. Un réduit profond, avec une fenêtre, réduit qui contenait autrefois un lit, une table et une armoire, formait une chambre dans une autre. Deux personnes pouvaient échanger là un dialogue parfaitement secret, pourvu toutefois qu'il ne fût ni trop haut ni trop long.

Sir Philippe décida deux de ses sœurs à chanter un duo ; il donna' de l'occupation aux miss Sympson : les deux ladies conversaient ensemble. Il eut le plaisir de remarquer que, pendant ce temps, Shirley s'était levée pour regarder les tableaux. Il avait une histoire à lui dire touchant une de ses ancêtres dont la sombre beauté ressemblait à celle d'une fleur du midi : il la rejoignit et commença son récit.

Il y avait dans l'armoire placée dans le réduit des objets qui avaient appartenu à la même lady ; et, pendant que Shirley

s'arrêtait pour examiner le missel et le rosaire placés sur un des rayons, et que les miss Nunnely se plaisaient à prolonger leur chant dénué d'expression, pur de toute originalité, parfaitement conventionnel et sans la moindre signification, sir Philippe s'arrêta aussi, et lui murmura quelques phrases précipitées. D'abord miss Keeldar fut frappée d'une telle immobilité, que Ton aurait pu s'imaginer que le charme de ce murmure l'avait changée en statue. Mais aussitôt elle leva les yeux et répondit. Ils se séparèrent. Miss Keeldar retourna auprès du feu et reprit son siège ; te baronnet la suivit des yeux, puis alla se placer derrière ses sœurs. M. Sympson, M. Sympson seulement, avait remarqué la pantomime.

Ce gentleman tira ses propres conclusions. S'il avait été aussi fin qu'il était intrigant, aussi profond qu'il était curieux, il eût pu trouver sur le visage de sir Philippe de quoi rectifier son induction. Toujours superficiel, impatient et entêté, il rentra à Fieldhead triomphant.

Il n'était pas homme à bien garder ses secrets : quand il était fier d'une chose, il ne pouvait s'empêcher d'en parler. Le lendemain matin, ayant occasion d'employer le précepteur de son fils comme secrétaire, il lui annonça, avec un accent et des manières bouffies de 'vanité, qu'il ferait bien' de se préparer pour un prochain retour dans le Midi, attendu que l'importante affaire qui l'avait si longtemps retenu, lui, M. Sympson, dans le Yorkshire, était à la veille d'avoir la plus heureuse terminaison : ses anxieux et pénibles efforts, à la fin,ajouta-t-il, allaient très-probablement être couronnés du plus heureux succès , et une très-honorable alliance était sur le point d'accrottre les relations de la famille.

< En la personne de sir Philippe Nunnely? » conjectura Louis Moore.

Sur quoi M. Sympson se donna la satisfaction d'une prise de tabac et d'un ricanement réprimé seulement par un soudain accès de dignité; puis il ordonna au précepteur de continuer son travail.

Pendant un jour ou deux, M. Sympson se montra doux comme l'huile; mais aussi il semblait être assis sur des épingles, et sa démarche ressemblait à celle d'une poule marchant sur une plaque chaude. Sans cesse il regardait à la fenêtre, cherchant à saisir le bruit d'une voiture. La femme de Barbe- Bleue et la mère de Sisara n'étaient rien à côté de lui; il at-

tehdâî ; avec anxiété le moment où la demande serait faîte en forme, où lui-mémé serait consulté et les hommes de loi appelés; où commenceraient pompeusement les discussions '^t tout ce délicieux fracas qui précède un inariage.

A la fin, il vit une lettre; il la remit lui-même à miss Keeldar : il connaissait t*écriture, il connaissait le cachet. Il n'assista point â Touverture ni à la lecture, car Sbirley l'emporta dans sa chambre; il ne vit pas non plus la réponse, car elle s'enferma et y mit un temps considérable, la plus grande partie de la Journée; Il lui demanda si elle avait répondu ; elle répondit î oui.

Il attendit encore, il attendit eii silence, n'osant absolument pas parler, rendu muet par quelque chose qui se faisait remarquer sUr le visage de Shirley, quelque chose de terrible, aussi inscrùtable pour lui que les mots tracés sur le mur du palais de Balthasar. Il eut plus d'une fois l'idée d'appeler Daniel, dans la personne de Louis Moore. et de liiî en demander l'interprétation ; mais lé décorum lui interdit cette familiarité. Daniel lùi-mêttie, peut-ètte, avait ses propres difficultés à propos de cette traductîbh embarrassante ; il avait l'air d'un élève pour qui les grammaires sont confuses et les dictionnaires muets.

M. Sytnpsbn était allé se débarrasser d'une, heure d'anxiété en la compagnie de ses amis à De Walden Hall. Il revînt un peu plus tôt qu'on ne Tattendait ; sa famille et miss Keeldar étaient assemblés dans le parloir aux boiseries de chêne ; s'adressant à cette dernière, il lui demanda de passer avec lui dans une autre pièce, désirant avoir avec elle une entrevue s^n'c/emen* privée. . ,

Elle se leva, sans adresser de question, sans manifester de surprise.

a Très-bîèii, monsieur, > dit- elle du tott déterminé d*ùne personne qui est informée que le dentiste est arrivé pour lui extraire Id hiblèiire (jiii lui a fait endurer depuis un mois les tourments dtt purgatoire. Elle laissa son travail de couture et son dé, et suivit son oncle où il la conduisait.

Enfermés dans le salon, Us prirent chacun un fauteuil et se placèrétit èti face l'un de l'autre, à quelques pas de distance.

c m été â De Walden Hall.... » dit M. Sympson. tl fit uiie

pause. Miss Eeeldar tenait les yeux fixés nnt \é joli tapis vert et blanc. Il n'y avait pas de réponse à faire; elle n'ett fit aucune.

c J'ai appris, continua-t-il lentement, j'ai appris utie cir* constance qiii mé sibrprerid. r>

Appuyant sa joue sur son index, elle attendit qu'on lui fit connattre la circonstance.

c II paraît que leiprieuré de Nunnely est fermé, que la famille est retoiirnée à sa résidence ordmaire. Il paraîl que le baronnet.... que le baronnet.... que sir Philippe lui-hnême a accompagné sa mère et ses sœurs.

— Vraiment l dit Shirley.

— Puis-jerous demander si vdii» partagez l'étonnement avec lequel j'ai appris cette nouvelle?

— Non, monsieur.

— Est-ce une nouvelle pour vous?

— Oui, tnbnsieuf.

— l'eittends, j'entends, poursuivit M. Syihpson, 8*àgitant alors sur sa chaise, et quittant la phraséologie bt*èvé et assez claire dont il s'était servi jusque-là, pour retoùrhOl^ ail style verbeux, confus et irritable, (|ui lui était habituel ; j'entends avoir une complète explicatidh. Je tiè veux pas être joué. J'insiste pour.... pour interroger à ma ttianièi*ë. Jô veux qd'il soit fait réponse à mes questions. Je veux des repensée claires et satisfaisantes. Je ne suis pas homme à me laisser jouer ! C'est une chodé étrange et extraorditiàire, uhe chose très-si iigulièrel Je pensaià que tout allait bien, et voilà que Isl fànlille est paHie !

*-^ Je suppose, monsieur, quHs avaient le droit de partir.

— Sit Philippe est parti I »

Shlriey releva ses Sourcils : a Bon voyage 1 dit-ette.

*->^ Gela ne sera pas : il faiit que cela change, inadatiie. i

Il tit'aitsa chaise en avant, il la repbùssàit en arrière f il paraissait totit à fait etl fureur.

« Allons! allons, mon oncle! dit Shirley, ne commencez p^s à jeter fôu et flàthme, ou nous ne ferons rien de bon. Demandezmoi ce quoTOus vouiez savoir; je suis aussi désireuse que voUs d'en veIli^ à Uûé explication : je vous promets de sincères réponsesi

— Je veux savoir, je demande à savoir, mïi^ Keéldai', si sir Philippe vous a fait l'offre de sa main.

— Il me Ta faite.

— Vous Tavouez?

— Je l'avoue. Maintenant, continuez ; regardez ce point comme établi.

— Il vous a fait cette offre le soir où nous avons dîné au prieuré.

— n suffit de vous dire qu'il Ta faite; continuez.

— Il vous Ta faite dans le petit réduit^ dans la chambre qui a été une galerie de tableaux, que sir Monkton convertit en salon? »

Pas de réponse.

c Vous examiniez tous deux une armoire : je vis tout; ma sagacité ne fut poin( en défaut, elle ne l'est jamais. Plus tard, vous avez reçu de lui une lettre. Sur quel sujet? de quelle nature était son contenu?

— Peu importe.

— Madame, est-ce là la manière dont vous me parlez? j» Shirley frappait le tapis à coups redoublés avec son pied.

« Vous voilà silencieuse et irritée, vous qui m'avez promis de sincères réponses I

— Monsieur, je vous ai répondu jusqu'ici; continuez.

— J'aimerais à voir cette lettre.

— Vous ne pouvez la voir.

— Je dois la voir, et je la verrai, madame. Je suis votre tuteur.

— Ayant cessé d'être mineure, je n'ai plus de tuteur.

— Ingrate! élevée par moi comme ma propre fille....

— > Une fois de plus, mon oncle, ayez la complaisance de ne pas vous écarter de la question. Demeurons de sang- froid. Pour ma part, je n'ai nulle envie de m'emporter; mais, vous le savez, une fois poussée dans certaines limites, je ne pèse

fuère ce que je dis. Je ne suis pas alors facile à arrêter, coûtez! Vous m'avez demandé si sir Philippe m'a ofiPert sa main : j'ai répondu à cette question. Que voulez-vous savoir encore?

— Je désire savoir si vous l'avez accepté ou refusé ; et je le saurai.

— Certainement, vous allez le savoir : je l'ai refusé.

— Vous l'avez refusé! Vous, vous, Shirley Keeldar, refuser sir Philippe Nunnely?

— Je l'ai refusé. »

Le pauvre gentleman bondit de sa chaise, et se précipita d'abord, puis trotta à travers la chambre. € C'est cela! c'est cela! c'est cela!

— Pour parler sincèrement, je suis fâchée, mon oncle, de vous voir si fort désappointé. »

La concession, la contrition, ne font aucun bien près de certaines personnes. Au lieu de les adoucir et de les apaiser, elles ne font que les enhardir et les endurcir davantage : de ce nombre était M. Sympson.

c Moi désappointé ! Qu'est-ce que cela me fait? Est-ce que j'ai un intérêt à ce mariage? Vous voudriez insinuer peut-être que j'avais des motifs?

— Beaucoup de gens ont des motifs, d*un certain genre, pour leurs actions.

•— Elle m'accuse en face! moi qui lui ai servi de père! elle m'attribue de mauvais motifs 1

— Je n'ai pas dit mauvais,

— Et maintenant vous prévariquez. Vous n'avez aucuns principes.

— Mon oncle, vous me fatiguez ; j'ai besoin de m'en aller.

— Vous ne sortirez pas! vous me répondrez. Quelles sont vos intentions, miss Keeldar?

— A propos de quoi ?

— A propos de votre mariage.

— J'entends que l'on me laisse tranquille, et je ferai absolument ce qu'il me plaira.

— Ce qu'il vous plaira 1 Ces mots sont inconvenants au dernier point.

— Monsieur Sympson, je vous engage aT ne pas vous servir d'expressions insultantes : vous savez que je ne supporte pas cela.

— Vous lisez des ouvrages français. Votre esprit est empoisonné par les romans français. Vous êtes imbue de principes français!

— Le sol sur lequel vous marchez rend un son fort creux sous vos pieds. Prenez garde !

— Cela unira par le déshonneur, tôt ou tard ! Je l'ai prévu depuis le commencement.

— Voulez-vous dire, monsieur, que quelque chose qui me concerne finira par le déshonneur?

— Oui; oui. Vous venez à l'instant de dire que vous agi-

SUIRLEY. — II 5

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rm comme il voua plairait. Vous n^ connaissez ni règles ni limites.

— Impertinentes divagations ! aussi vulgaires qu'impertinentes l

— Sans égard pour le décorum, VOUS 6ies décidée h braver toutes les convenanceSi

^ Vous me fatiguez, mon onde*

•^ Quoi, madamel Quelles ont pu être vos raisons pour re*« fuser sir Philippe Nunnely?

-^ Enfin, voilà une question sensée ; j'y répondrai avec plaisir. Sir Philippe est trop jeune pour moi; je le regarde comme un enfant ; tous ses parents, sa mère surtout, seraient contra^ ries de le voir m'épouser; un tel mariage le brouillerait avec eux ; selon les idées du monde, je ne suis point son égale.

— ^ Est-ce là tout?

— Nos caractères ne sont pas sympathiques.

— Quoi I jamais plus aimable gentleman n'a existé.

•^ Il est fort aimable, exoellent| vraiment estimable, mais il n'est pas mon maUre, pas même sur un seul point. Je ne pourrais me fier à lui, ni faire son bonheur ; pour aucune fortune je ne voudrais l'entreprendre. Je n'accepterai jamais une main qui ne pourrait me mattriser.

— Je pensais que vous aimiez à faire ce qui vous platt : vous êtes fort inconséquente.

^ Lorsque je promettrai d'obéir, ce sera dans la conviction que je pourrai tenir celte promesse ; je ne pourrais obéir à un jeune homme oomme sir Philippe, D'ailleurs, il ne me commipderait jamais; il se reposerait toujours sur moi du soin ^e gouverner, de guider, et je n'ai pas le moindre goût pour cet emploi,

— Vous n*avez aucun goût pour dominer, pour soumettre, pour ordonner, pour gouverner?

-^ Mon mari, non ; seulement mon oncle.

— Quelle est la différence?

^ Il y a nne légère différence; c'est certain. Et je sais fort bien que tout homme qui voudra vivre heurtui et paisible avec moi, comme mari, devra être capable de me réprimer.

— Je voudrais que vous eussiez un vrai tyran.

-— Un tyran ne me tiendrait pas un jour, une heure en son pouvoir. Je me révolterais, je m'arracherais de ses mains, je le défierais!

SEIRLBY. »ft

-* YaositeB capable de détraquer le cerveau de Thomme le plus senaé, avec vos étranges contradictions.

— Il est évident que je dérange le vôtre.

— You» parles de la jeunesse de Philippe; maia il a vingtdeux ans.

— Mon mari doit avoir trente ana« avec la raison de quarante.

— Il vous faudrait quelque vieillard, quelque amoureux à tête blanche ou chauve.

— Non, je voua remercie.

— Vous pourriez conduire quelque radoteur^ VOUS pourriez l'attacher à votre tablier.

— C'eat ce que je ferais sans doute en épousant un enfant; mais je n'ai pas de vocation pour cela. Ne vous'ai<je pas dit que je préférais un maftfe ? un homme en la présence duquel je me sentirais obligée et disposée à être bonne; un homme dont mon tempérament impatient dût reconnaître Tautori té; un homme dont l'approbation pût me récompenser et le mécontentement me punir ; un homme qu'il me semblât impossible de ne pas aimer et trèa<possible de craindre*

— Qu'est-ce qui vous empêche donc d'avoir tout cela avec sir Philippe? Il est baronnet; c'est un homme de rang, de fortune, d'une eiicellente^ famille, bien au^essua de la vôtre. Si vous parlez d'intelligence, il est poë'te : il fait des vers, ce que vous, je l'affirme, avec toute votre habileté, ne pouvez bire.

— Ni son titre, ni sa fortune, ni sa généalogie, ni son talent poétique, ne peuvent l'investir du pouvoir dont j'ai parlé. Ce sont des qualités trop légères. Un peu de bon sens pratique, solide et sain, le placerait plus haut dans mon estime.

— Vous et Henry raffoles de poésie; vous aviez coutume de prendre feu comme de l'amadou sur ce sujet, quand vous étiez enfant.

— Oh! mon oncle, il n'y a de réellement précieux en ce monde, il n'y a de glorieux dan» le monde î venir que la poésie I

— Eh bien donc, épouser un poète.

— Montrez-m'en un, je ne demande pas mieux*

— Sir Philippe.

— Point du tout. Vous êtes presque aussi po^te que loi.

— Madame, vous sortez de la question.

•«* Vraiment, mon oncle» je.Yi»udrais bien en être dehors, et

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je serait heureuse de vous en faire sortir avec moi. Ne nous mettons pas en colère, je vous en prie; cela n*en vaut pas la peine.

— £q colère I miss Keeldarl je serais content de savoir qui est-ce qui est en colère I

— Je ne le sais pas encore.

— Si vous avez l'intention d'insinuer que je le suis, je vous déclare coupable d'impertinence.

— Vous le serez bientôt, si vous allez de ce train.

— C'est cela 1 vous avez une langue qui mettrait à l'épreuve la patience de Job.

— Je le sais bien.

— Trôve de plaisanterie, miss! Ceci est une chose sérieuse. C'est une affaire que je suis résolu de tirer au clair, convaincu qu'il y a quelque chose de mal au fond. Vous venez dépeindre, avec beaucoup plus de liberté qu'il ne convient à votre âge et à votre sexe, Tespèce d'individu que vous préféreriez pour votre mari. Veuillez, je vous prie, me dire si c'est un tableau d'après nature ? »

Shirley ouvrit les lèvres ; mais, au lieu de parler, elle devint rouge comme une rose.

< J'aurai une réponse à cette question, s'écria M. Sympson, tirant un grand courage et d'immenses conséquences de ce symptôme de confusion.

— C'est une peinture historique, mon oncle, d'après plusieurs originaux.

— Plusieurs originaux? grand Dieu 1

— J'ai été amoureuse plusieurs fois.

— Quel cynisme l

— De héros de plusieurs nations.

— Et après....

— Et de philosophes.

— Elle est folle. ,

— N'agitez pas la sonnette, mon oncle; vous allez alarmer ma tante.

— Votre pauvre chère tante, quelle nièce elle a 1

— Autrefois j'aimais Socrate.

— Ohl ne plaisantez pas, madame.

— J'admirais Thémistocle, Léonidas, Épaminondas.

— Miss Keeldar 1

— <Je passe sur plusieurs juMes. Washington était assez

laid, et cependant je l'ai aimé ; mais, pour parler du temps présent....

— Ah 1 le temps présent.

— Pour quitter les rêveries d'écoîière et arriver à la réalité....

— La réalité I voilà l'épreuve où vous voulez arriver, madame.

*— Pour avouer devant quel autel maintenant je m'agenouille, pour révéler l'idole actuelle de mon âme....

— Hâtez-vous, s'il vous plaît; l'heure du goûter approche, et il faut que vous me fassiez votre confession.

— Il faut que je me confesse : mon cœur est plein du secret; il faut que je le dévoile. Seulement je voudrais que vous fussiez M. Helstone, au lieu d'être M. Sympson ; vous sympathiseriez mieux avec moi.

— Madame, ceci est une question de sens commun et de prudence ordinaire, et non une affaire de sympathie et de sentiment. Avez-vous dit que c'était M. Helstdne?

— Non pas précisément, mais aussi près que possible ; ils ont beaucoup de ressemblance.

— Je veux savoir le nom; je veux connaître les détails.

— Ils sont positivement ressemblants; leur visage est le même : c'est une paire de faucons humains, secs, absolus et décidés tous deux. Mais mon héros est le plus puissam des deux : son intelligence a la clarté de la mer profonde, la patience de ses rocs, la force de ses vagues.

— Pur galimatias 1

— Je puis dire qu'il est rude comme le tranchant-'d'une scie, brusque comme un corbeau affamé.

— Miss Keeldar , cette personne réside-t-elle à Briarfield ? Répondez à cela. ^

— Mon oncle, je vais vous le dire, son nom tremble sur ma langue.

— Parlez, fille I

— C'est très-bien dit, mon oncle! « Parlez, fille I » est tout à fait tragique. L'Angleterre a hurlé avec sauvagerie contre cet homme, mon oncle; un jour elle l'acclamera avec frénésie. îl n'a pas été effrayé par les clameurs, et il ne sera pas enflé par l'acclamation.

— Je disais qu'elle était folle, elle l'est.

— Cette nation changera et changera encore dé conduite envers lui : il ne changera jamais dans sa manière de remplir

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ses devoirs envers elle. Allons, cessez de voai échauffer, mon oncle, je vais vous dire son nom.

— Vous me le direz, ou bien....

-^ Écoutez ! C'est Arthur Wellesley, lord Wellington. »

M. Sympson se leva furieux : il bondit hors de la chambre, mais il rentra immédiatement, ferma la porte et reprit son siège.

ff Madame, vous allez répondre à ceci : Vos principes vous permettraient-Us d'épouser un homme sans fortune, un homme au-dessous de vous ?

^-^ Un homme au*dessous de moi , jamais.

— Miss Keeldar, épouseriez>-vous un homme pauvre?

— Quel droit avez-vous, monsieur Sympson, de me demander cela?

— J'insiste pour le savoir.

•^ Vous ne prenes pas la bonne manière.

— La respectabilité de ma famille ne sera pas compromise.

— Excellente résolution : tenez-la.

— Madame, c'est vous qui la tiendrez.

— C'est impossible, monsieur, puisque je ne fais pas partie de votre famille.

-- Est-ce que vous nous désavouez? «- Je dédaigne votre dictature.

— Qui épouserez- vous, miss Keeldar?

— Non M. Sam Wynne, parce que je le méprise; non sir Philippe Nunnely, parce que je l'estime seulement.

— Qu'avez-vous en vue?

— Quatre candidats rejetés.

-^ Une semblable obstination est inexplicable, à moins que vous lie soyez soDs une influence impropre.

— Que voulez-vous dire? Il y a certaines phrases qui ont le pouvoir de me faire bouillir le sang. Influence impropret Qu'est-ce que cette expression de vieille femme?

— Ètes-vous une jeune lady?

^ Je suis mille fois mieux que cela; je suis une honnête femme, et je veux être traitée comme telle.

— Savez- vous ( se penchant mystérieusement en avant et parlant avec une efifrayante solennité), savez-vous que le voisinage est plein de rumeurs sur vous et votre tenaacier banqueroutier, l'étranger Moore ?

— Vraiment!

SHIRLEY. lOB

^ Oui. Votre nom est dam totites les bouchM. •^ Il honore les lèvres entre lesquelles il pasde ; puisâe-t'-ii aussi les purifier!

— Est^e cet homme qui a le pouvoir de vous influencer?

— Plus que tous ceux dont vous avez plaidé la cause.

— Est-ce lui que vous voulez épouser t •— Il est beau, il est brave, il est résolu.

— Vous ose2 me déclarer cela en face t Ce misérable Flamand! ce vil marchand !

— Il a du talent, il est aventureux et plein de courage4 II a le front d'un prince et la démarche d'un maître.

•- Elle se glorifie en lui! Elle ne cache rien. Pas de honte, pas de crainte 1

— Quand on prononce le ndftn de MoorOj on ne doit avoir aucune idée de honte ni de crainte. Les lAoore ne connaissent que rhonneûf et le courage»

^ Je dis qu'elle est folle.

>— Vous m'avez mise hors de mol par vos sarcasmes; vous m'avez exaspérée par vos{)rovocâtionsl

— Ce Moore est le frère du précepteur de mon ûls. Permettriez-vous qu'un homme dans cette position vous donnât le nom de sœur? »

L'œil de Shirley brilla d'un éclat particulier ; elle le fixa sur son interlocuteur.

c Non, non, dit-elle. Pas pour un royaume! pas pour un siècle d'existence I

— • Vous ne pouvez séparer le mari de sa famille.

— Quoi alors?

— Vous serez la sœur de Louis Moore.

^ Monsieur Sympson.... Ces nauséabondes altercations me font mal au cœur ; je ne les supporterai pas plus longtemps. Vos pensées ne Sont pas mes pensées, vos vues ne sont pas mes vues, vos dieux ne sont pas mes dieux. Nous ne voyons pas les choses sous le même aspect; nous ne les mesurons pas à la même mesure; nous parlons à peine la même langue. Séparons-nous.

— Ce n'est pas, reprit-elle vivement excitée, ce n*est pas que je vous haïsse ; vous êtes une bonne espèce d'homme ; peut-être avez-vous d'excellentes intentions : mais nous ne pouvons nous entendre ; nous sommes toujours en désaccord t Vous m'ennuyez avec vos petites intrigues, avec votre misé-

rable tyrannie; vous exaspérez mon caractère et me tenez dans un continuel état d'irritation. Quant à vos petites maximes, à vos règles étroites, à vos préjugés, à vos aversions, à vos dogmes, faites-en un fagot, et allez Toffrir en sacrifice à la divinité de votre culte. Je n'en accepte aucun; je me dirige d'après une autre religion , une autre lumière , une autre foi , une autre espérance que les vôtres.

— Une autre religion ! Je crois qu'elle est infidèle.

— Une infidèle pour votre culte; une athée pour votre Dieu.

— Une,.,, athée!!!

— Votre Dieu, monsieur, c'est le Monde. Ames yeux, vous aussi, si vous n^êtes un infidèle, êtes un idolâtre ; je crois que vous adorez par ignorance : eir toute chose vous me paraissez trop superstitieux. Monsieur, votre Dieu, votre grand Baal, votre Dragon à queue de poisson, se dresse devant moi comme un démon. Vous , et d'autres semblables à vous , l'avez élevé sur un trône, lui avez placé sur la tète une couronne, lui avez mis un sceptre à la main. Voyez camme il gouverne hideusement! Voyez-le occupé à l'œuvre qu'il aime le mieux : faire des mariages. Il lie le jeune au vieux, le fort à l'impotent. Gomme autrefois Mézence, il enchaîne le mort au vivant* Dans son royaume est la haine, la secrète haine; la trahison, la trahison de famille ; le vice, le vice domestique , profond et mortel. Dans ses Ëtats les enfants croissent sans aimer, entre des parents qui n'ont jamais connu l'amour; ils sont mis dès leur naissance au régime de la déception ; ils sont élevés dans une atmosphère corrompue par le mensonge. Tout ce que votre Dieu environne se précipite vers la décrépitude : tout décline et dégénère sous son sceptre. Votre Dieu, c'est la Mort avec un masque.

— Voilà un langage terrible 1 Mes filles et vous ne devez plus avoir de relations ensemble, miss Keeldar : il y a du danger pour elles dans la 'société d'une compagne telle que vous. Si je vous eusse connue plus tôt! mais, tout extraordinaire que je vous croyais, je n'eusse Jamais pensé....

— Maintenant, monsieur, commencez-vous à être persuadé qu'il est inutile de faire des projets pour moi? qu'en agissant ainsi, vous semez le vent pour récolter la tempête? Je balaye de mon chemin vos projets pareils k la toile d'araignée, afin de passer sans me souiller. J'ai jeté l'ancre sur une résolution que

vous ne pouvez ébranler. Mon cœur, ma conscience, disposeseront de ma main : eux seuls. Sachez-le enfin I >

M. Sympson commençait à être effrayé.

c Jamais je n'a,i entendu un pareil langage! murmura-t*il plusieurs fois. Jamais de ma vie on oe m'a parlé ainsi ; jamais je n'ai été ainsi traité.

— Vous êtes tout confus, monsieur. Vous feriez mieux de vous retirer, ou je vais sortir. »

Il se leva rapidement,

ft Nous devons quitter cette maison : il faut qu'ils fassent à l'instant leurs malles.

-«> Ne pressez pas tant ma tante et mes cousines; donnezleur le temps. »

Il se dirigea vers la porte; il retint reprendre son mouchoir ,de poche ; il laissa tomber sa tabatière ; laissant son contenu éparpillé sur le tapis, il se précipita dehors et faillit tomber sur Tartare , qui se tenait sur le paillasson : au comble de l'exaspération, il hurla un jurement pour le chien et une grossière épithète pour la maUresse.

é Pauvre M. Sympson ! il est tout à la fois faible et vulgaire, » se disait Shirley à elle-même. La tète me fend, et je suis fatiguée, ajouta-t-elle, et plaçant sa tête sui* un coussin, elle se laissa doucement passer de l'excitation au repos. Quelqu'un, entrant dans la chambre un quart d'heure après, la trouva endormie. Quand Shirley avait été agitée, elle prenait généralement ce repos naturel, qui ne manquait jamais de venir à son appel.

L'intrus s'arrêta en sa présence et dit ;

c Miss Keeldar I »

Peut-être sa' voix s'harmoniait-elle avec quelque rêve heureux de la jolie dormeuse : elle ne tressaillit point, elle s'éveilla à peine ; sans ouvrir les yeux, elle tourna légèrement la tête, de façon que sa joue et son profil, auparavant cachés par son bras, devinrent visibles ; son teint était vermeil; elle semblait heureuse; un demi-sourire s'épanouissait sur ses traits ; mais ses cils étaient humides : elle avait pleuré pendant son sommeil ; ou peut-être, avant de s'endormir, l'épithète que lui avait jetée son oncle en la quittant lui avait fait répandre quelques larmes. Il n'est pas d'homme, il n'est pas de femme qui soient toujours assez forts pour mépriser une opinion injuste, pour dédaigner une parole outrageante. La calomnie,

106 SHIRLET.

môme dans la bouche d'un insensé, peut avoir son amertume. Shirley ressemblait à un enfant qui, après avoir été méchant et puni, jouirait en repos du pardon obtenu.

« Miss Keeldar I » dit de nouveau la voix.

Cette fois, elle s'éveilla. Elle Jeva les yeux et vit à son côté Louis Moore, non tout près d'elle, mais debout à trois ou quatre pas de distance.

« Oh! monsieur Moorel dit-elle, j'avais peur que ce ne fût encore mon oncle. Lui et moi nous nous sommes querellés.

— M. Sympson devrait vous laisser en repos; est-ce qu'il ne voit pas que vous n'êtes rien moins que forte ?

— Je vous assure qu'il ne m'a pas trouvée faible : je ne pleurais pas quand il était ici.

— Il est sur le point de -quitter Fieldhead, dit-il. Il donne en ce moment des ordres à sa famille : il est venu dans la salle d'étude, où il a commandé d'une manière qui, je suppose, est la continuation de celle avec laquelle il venait de vous harasser.

— Est-ce que vous et Henry devez aussi partir?

— Je crois^ pour ce qui concerne Henry, que c'était la teneur de ses ordres à peine intelligibles ; mais il peut tout changer demain : il est justement dans cette disposition où Ton ne peut pas compter sur sa consistance pour deux heures consécutives : je doute qu'il vous quitte avant quelques semaines. Â moi, il a adressé quelques mots qui demanderont bientôt un peu d'attention et quelques commentaires, lorsque j'aurai le temps de leur en accorder. Au moment où il est entré, j'étais occupé par une lettre que je venais de recevoir de M. Yorke, si occupé que j'ai rompu l'entrevue d'une façon quelque peu abrupte : je rai quitté furieux. Voici la lettre, je désire que vous la lisiez ; elle a trait à mon frère Robert. »

Et Louis regarda Shirley.

< Je serais heureuse d'apprendre de ses nouvelles. Est-ce qu*il revient?

— Il est revenu ; il est dans le Yorkshire : M. Yorke alla hier à Stilbro' à sa rencontre.

— Monsieur Moore, il y a quelque malheur?

— Est-ce que ma voix a tremblé? Il est en ce moment à Briarmains, et je vais le voir.

— Qu'est-il arrivé?

--* Si vous devenez si pâle, je serais fftchô d'avoir parlé. Il

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eût pu arriver un plus grand malheor. Robert n'est pas mort, mais grièvement blessé.

— Ohl monsieur, c'est vous qui êtes pâle. Asseyez-vous près de moi.

— Lisez la lettre; laissez-moi rouvrir. »

Miss Keeldar lut la lettre : elle disait brièvement que la veille Robert Moore avait reçu un coup de feu de derrière le mur de la plantation de Milldean ; que sa blessure était grave^ mais que Ton espérait qu'elle ne serait pas mortelle. De l'assassin, ou des assassins, on ne savait rien , ils avaient pris la fuite. Sans aucun doute, faisait observer M. Yorke, c'était une vengeance ; c'était malheureux qu'il se fût attiré la haine ; mais on n'y pouvait rien.

« C'est mon unique frère, Shirley, dit Louis, au moment où elle lui rendait la lettre. Je ne puis penser sans être ému que des misérables sont allés l'attendre, et ont fait feu sur lui de derrière un mur, absolument comme sur une béte fauve.

— Prenez courage ; espérez : il guérira. »

Shirley, désireuse <jle le consoler, posa sa main sur celle de M. Moore placée sur le bras du fauteuil : elle la toucha à peine, presque insensiblement.

c Bien, donnez-moi votre main, dit-il, ce sera pour la première fois : c'est dans un moment de calamité ; donnez-la-moi. »

Et n'attendant ni consentement ni refus, il prit ce qu'il de-, mandait.

c Je vais à Briarmains, continua-t-il. Je vous prie d'aller jusqu'à la rectorerie, et de dire à Caroline Helstone ce qui est arrivé ; voulez-vous ? Il vaut mieux qu'elle l'apprenne de vous.

— Immédiatement, dit Shirley avec une docile promptitude. Dois-je lui dire qu'il n'y a aucun danger?

— Oui.

— Vous reviendrez bientôt m'en apprendre davantage.

— Je reviendrai ou j'écrirai.

— Comptez sur moi pour veiller sur Caroline. Je verrai votre sœur aussi. Mais, sans doute, elle est déjà auprès de Robert?

— Sans doute; ou elle y sera bientôt. Au revoir, mainte^ nant.

— Vous aurez du courage, quoi qu'il puisse arriver?

— Nous verrons cela. »

Les doigts de Shirley furent obligés de se retirer de ceux du

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précepteur ; Louis fut obligé d'abaadonner cette maia serrée et cachée dans la sienne.

c Je pensais que j*aurais eu besoin de la soutenir, dit-il en se dirigeant vers Briarmains, et c'est elle qui m'a donné de la force. Quel regard de compassion ! quel doux toucher l Aucun duvet ne fut jamais plus doux, aucun élixir plus puissant. Sa main était dans la mienne comme un flocon de neige : elle frémissait comme Téclair. Mille fois j'ai désiré posséder cette main, l'avoir dans la mienne. Je l'ai possédée, pendant cinq minutes je l'ai tenue. Ses doigts et les miens ne peuvent plus être étrangers ; s'étant une fois rencontrés, ils doivent se reDContrer encore. »

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