‹ Sicle de Louis XIVChapitre 199 sur 447 · Louis XIV garda en Lorraine Mar · texte numérisé non relu

Louis XIV garda en Lorraine Mar

sal, Sarrelouis, Longwy, etc. ; tontes les forteresses furent démantelées, et il ne fut permis à Léopold d’entretenir d’autres troupes que ses gardes.

Louis XIV ne perdit jamais de vue la réunion de la Lorraine à la France.

j CHAPITRE XVII. 2il

i Aussi a-t-il goûté le bonheur d’être aimé; et j’ai vu, longtemps » après sa mort, ses sujets verser des larmes en prononçant son nom. 11 a laissé, en mourant, son exemple à suivre aux plus grands rois, et il n’a pas peu servi à préparer à son tils^ le che- ; min du trône de l’Empiie.

' Dans le temps que Louis XIV ménageait la paix de Ryswick,

! qui devait lui valoir la succession d’Espagne, la couronne de Pologne vint à vaquer. C’était la seule couronne royale au monde qui lut alors élective : citoyens et étrangers y peuvent prétendre. Il faut, pour y parvenir, ou un mérite assez éclatant et assez soutenu par les intrigues pour entraîner les sulîrages, comme il était arrivé à Jean Sobieski, dernier roi^; ou bien des trésors assez gramls pour acheter ce royaume, qui est presque toujours à l’enchère.

L’abbé de Polignac, depuis cardinal eut d’abord l’habileté de disposer les suffrages en faveur de ce prince de Conti connu par les actions de valeur qu’il avait faites à Sleinkerque et à Nerwinde. Il n’avait jamais commandé en chef; il n’entrait point dans les conseils du roi; Monsieur le Duc avait autant de réputation que lui à la guerre; Monsieur de Vendôme en avait davantage : cependant sa renommée elfaçait alors les autres noms par le grand art de plaire et de se faire valoir, que jamais on ne posséda mieux que lui^. Polignac, qui avait celui de persuader, détermina d’abord les esprits en sa faveur. Il balança, avec de

1. Léopold mourut en 1729; son fils, François, époux de Marie -Thérèse d’Autriche, fille de Charles VI, devint empereur d’Allemagne en 1745.

2. Jean Sobieski, grand-maréchal de la couronne , vainqueur des Turcs à Choczim, fut élu roi en 1673, et justifia le choix et les espérances des Polonais par d’éclatants succès ; il mourut en 1696.

3. Polignac (Melchior de), d’une illustre famille du Velay, né en 16fil, fut chargé de négociations importantes à Rome (1689); puis, ambassadeur en Pologne (1693), il parvint par son éloquence et ses promesses à faire élire le prince de Conti par le plus grand nombre. Mais Auguste l’emporta, et l’abbé de Polignac fut disgracié pendant quatre ans. Plus tard il fut plénipotentiaire en Hollande (1710-1713); cardinal en 1713, il était de l’Académie française, de l’Acadoniie des inscriptions. « Aussi bon poète latin qu’on peut l’ètre dans une langue morte;

très-éloquent dans la sienne, dit Voltaire, il a combattu, dans son poème latin, V Anti- Lucrèce ^ le système de l’épicurien Lucrèce. »

4. Conti. dont il a déjà été parlé, à la page 195, note 5, neveu du grand Condé. Saint-Simon le loue avec d’autant plus de complaisance qu’il n’eut jamais les bonnes grâces de Louis XIV; mais il n’est que l’écho des contemporains : « Sa figure était charmante.

Jusqu’aux défauts de son corps et de son esprit avaient des grâces infinies.

Il prenait à tâche de plaire au cordonnier, au laquais, au porteur de chaise, comme au ministre d’Etat, au grand seigneur, au général d’armée, et cela si naturellement que le succès en était certain. Aussi fut-il les constantes délices du monde, de la cour, des armées, la divinité du peuple, l’idole des soldats , l’ami avec discernement des savants. C’était un très-bel esprit, lumineux, juste, exact, étendu, d’une lecture infinie, et qui n’oubliait rien, etc.»

l’éloquence et des promesses, l’argent qu’Auguste, électeur de Saxe, prodiguait (27 juin 1697). Louis-François, prince de Conti, fut élu roi par le plus grand parti, et proclamé par le primat du royaume. Auguste fut élu deux heures après par un parti beaucoup moins nombreux : mais il était prince souverain et puissaiu-, il avait des troupes prêtes sur les frontières de Pologne. Le prince de Conti était absent, sans argent, sans troupes, sans i pouvoir; il n’avait pour lui que son nom et le cardinal de Poli- j gnac. Il fallait, ou que Louis XIV l’empêcliât de recevoir l’ofCre de la couronne, ou qu’il lui donnât de quoi l’emporter sur son i rival. Le ministère français passa pour en avoir fait trop en en- ; voyant le prince de Conti, et trop peu en ne lui donnant qu’un" ' faible escadre et quelques lettres de change, avec lesquelles il j arriva à la rade de DantzickL On parut se conduire avec cette I politique mitigée qui commence les affaires pour les abandonner. Le prince de Conti ne fut pas seulement reçu à üantzick; ses lettres de change y furent protestées. Les intrigues du pape, celles de l’Empereur, l’argent et les Iroupes de Saxe assuraient déjà la couronne à son rival. 11 revint avec la gloire d’avoir été élu. La France eut la mortification de faire voir qu’elle n’avait pas assez de force pour faire un roi de Pologne,

Cette disgrâce du prince de Conti ne troubla point la paix du Nord entre les chrétiens. Le Midi de l’Europe fut tranquille bientôt après par la paix de Ryswick. Il ne restait plus de guerre que celle que les Turcs faisaient à l’Allemagne, à la Pologne, à Venise et à la Russie. Les chrétiens, quoique mal gouvernés et divisés entre eux, avait dans cette guerre la supériorité (1^^^ septembre 1697). La bataille de Zenta^, où le prince Eugène battit le Grand Seigneur eu personne, fameuse par la mort d’un grand visir, de dix-sept hachas ^ et de plus de vingt mille Turcs, abaissa l’orgueil ottoman, et procura la paix de Carlowitz (1699) '

où les Turcs reçurent la loi. Les Vénitiens eurent la Morée; les Moscovites, Azof; les Polonais, Kaminieck; l’Empereur, la

C’était Jean Bart qui commandait cette escadre.

2. Zenta est une ville située sur la Theiss; le prince Eugène, malgré les ordres de l’Empereur, livra la bataille, la gagna, et depuis alors fut véritablement tout-puissant dans les conseils, comme à la tête des armées de l'Empereur.

3. Bachas. — On dit aujourd’hui pachnsi. T.e sultan était alors Mustapha II,

qui fut déposé dans Andrinople, et mourut dans le sérail de Constantinople, en 1703.

4. La paix de Carlowitz eut de l’influence sur les aflTaires générales de l’Europe; elle commence véritablement le démembrement de l’Empire Ottoman. Les Turcs jusqu'alors avaient fait plus d’une fois des diversions utiles à la France; ils sont condamnés au repos, lorsque la France va être de nouveau attaquée par tant d’ennemis.

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