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de tous les princes pour le traverser ou pour le soutenir, fut tout aussi inutile que le premier. L’Europe fut encore trompée dans son attente, comme il arrive presque toujours.
L’Empereur, à qui on proposait ce traité de partage à signer, n’en voulait point, parce qu’il espérait avoir toute la succession. Le roi de France, qui en avait pressé la signature, attendait les événements avec incertitude. Quand ce nouvel affront fut connu à la cour de Madrid, le roi fut sur le point de succomber à sa douleur; et la reine, sa femme, fut transportée d’une si vive colère qu’elle brisa les meubles de son appartement, et surtout les glaces et les autres ornements qui venaient de France : tant les passions sont les mêmes dans tous les rangs! Ces partages imaginaires, ces intrigues, ces querelles, tout cela n’était qu’un intérêt personnel. La nation espagnole était comptée pour rien. On ne la consultait pas, on ne lui demandait pas quel roi elle voulait. On proposa d’assembler las cartes^ les États-Généraux: mais Charles frémissait à ce seul nom.
Alors ce malheureux prince, qui se voyait mourir à la fleur de son âge, voulut donner tous ses États à l’archiduc Charles, neveu de sa femme C second fils de l’empereur Léopold. Il n’osait les laisser au fils aîné, tant le système de l’équilibre prévalait dans les esprits, et tant il était sûr que la crainte de voir l’Espagne, le Mexique, le Pérou, de grands établissements dans l’Inde, l’Empire, la Hongrie, la Bohême, la Lombardie, dans les mêmes mains, armerait le reste de l’Europe! Il demandait que l’empereur Léopold envoyât son second fils Charles à Madrid, à la tête de dix mille hommes; mais ni la France, ni l’Angleterre, ni la Hollande, ni l’Italie ne l’auraient alors souffert : toutes voulaient le partage. L’Empereur ne voulait point envoyer son fils seul à la merci du conseil d’Espagne, et ne pouvait y faire passer dix mille hommes. H voulait seulement faire marcher des troupes en Italie pour s’assurer cette partie des États de la monarchie autrichienne-espagnole. Il arriva, pour le plus important intérêt entre deux grands rois, ce qui arrive tous les jours entre des particuliers pour des affaires légères. On disputa, on s’aigrit : la fierté allemande révoltait la hauteur castillane. La comtesse de Perlipz^, qui gouvernait la femme du roi mourant, aliénait les esprits qu’elle eût dû gagner à Madrid; et le conseil
1. Neveu de sa femme. — Voltaire a dit plus haut que la reine d’Espagne était sœur de l’impératrice, mère du jeune Charles.