‹ Sicle de Louis XIVChapitre 251 sur 447 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

SUITE DES DISGRACES DE LA FRANCE ET DE l’eSPAGNE. LOUIS XIV ENVOIE SON PRINCIPAL MINISTRE DEMANDER EN VAIN LA PAIX. BATAILLE DE MALPLAQUET PERDUE, ETC.

La bataille d Hochstedt avait coûté à Louis XIV la plus florissante armée, et tout le pays du Danube au Rhin; elle avait coûté à la maison de Bavière tous ses États. La journée de Ramillies avait fait perdre toute la Flandre jusqu’aux portes de Lille. La déroute de Turin avait chassé les Français d’Italie, ainsi qu’ils l’ont toujours été dans toutes les guerres depuis Charlemagne. Il restait des troupes dans le Milanais*^, et cette petite

1. Malgré le duc d’Orléans qui voulait rester en Italie, la retraite se üt vers les Alpes dans le plus grand désordre : « Ce ne fut que trouble, confusion, débandement, fuite, déconfiture.

Ce qu’il y eut de plus horrible, c’est que les officiers généraux et de tout caractère, j’en excepte bien peu, plus en peine de leur équipage et de la bourse qu’ils avoient faite par leur pillage, l’augmentèrent plus qu’ils ne s’y opposèrent, et furent pis qu’inutiles. » (Saint-Simon.)

2. On se retira vers Pignerol; comme on n’y trouva ni magasins, ni provisions, l’armée fut dispersée dans la Savoie, le Dauphiné et les hautes vallées de la Doire et du Glusone.

3. Médavi (Jacques-Léonor-Rouxel de Grancci, comte de), n’a été fait ma-

réchal qu’en 1724, quoiqu’il eût gagné une bataille complète en 1706; mort en 1725. (Voltaire.)

4. Castiglione, entre le Mincio et rOglio, célèbre par la victoire des Français en 1796. — L’ennemi avait perdu quatre mille hommes et quatorze canons.

5 Le landgrave de Hesse. Voir à la page 251, note 1.

6. Par la capitulation du 13 mars 1707, toute la haute Italie fut abandonnée ; les Impériaux prirent possession du Milanais et du Mantouan ; ils cédèrent au duo de Savoie l’Alexandrin et la Lomelline.

7. Ces troupes étaient commandées par le prince de Vaudemont, gouverneur du Milanais, qui se réunit à Médavi.

armée victorieuse sous le comte de Médavi; on occupait encore quelques places. On proposa de céder tout à l’Empereur pourvu qu’il laissât retirer ces troupes, qui montaient à près de quinze mille hommes. L’Empereur accepta cette capitulation. Le duc de Savoie y consentit. Ainsi l’Empereur, d’un trait de plume, devint le maître paisible en Italie. La conquête du royaume de Naples et de Sicile lui fut assurée. Tout ce qu’on avait regardé en Italie comme feudataire fut traité comme sujet. Il taxa la Toscane à cent cinquante mille pistoles, Mantoue à quarante mille. Parme, Modène, Lucques, Gênes, malgré leur liberté, furent comprises dans ces impositions.

L’Empereur qui jouit de tous ces avantages n’était pas ce Léopold, ancien rival de Louis XIV, qui, sous les apparences de la modération, avait nourri sans éclat une ambition profonde. C’était son fils aîné Joseph vif, fier, emporté, et qui cependant ne fut pas plus grand guerrier que son père. Si jamais empereur parut fait pour asservir l’Allemagne et l’Italie, c’était Joseph PL Il domina delà les monts ^ ; il rançonna le pape; il fit mettre de sa seule autorité, en 1706, les électeurs de Bavière et de Cologne au ban de l’Empire ; il les dépouilla de leur électorat; il retint en prison les enfants du Bavarois, et leur ôta jusqu’à leur nom Leur père n’eut d’autre ressource que d’aller traîner sa disgrâce en France et dans les Pays-Bas. Philippe V lui céda depuis toute la Flandre espagnole en 1712 ^ S’il avait gardé cette province, c’était un établissement qui valait mieux que la Bavière, et qui le délivrait de l’assujettissement à la maison d’Autriche : mais il ne put jouir que des villes du Luxembourg, de Namur et de Charleroi ; le reste était aux vainqueurs.

Tout semblait déjà menacer ce Louis XIV qui avait auparavant menacé l’Europe. Le duc de Savoie pouvait entrer en France. L’Angleterre et l’Écosse se réunissaient pour ne plus composer qu’un seul royaume; ou plutôt l’Écosse, devenue province de l’Angleterre, contribuait à la puissance de son ancienne rivale Tous les ennemis de la France semblaient, vers la fin

1. Léopold I®'’ mourut le 5 mai 1705 ; son fils aîné, le roi des Romains, Joseph lui succéda. Il était né en 1678 et mourut en 1711. Après le traité du 13 mars 1707, il donna Milan à son frère.

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