‹ Sicle de Louis XIVChapitre 381 sur 447 · Depuis l’époque mémorable do Sully et de Henri IV · texte numérisé non relu

Depuis l’époque mémorable do Sully et de Henri IV

Pour parvenir à cette heureuse administration, il avait fallu d une chambre de justice*, et de grandes réformes. Il fut obligé ; de retrancher huit millions et plus de rentes sur la ville, acqui- ' ses à vil prix, que Ton remboursa sur le pied de l’achat Ces ! divers changements exigèrent des édits. Le Parlement était en l possession de les vérifier depuis François I®**. Il fut proposé de i les enregistrer seulement à la chambre des comptes; mais \ l’usage ancien prévalut. Le roi alla lui-même au Parlement faire i vérifier ses édits, en 1664. |

Il se souvenait toujours de la Fronde, de l’arrêt de proscription contre un cardinal, son premier ministre, des autres arrêts par lesquels on avait saisi les deniers royaux, pillé les meubles et l'argent des citoyens attachés à la couronne. Tous ces excès ayant commencé par des remontrances sur des édits concernant les revenus de l’État, il ordonna en 1667 que le Parlement ne fît jamais de représentation que dans la huitaine, après avoir enregistré avec obéissance. Cet édit fut encore renouvelé en 1673. Aussi, dans tout le cours de son administration, il n’essuya aucune remontrance d’aucune cour de judicature, excepté dans la fatale année de 1709, où le Parlement de Paris représpta inutilement le tort que le ministre des finances faisait à l’État par la variation du prix de l’or et de l’argent.

Presque tous les citoyens ont été persuadés que, si le Parlement s’était toujours borné à faire sentir au souverain, en connaissance de cause, les malheurs et les besoins du peuple, les dangers des impôts, les périls encore plus grands de la vente de ces impôts à des traitants qui trompaient le roi et opprimaient le peuple, cet usage des remontrances aurait été une ressource sacrée de l’État, un frein à l’avidité des financiers, et une leçon continuelle aux ministres. Mais les étranges abus d’un remède si salutaire avaient tellement irrité Louis XIV, qu’il ne vit que les abus, et proscrivit le remède. L’indignation qu’il conserva toujours dans son cœur fut portée si loin, qu’en 1669 (13 auguste) il alla encore lui-même au Parlement, pour y

1. La chambre de justice fonctionna de novembre 1661 à 1669 ; des délits financiers de toutes sortes furent châtiés avec une sévérité exemplaire, et les taxes sur les traitants s’élevèrent à 110 millions.

i. Voltaire admire beaucoup Colbert,

et il a raison; mais il n’a pas malheureusement exposé les reformes, les innovations du grand ministre. Tout ce qu’il dit sur les finances a le tort d’être beaucoup trop vague. L’œuvre de Colbert a été mise dans tout son jour par les travaux de MM. P. Clément Chéruel, Joubleau, H. Martin, etc.

Page 1