DES BEAUX-ARTS
La philosophie ne fit pas en France d’aussi grands progrès qu’en Angleterre et à Florence* ; et si l’académie des sciences rendit des services à l’esprit humain, elle ne mit pas la France au-dessus des autres nations. Toutes les grandes inventions et les grandes vérités vinrent d’ailleurs.
Mais dans l’éloquence, dans la poésie, dans la littérature^, dans les livres de morale et d’agrément, les Français furent les K législateurs de l’Europe. Il n’y avait plus de goût en Italie. La véritable éloquence était partout ignorée.
1. Il fait allusion aux folies des Convulsionnaires, qui troublèrent pendant quelque temps Paris (1728-1732).
2. Voltaire, dans son admiration pour le XVII® siècle, n’est pas toujours impartial ; il maltraite beaucoup trop les âges qui ont précédé; il est très-indulgent pour les hommes et les choses du XVII® siècle. Ici, par exemple, il y a une exagération trop évidente dans ces paroles ; Tous les genres de science et de littérature ont été épuisés.
3. Voltaire n’a pas ici voulu parler de Descartes, de Malebranche, de Bos-
suet, de Fénelon, etc., en un mot de la grande école spiritualiste du xvii® siècle. Il dit seulement que les sciences n’ont pas fait alors autant de progrès en France qu’en Angleterre, tandis que les lettres y brillèrent du plus grand éclat. Le sens est bien clair, et cependant Voltaire n’a pas toujours été compris.
4. On ne voit pas très-clairement ce que Voltaire entend par le mot littérature, ayant un sens distinct de poésie, d éloquence, de livres de morale et d’agrément. Le mot littérature a un sens général qui comprend tous les genres.
448 SIÈCLE DE LOyiS XIV.
Les prédicateurs citaient Virgile et Ovide; les avocats, saint Augustin et saint Jérôme. Il ne s’était point encore trouvé de génie qui eût donné à la langue française le tour, le nombre, la propriété du style et la dignité. Quelques vers de Malherbe faisaient sentir seulement qu’elle était capable de grandeur et de force ; mais c’était tout. Les mêmes génies^ qui avaient écrit très-bien en latin, comme un président de Thou^, un chancelier de L’HospitaP, n’étaient plus les mêmes quand ils maniaient leur propre langage, rebelle entre leurs mains. Le français n’était encore recommandable que par une certaine naïveté, qui avait fait le seul mérite de Joinville, d’Amyot, de Marot, deTIontaigne, fé~Regnter, de la satire Ménippée. Cette naïveté tenait beaucoup à l’irrégularité, à la grossièreté*.
Jean de Lingendes, évêque de Mâcon, aujourd’hui inconnu parce qu’il ne fit point imprimer ses ouvrages, fut le premier orateur qui parla dans le grand goût. Ses sermons et ses oraisons funèbres, quoique mêlés encore de la rouille de son temps, furent le modèle des orateurs qui l’imitèrent et le surpassèrent. L’oraison funèbre de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, surnommé le Grand dans son pays, prononcée par Lingendes en 1630, était pleine de si grands traits d’éloquence, que Fléchier, longtemps après, en prit l’exordc tout entier aussi bien que le texte et plusieurs passages considérables, pour en orner sa fameuse oraison funèbre du vicomte de Turenne
Balzac, en ce temps-là, donnait du nombre et de l’harmonie à la prose®. Il est vrai que ses lettres étaient des harangues