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Chez le roi de Prusse Frédéric IL

CHAPITRB XXXIII. 4B9

nos tableaux, dont peut-être nous ne voulions pas connaître assez le mérite. J’ai vu en France refuser douze mille livres d’un tableau de Santerre ^ Il n’y a guère dans l’Europe de plus vaste ouvrage de peinture que le plafond de Lemoine à Versailles^, et je ne sais s’il y en a de plus beaux. Nous avons eu depuis Vanloo, qui, chez les étrangers mêmes, passait pour le premier de son temps

Non-seulement Colbert donna à l’Académie de peinture la forme qu’elle a aujourd’hui, mais en 1667 il engagea Louis XIV à en établir une à Rome. On acheta dans cette métropole un palais, où loge le directeur^. On y envoie les élèves qui ont remporté des prix à l’académie de Paris. Ils y sont conduits et entretenus aux frais du roi ; ils y dessinent les antiques ; ils étudient Raphaël et Michel-Ange. C’est un noble hommage que rendit à Rome ancienne et nouvelle le désir de Limiter, et on n’a pas même cessé de rendre cet hommage depuis que les immenses collections de tableaux d’Italie, amassés par le roi et par le duc d’Orléans et les chefs-d’œuvre de sculplure que la France a produits, nous ont mis en état de ne point chercher ailleurs des maîtres.

C’est principalement dans la sculpture que nous avons excellé, et dans l’art de jeter en fonte d’un seul jet des figures équestres colossales.

Si l’on trouvait un jour, sous les ruines, des morceaux tels que les bains d’Apollon, exposés aux injures de l’air dans les bosquets de Versailles; le tombeau du cardinal de Richelieu, trop peu montré au public dans la chapelle de Sorbonne®; la statue équestre de Louis XIV, faite à Paris pour décorer Bordeaux; le Mercure dont Louis XIV a fait présent au roi de Prusse, et tant

1. Santerre (Jean-Baptiste), o II y a de lai, dit Voltaire, des tableaux de chevalet admirables, d'un coloris vrai et tendre. Son tableau à' Adam et Eve est un des plus beaux qu’il y ait en Europe. Celui de sainte Thérèse, dans la chapelle de Versailles, est un chef-d’œuvre de grâce. »

2. Lemoine, né à Paris en 1668, se tua de désespoir en 1737. Voltaire parle de sa belle composition du Salon d’ Hercule, qui était une flatterie à l’adresse du cardinal Hercule de Fleury.

3. Vanloo (Carie), au xviii® siècle, brillant, facile et relâché, est l’un des principaux types de la peinture de fantaisie et de convention maniérée de cette époque.

4. L’Académie de peinture et de sculpture, instituée sons Mazarin en 1648, reçut de Colbert des règlements nouveaux ; l'Académie d’architecture fut fondée en 1671 ; l’Académie de Rome, dite de Saint-Luc, fut établie dans le palais Farnèse.

5. Philippe, second duc d’Orléans, régent pendant la minorité de Louis XV.

6. Girardon (François), né en 1628, mort en 1715, est l’auteur du rf^Apollon, de V Enlèvement de Proserjnne, des sculptures du Bassin de Neptune rt de la Fontaine des Pyramides à Versailles, du Mausolée du cardinal de Richelieu, etc.

d’autres ouvrages égaux à ceux que je cite; il est à croire que ces productions de nos jours seraient mises à côté de la plus belle antiquité grecque.

Nous avons égalé les anciens dans les médailles. Warin ^ fut le premier qui tira cet art de la médiocrité sur la fin du règne de Louis XIII. C’est maintenant une chose admirable que ces poinçons et ces carrés qu’on voit rangés par ordre historique dans l’endroit de la galerie du Louvre occupé par les artistes. Il y en a pour deux millions, et la plupart sont des chefs-d’œuvre.

On n’a pas moins réussi dans l’art de graver les pierres précieuses. Celui de multiplier les tableaux, de les éterniser par le moyen des planches en cuivre, de transmettre facilement à la postérité toutes les représentations de la nature et de l’art, était encore très-informe en France avant ce siècle. C’est un des arts les plus agréables et les plus utiles. On le doit aux Florentins, qui l’inventèrent vers le milieu du xv*^ siècle ; et il a été poussé plus loin en France que dans le lieu même de sa naissance, parce qu’on y a fait un plus grand nombre d’ouvrages en ce genre. Les recueils des estampes du roi ont été souvent un des plus magnifiques présents qu’il ait faits aux ambassadeurs La ciselure en or et en argent, qui dépend du dessin et du goût, a été portée à la plus grande perfection dont la main de l’homme soit capable

Après avoir ainsi parcouru tous ces arts, qui contribuent aux délices des particuliers et à la gloire (k l’État, ne passons pas sous silence le plus utile de tous les arts, dans lequel les Français surpassent toutes les nations du monde : je veux parler de la chirurgie dont les progrès furent si rapides et si célèbres dans ce siècle, qu’on venait à Paris dos bouts ^ de l’Europe pour toutes les cures et pour toutes les opérations qui demandaient une dextérité non commune. Non-seulement il n’y avait guère d’excellents chirurgiens qu’en France, mais c’était dans ce seul pays qu’on fabriquait parfaitement les instruments nécessaires ; il en fournissait tous ses voisins ; et je tiens du célèbre Cheselden le plus grand chirurgien de Londres, que ce fut lui

1. Warin, né à Liège en 1604, mort en 1682, célèbre graveur de médailles. Ses poinçons et ses carrés sont aujourd’hui à r'hôtel des Monnaies.

2. «Chauveau, Nanteuil, Mellan, Audran, Edelinck, Le Clerc, les Brevet, Poilly, Picart, Duchange, suivis encore par de meilleurs artistes, ont réussi dans les tailles-douces, et leurs estampes ornent, dans l’Europe, les cabinets de

ceux qui ne peuvent avoir de tableaux.» (Voltaire.)

3. « De simples orfèvres, tels que Balin et Germain, ont mérité d’être mis au rang des plus célèbres artistes, par la beauté de leur dessin et par l’élégance de leur exécution. » (Voltaire.)

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