Les communautés, c’est-à-dire les villes
3. Richelieu, après Henri IV, avait fait des ordonnances sévères contre le duel et les avait fait exécuter ; on connaît le supplice de Montmorency-Boutteville et du comte des Chapelles, qui avaient bravé l’autorité du roi (1627).
4. Le dernier duel, autorisé par les rois, fut celui de Jarnac et de la Châtaigneraie, sous Henri II.
5. Richelieu était mort le 4 décembre 1642, et Louis XIII le 14 mai 1643.
Français, alors très-inquiets, de l’aversion pour le nom seul du ministère, et peu de respect pour le trône. Louis XIII, par son testament, établissait un conseil de régence. Ce monarque, mal obéi pendant sa vie, se flatta de l’être mieux après sa mort; mais la première démarche de sa veuve % Anne d’Autriche, fut de faire annuler les dernières volontés de son mari par un arrêt du parlement de Paris. Ce corps, longtemps opposé à la cour, et qui avait à peine conservé sous Louis XIII la liberté de faire des remontrances 2, cassa le testament de son roi avec la même facilité qu’il aurait jugé la cause d’un citoyen^. Anne d’Autriche s'adressa à cette compagnie pour avoir la régence illimitée, parce que Marie de Médicis s’était servie du même tribunal après la mort de Henri IV ; et Marie de Médicis avait donné cet exemple, parce que toute autre voie eût été longue et incertaine; que le Parlement, entouré de ses gardes, ne pouvait résister à ses volontés, et qu’un arrêt rendu au Parlement et par les pairs semblait assurer un droit incontestable.
L’usage qui donne la régence aux mères des rois parut donc alors aux Français une loi presque aussi fondamentale que celle qui prive les femmes de la couronne Le parlement de Paris ayant décidé deux fois cette question, c’est-à-dire ayant seui déclaré par des arrêts ce droit des mères, parut eu effet avoir donné la régence ® : il se regarda, non sans quelque vraisemblance, comme le tuteur des rois, et chaque conseiller crut être une par-
1. Anne d’Autriche, fille de Philippe 111, roi d’Espagne, avait épousé Louis Xlll en 1615; elle donna naissance à Louis XIV, le o septembre 1638, à Saint-Germain.
2. Le Parlement avait été souvent frappé par Richelieu dans ses prétentions à s’ériger en corps politique : un dernier édit du 21 février 1641 déclara qu’il n’avait été établi que pour rendre la justice, et lui interdit de prendre connaissance d’aucune affaire concernant l’administration et le gouvernement; on lui laissait seulement la faculté d’adresser des remontrances au roi sur les édits de finances, sauf à enregistrer après, si le roi Cordonnait.
3. «Riencourt, dans son Histoire de Louis XI y ^ dit que le testament de Louis Xlll fut vérifié au Parlement. Ce qui trompa cet écrivain, c’est qu’en effet Louis Xlll avait déclaré la reine régente, ce qui fut confirmé; mais il avait limité son autorité, ce qui fut cassé. B (Note de Voltaire.)
4. En France, l’usage, en effet, a le plus souvent donné la régence à la reine-mère; Blanche de Castille, sous saint Louis: Catherine de Médicis sous Charles IX ; Marie de Médicis, sous Louis Xlll. Mais Anne de Beaujeu gouverna au nom de son frère Charles VllI, sans avoir, il est vrai, le titre de régente; le comte de Flandre fut régent et tuteur de son neveu, Philippe P'‘; les trois oncles de Charles VI s’emparèrent du pouvoir pendant la minorité de ce prince ; et plus tard le duc d’Orléans fut régent sous Louis XV.
5. C’est la loi salique^ établie après la mort de Louis X et de son fils posthume, Jean, en 1316; confirmée en 1322. à la mort de Philippe V; en 1328, à la mort de Charles IV. Elle a résisté aux prétentions des rois anglais, Edouard lil, Henri V et Henri VI, comme à l’ambition du roi d’Espagne, Philippe II.
6. On ne résolut pas la question de savoir si la régence appartenait de droit
CIIAPITIIK III.
tie de la souveraineté. Par le même arrêt, Gaston, duc d’Orléans, jeune oncle du roi, eut le vain titre de lieutenant général du royaume sous la régente absolue^.
Anne d’Autriche fut obligée d’abord de continuer la guerre contre le roi d’Espagne, Philippe IV, son frère, (pi’elle aimait. Il est difficile de dire précisément pourquoi l’on faisait cette guerre; on ne demandait rien à l’Espagne, pas même la Navarre qui aurait dû être le patrimoine des rois de France. On se battait depuis 1635, parce que le cardinal de Richelieu l’avait voulu; et il est à croire qu’il l’avait voulu pour se rendre nécessaire^. Il s’était lié contre l’empereur avec la Suède, et avec le duc Bernard de Saxe-Yeimar l’un de ces généraux que les Italiens nommaient condottieri^, c’est-à-dire qui vendaient leurs troupes. Il attaquait aussi la branche autricbienne-espagnole dans ces dix provinces que nous appelons en général du nom de Flandre, et il avait partagé avec les Hollandais, alors nos alliés, cette Flandre qu’on ne conquit point®.
Le fort de la guerre était du côté de la Flandre ; les troupes
à la mère du roi mineur ; mais on décida que la reine, déclarée régente par la volonté du dernier roi, avait, de droit, la plénitude du pouvoir royal.
1. Jean-Baptiste Gaston, duc d’Orléans, second fils de Henri IV et de Marie de Médicis, né à Fontainebleau en 1608, mort à Blois en 1660, n’avait cessé de troubler la France pendant le ministère de Richelieu, par sa turbulence frivole et lâche.
2. La Navarre, enlevée injustement aux ancêtres de Henri IV par Ferdinand le Catholique, en 1512, aurait dû être le patrimoine de nos rois, qui n’y avaient jamais renoncé et en conservèrent le titre. Jeanne d’Albret, héritière des anciens rois de Navarre, transmit ses droits à son fils, Henri de Bourbon.
3. Voltaire n’a pas toujours été juste à l’égard de Richelieu. Ce n’est pas pour se rendre nécessaire que le grand cardinal commença, en 1635, la période française de la guerre de Trente Ans, et Voltaire a pu dire lui-même, dans plusieurs passages de ses écrits, pourquoi l’on faisait cette guerre : « Il » résolut, malgré tous les troubles se- • crets qui agitaient l’intérieur du » royaume, d établir la force et la » gloire de la France au dehors, et de » remplir le grand projet de Henri IV, » en faisant une guerre ouverte à toute » la maison d’Autriche en Allemagne,
» en Italie, en Espagne... Le temps » paraissait venu d’accabler la maison » d’Autriche dans son déclin. La Picar- » die et la Champagne étaient les born nés de la France, on pouvait les re- » culer, etc.» [Essai sur les mœurs, ch. CLxxvi). Voltaire n’a-t-il pas montré plus haut (p. 9 et 11) la puissance autrichienne menaçant l’équilibre européen? Richelieu a eu la gloire qu’il poursuivait., de l’établir, et même de faire pencher la balance en faveur de la France, par cette guerre difficile et heureuse que le traité de Westphalie devait couronner.
4. Il s’était uni à la Suède dès l’année 1631, par le traité de Bernwald; avec le duc Bernard, par le traité de Saint-Germain (oct. 1635); il lui promettait quatre millions par an, pins l’abandon de l’Alsace, à condition qu’il entretiendrait une armée de dix-huit mille hommes.
5. Du mot italien condotta, contrat de louage, qui vient lui-même du latin conducere, louer.
6. Par le traité de Paris (février 1635), on devait conquérir et partager avec les Hollandais les dix provinces belges. Richelieu désirait vivement reculer nos frontières vers les limites naturelles de l’ancienne Gaule; mais déjà les Hollandais commençaient à craindre le voisinage de la France.
espagnoles sortirent des frontières du Hainaut^ au nombre de ving-six mille hommes, sous la conduite dïm vieux général expérimenté, nommé don Francisco de Mello Ils vinrent ravager les frontières de la Champagne; ils attaquèrent Rocroi^, et ils crurent pénétrer bientôt jusqu’aux portes de Paris, comme ils avaient fait huit ans auparavant^. La mort de Louis XIII, la faiblesse d’une minorité, relevaient leurs espérances; et quand ils virent qu’on ne leur opposait qu’une armée inférieure en nombre, commandé par un jeune homme de vingt-un ans leur espérance se changea en sécurité.
Ce jeune homme sans expérience, qu’ils méprisaient, était Louis de Bourbon, alors duc d’Enghien , connu depuis sous le nom du grand Condé^. La plupart des grands capitaines sont devenus tels par degrés. Ce prince élait né général; l’art de la guerre semblait en lui un instinct naturel : il n’y avait en Europe que lui et le Suédois Torstenson qui eussent eu à vingt ans ce génie qui peut se passer de l’expérience.
Le duc d’Enghien avait reçu, avec la nouvelle de la mort de Louis XIII, l’ordre de ne point hasarder de bataille. Le maréchal de L’Hospital qui lui avait été donné pour le conseiller et pour
1. Le Hainaut, province du royaume actuel de Belgique, chef-lieu Mons, a été l’un de nos principaux champs de bataille, sous Louis XIV.