‹ Sicle de Louis XIVChapitre 79 sur 447 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l’autre leur autorité, donnant des arrêts contraires, et qui par là se seraient rendus le mépris du peuple, s’accordaient à demander rexpulsion de Mazarin : tant la haine contre ce ministre semblait alors le devoir essentiel d’un Français.

Il ne se trouva dans ce temps aucun parti qui ne fut faible : celui de la cour l’était autant que les autres; l’argent et les forces manquaient à tous; les factions se mullipliaierit ; les combats n’avaient produit de chaque côté que des pertes et des regrets. La cour se vit obligée de sacrifier encore Mazarin, que tout le monde appelait la cause des troubles et qui n’en était que le prétexte. Il sortit une seconde fois du royaume (19 auguste 1652). Pour surcroît de honte, il fallut que le roi donnât une déclaration publique, par laquelle il renvoyait son ministre, en vantant ses services et en se plaignant de son exil.

Charles I®^ roi d’xAngleterre, venait de perdre la tête sur un échafaud, pour avoir, dans le commencement des troubles, abandonné le sang de Strafford, son ami, à son parlement : Louis XIV, au contraire, devint le maître paisible de son royaume en souffrant l’exil de Mazarin. Ainsi les mêmes faiblesses eurent des succès bien différents. Le roi d’Angleterre, en abandonnant son favori, enhardit un peuple qui respirait la guerre, et qui haïssait les rois; et Louis XIV, ou plutôt la reine mère, en renvoyant le cardinal, ôta tout prétexte de révolte à un peuple las de la guerre, et qui aimait la royauté L

(20 octobre 1652). Le cardinal à peine parti pour aller à Bouillon, lieu de sa nouvelle retraite, les citoyens de Paris, de leur seul mouvement, députèrent au roi pour le supplier de revenir dans sa capitale. Il y rentra; et tout y fut si paisible qu’il eût été (liflicile d’imaginer que quelques jours auparavant tout avait été dans la confusion. Gaston d’Orléans, malheureux dans ses entreprises, qu’il ne sut jamais soutenir, fut relégué à Blois, où il passa le reste de sa vie dans le repentir; et il fut le deuxième fils de Henri le Grand qui mourut sans beaucoup de gloire Le cardinal de Betz®, aussi imprudent qu’audacieux, fut arrêté dans le

1. Le rapprochement est plus subtil que juste comme Voltaire le montre lui-même ; quel rapport d’ailleurs entre la guerre de la Fronde et la guerre de la révolution d’Angleterre !

2. Gaston mourut à Blois, le 3 février 1660. Sa fille se retira dans une sorte d’exil, à sa terre de Saint-Fargeau, où elle commença à écrire ses Mémoires.

3. Retz, arrêté au Louvre le 18 décembre' 1652, conduit à Vincennes, puis

transféré au château de Nantes (30 mars 1634), s’en échappa (8 août) ; mais, blessé d’une chute de cheval en fuyant, il ne put revenir à Paris, comme il le voulait, prendre possession de l’archevêché, que la mort de son oncle avait rendu vacant. De Belle-Ile, il se réfugia en Espagne, puis à Rome, où le pape le combla d’honneurs. Il ne revint en France qu’après la mort de Mazarin, se démit de l’archevêché de

Louvre, et, après avoir été conduit de prison en prison, il mena longtemps une \ie errante quil finit dans la retraite, où il acquit des vertus que son grand courage n’avait pu reconnaître dans les agitations de sa fortune.

Quelques conseillers qui avaient le plus abusé de leur ministère payèrent leurs démarches par l’exil; les autres se renfermèrent dans les bornes de la magistrature, et quelques-uns s’attachèrent à leur devoir par une gratification annuelle de cinq cents écus, que Fouquet, procureur général et surintendant des finances, leur fit donner sous mainL

Le prince de Condé cependant, abandonné en France de presque tous ses partisans et mal secouru des Espagnols, continuait sur les frontières de la Champagne une guerre malheureuse. Il restait encore des factions dans Bordeaux, mais elles furent bientôt apaisées.

Ce calme du royaume était l’effet du bannissement du cardinal Mazarin; cependant, à peine fut-il chassé par le cri général des Français, et par une déclaration du roi, que le roi le fit revenir (3 février 1653). Il fut étonné de rentrer dans Paris toutpuissant et tranquille. Louis XIV le reçut comme un père, et le peuple comme un maître On lui fit un festin à l’hôtel de ville, au milieu des acclamations des citoyens : il jeta de l’argent à la populace ; mais on dit que, dans la joie d’un si heureux changement, il marqua du mépris pour l’inconstance, ou plutôt pour la folie des Parisiens. Les officiers du Parlement, après avoir mis sa tète à prix comme celle d’un voleur public, briguèrent presque tous l’honneur de venir lui demander sa protection ; et ce même Parlement, peu de temps après, condamna par coulumace le prince de Condé à perdre la vie (17 mars 1653)^, changement ordinaire dans de pareils temps, et d’autant plus humiliant que l’on condamnait par des arrêts celui dont on avait si longtemps

Paris, fut plusieurs fois employé par Louis XIV auprès de la cour pontificale, mais Técut presque toujours dans sa seigneurie de Commercy.

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