‹ Sicle de Louis XIVChapitre 91 sur 447 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

un aveu qui eût produit la honte d’un général d’urrnée et le ridicule d’un homme d’église. Mazarin, qui avait eu cette faiblesse, eut celle de rester brouillé jusqu’à sa mort avec Turenne^

Au milieu de ce premier triomphe, le roi tomba malade à Calais, et fut plusieurs jours à la mort^. Aussitôt tous les courtisans se tournèrent vers son frère Monsieur Mazarin prodigua les ménagements, les flatteries et les promesses au maréchal Du Plessis-Praslin, ancien gouverneur de ce jeune prince, et au comte de Guiche, son favori. Il se forma dans Paris une cabale assez hardie pour écrire à Calais contre le cardinal. 11 prit ses mesures pour sortir du royaume, et pour mettre à couvert ses richesses immenses. Un empirique d’Abbeville ^ guérit le roi avec du vin émétique que les médecins de la cour regardaient comme un poison. Ce bonhomme s’asseyait sur le lit du roi, et disait : « Voilà un garçon bien malade, mais il n’en mourra pas.» Dès qu’il fut convalescent, le cardinal exila tous ceux qui avaient cabalé contre lui.

(13 septembre 1658). Peu de mois après mourut Cromwell, à l’âge de cinquante-cinq ans au milieu des projets qu’il faisait pour Paffermissement de sa puissance et pour la gloire de sa nation. Il avait humilié la Hollande, imposé les conditions d’un traité au Portugal, vaincu l’Espagne, et forcé la France à briguer son alliance. Il avait dit depuis peu, en apprenant avec quelle hauteur ses amiraux s’étaient conduits à Lisbonne ; « Je veux qu’on respecte la république anglaise autant qu’on a respecté autrefois la république romaine. » Les médecins lui annoncèrent la mort. Je ne sais s’il est vrai qu’il fit dans ce moment l’enthousiaste et le prophète, et s’il leur répondit que Dieu ferait un miracle en sa faveur®. Thurloe, son secrétaire, prétend qu’il leur

1. Si le fait est vrai, Mazarin ne laissa pas paraître qu’il gardait rancune à Turenne ; peu après, quand le roi tombe malade, c’est au maréchal qu’il s’adresse pour sa sûreté ; il lui offre la main de sa nièce Hortense; enfin Turenne, au lit de mort du cardinal, venait solliciter, comme une grande faveur, le mariage de l’héritier des Bouillon avec une autre de ses nièces; et Mazarin ne l’oublia pas dans son testament,

2. Le roi s’était fatigué aux sièges de Dunkerque et de Bergues ; les exhalaisons des marais lui donnèrent une fièvre maligne, et on fut obligé de le transporter de Bergues à Calais.

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