Le 16 mai 1646, à l’âge de seize ans
2. On ne stipula pas une seule ville pour sa dot : 1° parce qu’on suivit les conventions ordinaires pour les mariages des princesses de France et d’Espagne; 2» parce que Mazarin voyait dans l’union de Louis XIV avec Marie- Thérèse un gage de la paix désirée,
et l’espoir d’intervenir plus tard dans la succession de Philippe IV.
3. Dans la chaleur de la discussion, don Louis de Haro s’écria : « Eh ! nonobstant ces renonciations, si le roi mon maître venait à perdre ses deux fils, il serait fort à souhaiter, et non pas à espérer, que la France ne prétendit pïis à succéder, et qu’elle ne prit pas toutes les plus fortes résolutions pour cela. » (Lettre de Mazarin à Le Tellier, 23 août 1659.) Philippe IV disait lui-même : « Ceci est une fadaise : si le prince venait de faillir, à droit, ma fille doit hériter. »
Marie-Thérèse, pouvant avoir pour dot les villes que la France lui rendait, n’apporta, par son contrat de mariage, que cinq cent mille écus d’or au soleil ^ : il en coûta davantage au roi pour l’aller recevoir sur la frontière. Ces cinq cent mille écus, valant alors deux millions cinq cent mille livres, furent pourtant le sujet de beaucoup de contestations entre les deux ministres. Enfin, la France n’en reçut jamais que cent mille francs.
Loin que ce mariage apportât aucun autre avantage présent ou réel que celui de la paix, l’infante renonça à tous les droits qu’elle pourrait jamais avoir sur aucune des terres de son père, et Louis XIY ratifia cette renonciation de la manière la plus solennelle, et la fit ensuite enregistrer au Parlement^.
Ces renonciations et ces cinq cent mille écus de dot semblaient être les clauses ordinaires des mariages des infantes d’Espagne avec les rois de France. La reine Anne d’Autriche, fille de Philippe III, avait été mariée à Louis XIII à ces mêmes conditions ; et quand on avait donné Isabelle, fille de Henri le Grand, à Philippe IV, roi d’Espagne, on n’avait pas stipulé plus de cinq cent mille écus d’or pour sa dot, dont même on ne lui paya jamais rien ; de sorte qu’il ne paraissait pas qu’il y eût alors aucun avantage dans ces grands mariages : on n’y voyait que des filles de rois mariées à des rois, ayant à peine un présent de noces.
Le duc de Lorraine, Charles IV, de qui la France et l’Espagne avaient beaucoup à se plaindre, ou plutôt qui avait beaucoup à se plaindre d’elles, fut compris dans le traité, mais en prince malheureux qu’on punissait, parce qu’il ne pouvait se faire craindre. La France lui rendit ses États, en démolissant Nancy et en lui défendant d’avoir des troupes®. Don Louis de Haro obligea le cardinal de Mazarin à faire recevoir en grâce le prince de Condé, en menaçant de lui laisser en souveraineté Rocroi, le Catelet et d’autres places dont il était en possession. Ainsi la
1, Les 500,000 écus devaient être payés par tiers : le premier tiers, au temps de la consommation du mariage ; Je second, à la fin de l’année; le troisième, six mois après le second. Mazarin et de Lionne eurent l’habileté de faire insérer dans le contrat de mariage que, moyennant le payement aux termes ci-dessus dits, l’infante renonçait..., etc.
2. Le premier terme du payement ne fut pas acquitté au jour dit, tant
était grande la pénurie du trésor espagnol ; la cour de France pressa peu.
Mais Louis XIV et la nouvelle reine s’abstinrent de ratifier la renonciation, par un acte spécial, comme l’avait stipulé le contrat.
3. On gardait le duché de Bar, le comté de Clermont en Argonne, Stenay, Dun, Jametz et Moyenvic, avec le droit de passage vers l’Alsace et Philipsbourg. Le duc n’accepta pas d’abord ces conditions.