INTRODUCTION
plas de la perfection. Enrichi des découvertes des trois autres, il a plus fait en certains genres que les trois ensemble. Tous les arts, à la vérité, n'ont point été poussés plus loin que sous les Médicis, sous les Auguste et les Alexandre; mais la raison humaine en général s*est perfectionnée. La saine philosophie n'a été connue que dans ce temps ; et il eât vrai de dire ^u*à commencer depuis les dernières années du cardinal de Richelieu jusqu'à celles qui ont suivi la mort de Louis XIV, il s'est fait dans nos arts, dans nos esprits, dans nos mcsurs, comme dans notre gouvernement, une révolution générale qui doit servir de marque éternelle à la véritable gloire de notre patrie. Cette heureuse mfluence ne s'est pas même arrêtée en France ; elle s'est étendue eu Angleterre : elle a excité jjémulation dont avait alors besoin cette nation spirituelle et hardie ; elle a porté le goût en Allemagne, les sciences en Russie ; elle a même ranimé Tltalie qui languissait, et l'Europe a dû sa politesse et l'esprit de société à la cour de Louis XIV.
Il ne faut pas croire que ces quatre siècles aient été exempts de malheurs et de crimes. La perfection des arts cultivés par des citoyens paisibles n'empêche pas les princes d'être ambitieux, les peuples d'être séditieux, les prêtres et les moines d'être quelquefois remuants et fourbes. Tous les siècles se res> semblent par la méchanceté des hommes ; mais je ne connais que ces quatre âges distingués par les grands talents.
Avant le siècle que j'appelle de Louis XIV, et qui commence à peu près à l'établissement de l'Académie française ', les Italiens appelaient tous les ultramontains du nom de barbares : il faut avouer que les Français méritaient en quelque sorte cette injure. Leurs pères joignaient la galanterie romanesque des Maures à la grossièreté gothique. Us n'avaient presque aucun des arts aimables, ce qui prouve que les arts utiles étaient négligés; car lorsqu'on a perfectionné ce qui est nécessaire, on trouve bientôt le beau et l'agréable ; et il n'est pas
1. Louis IIV est né en 1638. le s septembre, selon VArt de vérifier les dates; le i6, suivant d^autres biographes : l'éublissement de l'Académie française est de i635. Conrart (Valentin), conseiller et secrétaire du roi, riche et ami des lettres, atait réuni chez lui dès l'année 1639 quelques gens d'osprit, Chapelain, Godeau, Gombaud et autres : cette société fut le berceau de PAcadémie franâtise, que Louis XIII érigea en compagnie, sur les instances du cardinal de Riciielieu. On sait que Conrart, académicien sans avoir jamai» rien écrit, n^ pas échappé à la critique maligne de Boileau :
« Imitez de Conrart le silence prudent >
dit le satirique (épitre ire).
4 cBAPiraïc 1.
étonnant que la peinture, la sculpture, la poésiOi l'éloquence, la philosophie, fussent presque inconnues à une nation qui, ayant des ports sur TOcéan et sur la Méditerranée, n'avait pourtant point de flotte, et qui, ainiant le luxe à Texcès, avait à peine quelques manufactures grossières.
Les Juifs, les Génois, les Vénitiens, les Portugais, les Flamands, les Hollandais, les Anglais, firent tour à tour le commerce de la France, qui en ignorait les principes. Louis XIII, à son avènement à la couronne, n'avait pas un vaisseau : Paris ne contenait pas quatre cent mille hommes, et n'était pas décoré de quatre beaux édifices ; les autres villes du royaume ressemblaient à ces bourgs qu'on voit au delà de la Loire. Toute la noblesse, cantonnée à la campagne dans des donjon» entourés de fossés, opprimait ceux qui cultivent la terre. Les grands chemins étaient presque impraticables ; les villes étaient sans police, l'État sans argent, et le gouvernement presque toujours sans crédit parmi les nations étrangères.
On ne doit pas se dissimuler que, depuis la décadence de la famille de Charlemagne, la France avait langui plus ou moins dans celle faiblesse, parce qu'elle n'avait presque jamais joui d'un bon gouvernement •.
11 faut, pour qu'un État soit puissant, ou que le peuple ait une liberté fondée sur les lois, ou que l'autorité souveraine soit affermie sans contradiction. En France, les peuples furent esclaves jusque vers le temps de Philippe Auguste; les sei^ gneurs furent tyrans jusqu'à Louis XI; et les rois, toujours occupés à soutenir leur autorité contre leurs vassaux, n'eurent jamais ni le temps de songer au bonheur de leurs sujets, ni le pouvoir de les rendre heureux.
Louis XI fit beaucoup pour la puissance royale, mais rien pour la félicité et la gloire de la nation *. François I*' fit naître le
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âge, . ^
qu'une époque de superstition, de barbarie, de folies guerrières et de servitude : ÏÊtsai 8ur le» iiœuu a été le développement brillant, mais aouvent passionné, de ces idées.
S. Dans VEsiai sur let Jfosuri, où l'on n'accusera certaîBement pas Vol- Uiro de complaisance et de flatterie, il a été plus juste envers Louis XI. « C'est à lui que le peuple dut le premier abaissement des iprands : environ cinquante familles en ont murmuré, et plus de cinq cent mille ont dû s'en féliciter.... De lui vient l'établissement nés postes.... Il voulait rendre les poiHs et les mesures uniformes dans ses États, comme ils l'avaient été du temps de Ghariemaifne. Enfin il prouva qu'un méchant homme peut faire le bien public, quand son intérêt particulier n'y est pas contraire. » (Gliap. xciv.)