‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 10 sur 189 · SURINTENDANS DES FINANCES · texte numérisé non relu

SURINTENDANS DES FINANCES

La place de furintendant était la première au confeil quand il n'y avait point de premier miniftre. De là vient que le cardinal de Richelieu fut obligé de briguer en z 62.3 & 26x4. la faveur du marquis 3 depuis duc de la Vieuville, furintendant , pour entrer au confeiL

Laude le Boutillier. , d'abord furîntendant conjointement avec Claude de Bullion en 1630., feu! en 1640. Ce fut lui qui le premier fit impofer les tai lies par les intendans des finances. R.etiré en 1643 : c*01* en 165a.

Nicolas Bailleul, marquis de Château-Gonrier , préfident du parlement, furintendant des finances en |J* 1643 jufqu'en 1648 : mort en 165a, plus verfé dans la connaiffance du barreau que dans celle des finances, ii eut fous lui pour contrôleur-général Pariicellidàt Euieri; connu par fes déprédations.

C'était le fils d'un payfan de Sienne , placé par îe cardinal Malaria. Il difait que les miniflres des finances n'étaient faits que pour être maudits. Surintendant en 1648 , exilé pour appaifèr le peuple. Surintendant depuis une féconde fois pendant fix mois.

Emeri imagina bien des fortes d'impôts, de nouveaux officiers jurés, mefureurs & porteurs de charbon: de mouleurs , chargeurs & porteurs de bois : de premiers commis de la taille & des ponts & chauffées ; de fou pour livre , d'augmentation des gages , de contrôleurs des amendes & des épices , &c.

Le même Emeri fut furintendant en 1648; niais quelques mois après on îe facrifia à la haine publique en l'exilant.

Le maréchal duc de la Meilleray, furintendant

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en 1648, pendant l'exil à'Emeri. On avait déjà vu des guerriers dans cette place. Il avait la probité du duc de Sully, mais non pas les reiïburces. Il vint dans le tems le plus difficile, & le duc de Sully n'avait eu la furintendance qu'après la guerre civile. Il taxa tous les financiers & tous les traitans. La plupart firent banqueroute , & on ne trouva plus d'argent. Il abandonna la furintendance en 1649 5 mort en I^^4«

Emeri reprit la furintendance immédiatement après la démifllon du maréchal. Un Italien nommé Tond imagina alors les emprunts en rentes viagères , rentes qui de chaque clalfe font payées au dernier vivant. Il y en eut pour un million vingt - cinq mille livres annuelles, ce qui forma un revenu prodigieux pour le dernier qui furvécut. Invention qui charge l'état pour un fiècle , mais moins onéreufe que celle des rentes perpétuelles qui chargent l'état pour toujours : mort en 1650.

Claude de Mesme comte d'AvAUX, d'une ancienne maifon en Guienne , homme de lettres qui unifiait l'efprit & les grâces à la fcience. Plénipotentiaire avec Serviem ; chéri de tous les négociateurs autant que Serviem en était redouté. Surintendant en 1650 : mort la même année.

Charles, marquis duc de la Vieuville, le même que le cardinal de Richelieu avait fait chafTer du confeil , & enfermer dans le château d'Amboife en 162,4, qui, échappé de ce château, avait fui en Angleterre , & qui avait été condamné à mort- par contumace. Créé duc & pair en 1651, & furintendant la même année : mort en 1653.

René de Longueil , marquis de Maisons , préfident-à-mortier. Surintendant en 16 51. Il ne le fut qu'un an. On a prétendu qu'il avait bâti pendant cette année le château de Maifons, qui eit un des plus beaux de l'Europe : mais il fut confirait un an

de Louis XIV. 31 £1

auparavant. C'efî le coup d'eiTai & le chef-d'œuvre de François Manfard , qui était alors un jeune homme & fîmple maçon. Il y a fur cela une fingulière anecdote , que plusieurs perfonnes ont apprife comme moi du petir-fils du furintendant. Son hôrel démoli aujourd'hui form i un impaflç dans la rue des Prouvaires. Un jour en faifant fouiller dans un ancien petit caveau, 11 y trouva quarante milles pièces d'or au coin de Charles IX. C'eïr avec cet argent que le château de Maifons fut bâti : mort en 1677.

On voir que les furintendans fe fuccédaient rapidement dans ces troubles.

Abel Servien , après avoir négocié la paix de Welrphaîie avec le duc de Lon.juevi/le & le comte d'Avaux, & en ayant eu le principal honneur. Surintendant en 1653 » conjointement avec Jhicolas Fouquet ; adminiftra jûfqu'à fa mort arrivée en 1659. Ma*s Fouquet eut toujours la principale direction : mort § en 1659.

Nicolas Fouquet, marquis de Belle-Isle, furintendant en 1 6 5 3 , quoiqu'il fût procureur - général du parlement de Paris. On a imprimé par erreur dans le liècle de Louis XIV. qu'il dépenfa dix-huit cent mille francs à bâtir fon palais de Vaux, aujourd'hui Vilhrs ; c'eft une erreur de typographie ; il y prodigua dix-huit millions de fon tems , qui en feraient près de trente-fix du nôtre.

Le cardinal Mazarin depuis fon retour en 1653, fe faifait donner par le furintendant vingt-trois millions par an pour les dépenfes fecretes. Il achetait à vil prix de vieux billets décriés, & fe faifait payer la fomme entière. Ce fut ce qui perdit Fouquet. Jamais difïïpateur des finances royales ne fut plus noble & prus généreux que ce furintendant. Jamais homme en place n'eur plus d'amis perfonnels, & jamais homme perfécuté ne fut mieux fervi dans fon malheur. Con-

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damné cependant au banniffement perpétuel par commiffaires en 1664 : mort ignoré en 1680.

Après fa difgrace la place de fui-intendant fut fupprimée.

Sous les furintendans il y avait des contrôleurs généraux. Le cardinal Ma^arin nomma à cette place un étranger cal vinifie d'Augsbourg , nommé Barthdemi Hervart, qui était fon banquier. Cet Hervart avait en effet rendu les plus grands fervices à la couronne. Ce fut lui qui après la mort du duc Bernard de Saxe- Veymar , donna fon armée à la France en avançant tout l'argent néceifaire. Ce fut lui qui retint cette même armée & d'autres régimens dans le fervice du roi , lorfque le vicomte de Turenne voulut la faire révolter en 1648. Il avança deux millions cinq cent mille livres de la monnoie d'alors pour la retenir dans ^ le devoir. Deux importans fervices qui prouvent qu'un n'eft le maître qu'avec de l'argent.

Lorfqu'on arrêta le furintendant Fouquet , il prêta encor au roi deux millions. Il jouait un jeu prodigieux, & perdit fouvent cent mille écus dans une féance. Cette profudon l'empêcha d'avoir la première place. Le roi eut avec raifon plus de confiance en Colbert, Hervart mort fimpïe confeiller d'état en 1676,

Sa famille quitta le royaume après la révocation de l'édit de Nantes, & porta des biens immenfes dans les pays étrangers.

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