‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 138 sur 189 · Chapitre XX · texte numérisé non relu

Chapitre XX

» tuellemenc de prompts fecours. Quand le Français » attend qu'on l'attaque , il perd le plus grand de fes » avantages , cette impétuofité & ces premiers momens » d'ardeur, qui décident fi fouvent du gain des batailles. » Croyez-moi , il faut marcher à l'ennemi. » Tons les lieutenans-généraux répondirent : II faut marcher. Alors le maréchal de Marfin tire de fa poche un ordre du roi , par lequel on devait déférer à fon avis en cas d'aôion: & fon avis fut de refier dans les lignes.

Le duc d'Orléans indigné vit qu'on ne l'avait envoyé à l'armée , que comme un prince du fang , & non comme un général ; & forcé de fuivre le confeil du maréchal de Marfin , il fe prépare à ce combat fi défavantageux.

Les ennemis paraifTaient vouloir former à la fois pîufieurs attaques. Leurs mouvemens jetaient rincer titude dans le camp des Français. Mo'nfieur le duc JJ d'Orléans voulait une chofe, Marfin & la Feuillade une autre : on difputait; on ne concluait rien. Enfin on laiffe les ennemis pafier la Doire. Ils avancent fur huit colonnes de vingt-cinq hommes de profondeur. Il faut dans l'infrant leur oppofer des bataillons d'une épaiffeur allez forte.

Albergotti , placé loin de l'armée fur la montagne des capucins , avait avec lui vingt mille hommes , & n'avait en tête que des milices , qui n'ofaienr l'attaquer. On lui envoie demander douze mille hommes. Il répond qu'il ne peut fe dégarnir : il donne des raifons fpécieufes; on les écoute : le tems fe perd. Le prince Eugène attaque les retranchemens , & au bout de deux heures il les force. Le duc d'Orléans bleffé s'était retiré pour fe faire panfer. A peine était-il entre les mains des chirurgiens , qu'on lui apprend que tout eft perdu , que les ennemis font maîtres du camp , & que la déroute eft générale. Auffi-tot il faut fuir ; les lignes, les tranchées font abandonnées, l'armée difperfée. Tous les

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bagages, les provinons , les munitions, la caille militaire, tombent dans les mains du vainqueur.

Le maréchal de Marfin. blefîe à la cuiffe eft fait prifonnier. Un chirurgien du duc de Savoie lui coupa la cuiffe ; & le maréchal mourut quelques momens après l'opération. Le chevalier Métkuin\ ambaffadeur d'Angleterre auprès du duc de Savoie , le plus généreux , le plus franc & le plus brave homme de fon pays qu'en ait jamais employé dans les ambafTades , avait toujours combattu à côté de ce fouverain. Il avait vu prendre le maréchal de Marfin , & il fut témoin de fes derniers momens. Il m'a raconté que Marfin lui dit ces propres mots: Croye{ au moins , Monfieury que ça été contre mon avis , que nous vous avons attendu dans nos lignes. Ces paroles femblaient contredire formellement ce qui s'était parle dans le confeil de guerre , & elles étaient pourtant vraies : c'eft que le maréchal de Marfin , en prenant congé à Verfailles , avait repréfenté au roi qu'il fallait aller aux ennemis ; en cas qu'ils panifient pour fecourir Turin : mais Chamilllard , intimidé par les défaites précédentes , avait fait décider qu'on devait attendre & non préfenter la bataille, & cet ordre , donné dans Verfailles , fut caufe que foixante mille hommes furent difperfés. Les Français n'avaient pas eu plus de deux mille hommes tués dans cette bataille. Mais on a déjà vu que le carnage fait moins que la confternation. L'impofïibilité defubfifter, qui ferait retirer une armée après la victoire , ramena vers le Dauphiné les troupes après la défaite. Tout était fi en défordre, que le comte de Médavi-Grancei , qui était alors dans le Mantouan avec un corps de troupes, & qui battit à Caftiglione les Impériaux , commandés par le landgrave de HerTe, depuis roi de Suède, ne remporta qu'une victoire inutile, quoique complette. On perdit en peu de tems le Milanais, le Mantouan, le Piémont, & enfin le royaume de Napîes,

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