‹ Siècle de Louis XIVChapitre 104 sur 266 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

seigneuries cleFalkcnbourg, cIo Gcrnicrsheim, de Veklcnlz, etc. Ils portèrent en vain leurs plaintes à l'Empire assemblé à Katisbonne*, qui se contenta de faire des protestations.

Ce n'était pas assez au roi d'avoir la préfecture des dix villes libres de l'Alsace au même titre que l'avaient eue les empereurs ^ ; déjèi dans aucune de ces villes on n'osait plus parler de liberté. Restait Strasbourg, ville grande et riche, maîtresse du Rhin par le pont qu'elle avait sur ce fleuve; elle formait seule une puissante république, fameuse par son arsenal, qui renfermait neuf cents pièces d'artillerie.

Louvois avait formé dès longtemps le dessein de la donner

a son maître. L'or, l'intrigue et la terreur, qui lui avaient ouvert les portes de tant de villes, préparèrent l'entrée de Louvois dans Strasbourg (30 septembre 1681). Les magistrats furent gagnés. Le peuple fut consterné de voir à la fois vingt mille Français autour de ses remparts; les forts qui les défendaient près du Rhin, insultés et f)ris dans un moment ; Lou%ois aux portes, et les bourgmestres parlant de se rendre. Les pleurs et le désespoir des citoyens, amoureux de la liberté, n'empêchèrent point qu'en un même jour le traité de reddition ne fût proposé par les magistrats, et que Louvois ne prît possession de la ville. Yauban en a fait depuis, par les fortifications qui l'entourent, la barrière la plus forte de la France ^.

Le roi ne ménageait pas plus l'Espagne ; il demandait dans les Pays-Bas la ville d'Alost et tout son bailliage, que les ministres avaient oublié, disait-il, d'insérer dans les conditions de la paix; et, sur les délais de l'Espagne, il fit bloquer la ville de Luxembourg (1682).

En même temps il achetait la forte ville de Casai d'un petit prince duc de Mantoue (1681), qui aurait vendu tout son Etat pour fournir à ses plaisirs.

1. « L'Empire » clAlIoniagno. re- thios des calholiquos y aidèrent aussi présentépar ses Etats réunis en diète. l)eaucoup. Cette occupation, après

^ ^ ,„ . , tout, ne conta pas une jçoutte de sang.

2. Cette prélecture comprenait les t- - i -u i ». • j-„„-» .,, , ^r /-. 1 o 1 Lne médaille de cette époque disait

villes de Hagueneau, Colinar, bchc- ,0.1 i 1 V

1 ^ 1^ TT- 1 T 1 de Strasljourfr devenu alors français :

lestadt, \\ issembouror. Landau. ^, ^ • ^. ,/• t

' *" Claxisa Germants Galha. La reprise

3. Voir, pour l'occupation de Stras- de Strasbourg pendant la guerre de bourg, l'Histoire de Louvois par Rous- 1870 par les Allemands n'eut lieu set, et Louis XIV à Strasbourg par Le- qu'après un long siège, le bombardegrelle. On y voit que l'action de ment de Strasbourg et lincendie de l'évèque de Strasbourg et les sympa- sa belle bibliothèque.

En voyant celte puissance qui sétendait ainsi de tous côtés, et qui acquérait pendant la paix plus que dix rois prédécesseurs de Louis XIV n'avaient acquis par leurs guerres, les alarmes de lEurope recommencèrent. L'Empire, la Hollande, la Suède même, mécontente du roi, firent un traité d association. Les Anglais menacèrent ; les Espagnols voulurent la guerre ; le prince d'Orange remua tout pour la faire commencer ; mais aucune puissance n'osait alors porter les premiers coups*.

Le roi, ci'aint partout, ne songea qu'à se faire craindie davantage. — (1680.) Il portait enfin sa marine au delà des espérances des P'rançais et des craintes de l'Europe : il eut soixante mille matelots (1681, 1682). Des lois aussi sévères que celles de la discipline des armées de terre retenaient tous ces hommes grossiers dans le devoir. L'Angleterre et la Hollande, ces puissances maritimes^, n'avaient ni tant d'hommes de mer, ni de si bonnes lois. Des compagnies de cadets dans les places frontières, et des gardes-marine dans les ports, furent instituées et composées de jeunes gens qui apprenaient tous les arts convenables à leur profession, sous des maitres payés du trésor public.

Le port de Toulon, sur la Méditerranée, fut construit à frais immenses pour contenir cent vaisseaux de guerre, avec un arsenal et des magasins magnifiques. Sur l'Océan, le port de Brest se formait avec la même grandeur. Dunkerque, le Havre-de-Gràce, se remplissaient de vaisseaux; la naturtétait forcée à Rochefort.

Enfin le roi avait plus de cent vaisseaux de ligne, dont plusieurs portaient cent canons, et quelques-uns davantage.

1. Ou a prc'tondii que ce fut alors amitié. Je vous l'accorderai quand

que le priuce dOrau^^c. depuis roi vous en serez digne. Ou ne s'exprime

d'Angleterre, dit publiquem(;nt : Je ainsi qu'avec son vassal : on iv se

n'ai pu avoir son atnitié, je mériterai sert point d'expressions si insultau-

son estime. Ce mot a été recueilli tes envers un prince avec qui on fait

pjir plusieurs personnes, et ral)l)é de un traité. Cette lettre ne se trouve

Choisi le place vers l'année 1072. Il que dans la compilation des .Vt///i)//(.v

peut mériter quelque attention, parce de .Muintcnitn ; et nr)us aj>prenons que

qu'il annonçait de loin les ligues <|Ui; ces mémoires sont décriés par le

forma Guillaume contre Louis XIV ; grand nond>re d'infidélités qu'ils ren-

mais il n'est pas vrai que ce fût à la ferment, [v.]

paix de Nimegue que le prince d'(J- 2. L'ordonnance de marine, divisée

range ait parlé ainsi; il est encore eu cinq livrets, parut en aortt 1G81;

moins vrai que Louis XIV eût écrit à elle a été presque entièrement adop-

ce prince : \'ous me demandez mon lée par les .\uglais.

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