CHAPITRE XVII
d'avoir été élu. La France eut la mortification de faire voir quelle n'avait pas assez de force pour faire un roi de Pologne. Cette disgrâce du prince de Conti ne troubla point la paix du Xord entre les chrétiens. Le midi de l'Europe fut tranquille bientôt après par la paix de Rysvick. II ne restait plus de guerre que celle que les Turcs faisaient à l'Allemagne, à la Pologne, à Venise et à la Russie. Les chrétiens, quoique mal gouvernés et divisés entre eux, avaient dans cette guerre la supériorité. — (l'^r septembre 1697.) La bataille de Zenta, où le prince Eugène * battit le Grand Seigneur en personne, fameuse par la mort d'un grand vizir, de dix-sept bâchas et de plus de vingt mille Turcs, abaissa l'orgueil ottoman, et procura la paix de Carlovitz (1699) , où les Turcs reçurent la loi. Les Vénitiens eurent la Morée ; les Moscovites, Azof ; les Polonais, Kaminieck; l'Empereur, la Transylvanie. La chrétienté fut alors tranquille et heureuse; on n'entendait parler de guerre ni en Asie ni en Afrique. Toute la terre était en paix vers les deux dernières années du dix-septième siècle, époque d'une trop courte durée.
Les malheurs publics recommencèrent bientôt. Le Xord fut troublé, dès l'an 1700, par les deux hommes les plus singuliers qui fussent sur la terre. L'un était le czar Pierre Alexiotviz, empereur de Russie, et l'autre le jeune Charles XII, roi de Suède. Le czar Pierre, supérieur à son siècle et à sa nation, a été, par son génie et par ses travaux, le réformateur ou plutôt le fondateur de son empire. Charles XII, plus courageux, mais moins utile à ses sujets, fait pour commandera des soldats et non à des peuples, a été le premier des héros de son temps ; mais il est mort avec la réputation d'un roi imprudent. La désolation du X'ord, dans une guerre de dixhuit années, a dû son origine à la politique ambitieuse du czar, du roi de Danemark et du roi de Pologne, qui voulurent profiter de la jeunesse de Charles XII pour lui ravir une partie de ses Etats. — (1700.) Le roi Charles, à l'âge de seize ans, les vainquit tous trois. Il fut la terreur du X^ord , et passa déjà pour un grand homme dans un âge où les autres hommes n'ont pas reçu encore toute leur éducation. Il fut
1. Le prince Eugène de Savoie-Ca- été employé par Louis XIV, il passa
rignau, né à Paris en 1663, était fils au service de l'Autriche et fut char-
d'Eugéne-MauricedeSavoie-Carignan gé.en 169T, ducoinmaudcmeut del'ar-
comte de Soissons, et dOlympe Man- mée impériale. Mort un 1T3G après une
c:ai, nièce de Mazarin. N'ayant pas longue et brillante carrière militaire.
neuf ans le roi le plus redoutable qui fût au monde, et neuf autres années le plus malheureux i.
Les troubles du midi de l'Europe ont eu une autre oriçrine. Il s'agissait de recueillir les dépouilles du roi d'Espayne, dont la mort s'approchait. Les puissances qui dévoraient déjà en idée cette succession immense faisaient ce que nous voyons souvent dans la maladie d'un riche vieillard sans enfants. Sa femme, ses parents, des ofQciers préposés pour recevoir les dernières volontés des mourants, l'assiègent de tous côtés pour arracher de lui un mot favorable : quelques héritiers consentent à partager ses dépouilles ; d'autres s'apprêtent à les disputre.
Louis XIY et l'empereur Léopold étaient au même degré - ; tous deux descendaient de Philippe III par les femmes ; mais Louis était fils de l'aînée. Le Dauphin avait un plus grand avantage encore sur les enfants de l'Empereur : c'est qu'il était petit-fils de Philippe lY, et les enfants de Léopold n'en descendaient pas. Tous les droits de la nature étaient donc dans la maison de France. On n'a qu'à jeter un coup d'œil sur la table suivante.
JRA.NCHE FRA.NCAISE.