‹ Siècle de Louis XIVChapitre 171 sur 266 · CHAPITRE XXI 24Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI 24Î

le sont la Flandre et l'Alsace, théâtre éternel de la guerre,^ hérissé de citadelles que le danger avait averti d'élever. Point de pareilles précautions vers le Yar, point de ces fortes placesqui arrêtent l'ennemi, et qui donnent le temps d'assembler des armées. Cette frontière a été négligée jusqu'à nos jours, sans que peut-être on puisse en alléguer d'autre raison, sinon (jue les hommes étendent rarement leurs soins de tous les côtés *. Le roi de France voyait avec une indignation douloureuse que ce même duc de Savoie, qui un an auparavant n'avait presque plus que sa capitale, et le prince Eugène, qui avait été élevé dans sa cour, fussent prêts de lui enlever Toulon et Marseille.

(Août 1707.) Toulon était assiégé et pressé ; une flotte anglaise, maîtresse de la mer, était devant le port et le bombardait. Un peu plus de diligence, de précautions et de concert aurait fait tomber Toulon. Marseille sans défense n'aurait pas tenu ; et il était vraisemblable que la France allait perdre deux provinces. Mais le vraisemblable n'arrive pas toujours. On eut le temps d'envoyer des secours. On avait détaché des troupes de l'armée de Villars, dès que ces provinces avaient été menacées; et on sacrifia les avantages qu'on avait en Allemagne pour sauver une partie de la France. Le pays par où les ennemis pénétraient était sec, stérile, hérissé de montagnes ; les vivres rares, la retraite difficile. Les maladies, qui désolèrent l'armée ennemie, combattirent encore pour Louis XIY. — (22 août 1707.) Le siège de Toulon fut levé, et bientôt la Provence délivrée, et le Dauphiné hors de danger : tant le succès d'une invasion est rare, quand on n'a pas de grandes intelligences dans le pays ! Charles-Quint y avait échoué; et, de nos jours, les troupes de la reine de Hongrie y échouèrent encore-.

1. Los invasions n'ont jamais réussi dans letemps du sioge. II le vit dans de ce côtij chez nous. Le pays offre Alt-Ranstadt en avril ITOT, et le siège trop dobstacles naturels et est trop deToulonfutlevéaumoisdaoùt.Charloin du centre. les XII, d'ailleurs, ne se mêla jamais

2. Le respect pour la vérité dans de cette guerre; il refusa coustamles plus petites choses, dit Voltaire, ment de voir tous les Français qu'on oblige encore de relever le discours lui députa. On ne trouve dans les Méque le compilateur des Mémoires de moires de Maintcnon qu(i des discours madame de Maiiitenon fait tenir par qu'on n'a ni tenus ni pu tenir; et on le roi de Suéde, Charles XII, au duc ne peut regarder ce livre que comme de Marlborough : Si Toulon est pris, je un roman mal digéré, [v.] — La reine L'irai reprendre. Ce général anglais de Hongrie pendant la guerre de sucn'était point auprès du roi de Suède cession était Marie-Thérèse.

Cependant celte irruption, qui avait coûté beaucoup aux alliés, ne coûtait pas moins aux Français : elle avait ravagé une grande étendue de terrain, et divisé les forces.

L'Europe ne s'attendait pas que dans un temps d'épuisement, et lorsque la France comptait pour un grand succès d'être échappée à une invasion, Louis XIV aurait assez de grandeur et de ressources pour tenter lui-même une invasion dans la Grande-Bretagne, malgré le dépérissement de ses forces maritimes, et malgré les flottes des Anglais, qui couvraient la mer. Ce projet fut proposé par les Ecossais attachés au fils de Jacques II. Le succès était douteux; mais Louis XIV^ envisagea une gloire certaine dans la seule entreprise. Il a dit lui-même que ce motif l'avait déterminé autant que l'intérêt politique.

Porter la guerre dans la Grande-Bretagne, tandis qu'on en soutenait le fardeau si difficilement en tant d'autres endroits, et tenter de rétablir du moins sur le trône d'Ecosse le fils de Jacques II, pendant qu'on pouvait à peine maintenir Philippe Y sur celui d'Espagne, c'était une idée pleine de gran- •deur, et qui, après tout, n'était pas destituée de vraisemblance. Parmi les Écossais, tous ceux qui ne s'étaient pas vendus à la cour de Londres gémissaient d'être dans la dépendance des Anglais. Leurs vœux secrets appelaient unanimement le descendant de leurs anciens rois, chassé, au berceau, des trônes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, et à qui on avait disputé jusqu'à sa naissance^. On lui promit qu'il trouverait trente mille hommes en armes qui combattraient pour lui, s'il pouvait seulement débarquer vers Edimbourg avec quelque secours de la France.

Louis XIV, qui dans ses prospérités passées avait fait tant d'efforts pour le père, en fit autant pour le fils dans le temps même de ses revers. Huit vaisseaux de guerre, soixante et dix bâtiments de transport, furent préparés à Dunkerquc. — (Mars 1708.1 Six mille hommes furent embarqués. Le comte de Gacé, depuis maréchal de Matignon, commandait les troupes. Le chevalier de Forbiu-Janson, l'un des plus grands hommes de mer, conduisait la flotte. La conjoncture paraissait favorable; il n'y avait en Ecosse que trois mille hommes de troupes réglées. L'Angleterre était dégarnie. Ses soldats étaient occu- ■ pés en Flandre sous le duc de Marlborough. Mais il fallait

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