‹ Siècle de Louis XIVChapitre 183 sur 266 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

connu se rend chez le marquis do Torci, et lui dit sans autre préambule : « Voulez-vous faire la paix, Monsieur? Je viens vous apporter les moyens de la traiter. » C'était, dit M. de ïorci, demander à un mourant s'il voulait guérir i.

On entama bientôt une négociation secrète avec le comte d'Oxford, grand trésorier d'Angleterre, et Saint-Jean, secrétaire d'État, depuis lord Bolingbroke'^. Ces deux hommes n'avaient d'autre intérêt de donner la paix à la France que celui d'ôter au duc de Marlborough le commandement des armées, et d'élever leur crédit sur les ruines du sien. Le pas était dangereux ; c'était trahir la cause commune des alliés ; c'était rompre tous ses engagements, et s'exposer, sans aucun prétexte, à la haine de la plus grande partie de la nation et aux recherches du parlement, qui auraient pu leur coûter lu tète. Il est fort douteux qu'ils eussent pu réussir; mais un événement imprévu facilita ce grand ouvrage. — (17 avril 1711.) L'empereur Joseph I^r mourut, et laissa les Etats de la maision d'Autriche, l'empire d'Allemagne, et les prétentions sur l'Espagne et sur l'Amérique, à son frère Charles, qui fut élu empereur quelques mois après 3.

Au premier bruit de cette mort, les préjugés qui armaient tant de nations commencèrent à se dissiper en Angleterre par les soins du nouveau ministère. On avait voulu empêcher que Louis XIY ne gouvernât l'Espagne, l'Amérique, la Lombardie, le royaume de Naples et la Sicile, sous le nom de son petitfils. Pourquoi vouloir réunir tant d'Etats dans la main de l'empereur Charles YII ? Pourquoi la nation anglaise aurait-

1. Mémoires de Torci, tome III, il ne doute pas (t. II, p. 244, qu'iï ng page 33. [v.] se formât dans sa cour d'étranges pro'

2. Henri de Saint-Jean, vicomte de Jets d'ambition particulicre.il en juge Bolingbroke, né en 1672 dans le Sur- par un discours que lui tinrent depuis rey. Envoyé en 1700 à la chambre des à souper les ducs de la Feuillade et communes, il se rangea du côté des de Mortemart : Vous auriez pu nous tort/s, bien que sa famille fût dans le écraser, pourquoi ne l'a^'cz-vous pas parti des whigs. Il avait toute la con- fait? Bolingbroke, malgré ses lumiéfiance de la reine Anne, qu'il s'efforça res et sa philosophie, tombe ici dans d'amener à désigner Jacques III pour le défaut de quelques ministres, qui son héritier. Il mourut en 17.51. Il a croient que tous les mots qu'on leur laissé des lettres remarquables sur la dit signifient quelque chose. On conpolitique du temps, et divers autres nait assez l'état de la cour de France écrits. et celui de ces deux ducs, pour savoir

qu'il n'y avait, du temps de la paix

3. Le lord Bolingbroke rapporte d'Utrecht, ni desseins, ni factions, ni tians ses lettres qu'alors il y avait de aucun homme en situation de rien en- •„'randcs cabales à la cour de Louis XIV; treprendre. [v.]

elle épuisé ses trésors ? Elle payait plus que l'Allemagne et la Hollande ensemble. Les frais de la présente année allaient à sept millions de livres sterling. Fallait-il qu'elle se ruinât pour une cause qui lui était étrangère, et pour donner une partie de la Flandre aux Provinces-Unies, rivales de son commerce ? Toutes ces raisons, qui enhardissaient la reine, ouvrirent les yeux à une grande partie de la nation ; et, un nouveau parlement étant convoqué, la reine eut la liberté de préparer la paix de l'Europe.

Mais, en la préparant en secret, elle ne pouvait pas encore se séparer publiquement de ses alliés ; et quand le cabinet négociait, Marlborough était en campagne. Il avançait toujours en Flandre ; (août 1711) il forçait les lignes que le maréchal de Villars avait tirées de Montreuil jusqu'à Valenciennes ; (septembre) il prenait Bouchain ; il s'avançait au Quesnoi, et de là vers Paris , il y avait à peine un rempart à lui opposer ^.

Ce fut dans ce temps malheureux que le célèbre Dugay- Trouin, aidé de son courage et de l'argent de quelques marchands, n'ayant encore aucun grade dans la marine, et devant tout à lui-même, équipa une petite flotte et alla prendre une des principales villes du Brésil, Saint-Sébastien de Rio- Janeiro. — (Septembre et octobre 1711.) Son équipage revint chargé de richesses, et les Portugais perdirent beaucoup plus qu'il ne gagna. Mais le mal qu'on faisait au Brésil ne soulageait pas les maux de la France.

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