DES BEAUX-.VRTS EX EUROPE DIT TEMPS DE LOUIS XIV
Nous avons assez insinué, dans tout le cours de celte histoire, que les désastres publics dont elle est composée, et qui se succèdent les uns aux autres presque sans relâche, sont à la longue effacés des registres des temps. Les détails et les ressorts de la politique tombent dans l'oubli : les bonnes lois, les instituts, les monuments produits par les sciences et par les arts subsistent à jamais.
La foule des étrangers qui voyagent aujourd'hui à Rome, non en pèlerins, mais en hommes de goût, s'informe peu de Grégoire VU et de Boniface YIII; ils admirent les temples que les Bramante et les Michel-Ange ont élevés, les tableaux des Raphaël, les sculptures des Bernini ; s'ils ont de l'esprit, ils lisent lArioste et le Tasse, et ils respectent la cendre de Galilée. En Angleterre on parle un moment de Cromwell; on ne s'entretient plus des guerres de la Rose blanche, mais on étudie Xewton des années entières ; on ne s'est point étonné de lire dans son épitaphe qu'il a été la gloire du genre humain, et on le serait beaucoup si on voyait en ce pays les cendres d'aucun homme d'Etat honorées d'un pareil titre.
Je voudrais ici pouvoir rendre justice à tous les grands hommes qui ont, comme lui, illustré leur patrie dans le dernier siècle. J'ai appelé ce siècle celui de Louis XIV, non seulement parce que ce monarque a protégé les arts beaucoup plus que tous les rois ses contemporains ensemble, mais encore parce qu'il a voulu renouveler trois fois toutes les générations des princes de l'Europe. J'ai fixé dette époque à quelques années avant Louis XIV et à quelques années après lui; c'est en effet dans cet espace dd tciùps que l'esprit humain a fait les plus grands progrès.