‹ Siècle de Louis XIVChapitre 30 sur 266 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

illimitée, parce que Marie do Médicis sV-tait servie du même tribunal après la mort de Henri IV ; et Marie de Médicis avait donné cet exemple, parce que toute autre voie eût été longue <?t incertaine; que le parlement, entouré de ses gardes, ne pouvait résister à ses volontés, et qu'un arrêt rendu au parlement et par les pairs semblait assurer un droit incontestable.

L'usage qui donne la régence aux mères des rois parut donc nlors aux Français une loi presque aussi fondamentale que celle qui prive les femmes de la couronne. Le parlement de Paris avant décidé deux fois cette question , c'est-à-dire ayant seul déclaré par des arrêts ce droit des mères, parut en effet avoir donné la régence : il se regarda, non sans quelque vraisemblance, comme le tuteur des rois, et chaque conseiller crut être une partie de la souveraineté. Par le même arrêt, Gaston, duc d'Orléans, jeune oncle du roi^ eut le vain titre de lieutenant général du royaume sous la régente absolue.

Anne d'Autriche fut obligée d'abord de continuer la guerre contre le roi d'Espagne Philippe lY, son frère, qu'elle aimait. Il est difficile de dire précisément pourquoi l'on faisait cette guerre ; on ne demandait rien à l'Espagne, pas même la Navarre, qui aurait dû être le patrimoine des rois de France. On se battait depuis 1635 parce que le cardinal de Richelieu lavait voulu, et il est à croire qu'il l'avait voulu pour se rendre nécessaire ^. Il s'était lié contre l'empereur avec la Suède et avec le duc Bernard de Saxe-Weimar 3, l'un de ces généraux que les Italiens nommaient condottieri , c'est-à-dire qui vendaient leurs troupes '*. Il attaquait aussi la branche au-

rcgcntc, ce qui fut confirmé: mais il le Roussillon et sur les mors. Riche-

avait limité son autorité, ce qui fut lieu avait continué la politique de

«assé. [v.] Henri IV et abaissé une maison rivale

1. « Jeune oncle du roi. » Louis XIV de la France. Le traité de Westphaavait alors six ans. — Jean-Baitiste lie, la prépondc'-rance de la France en Gaston, duc d'Orléans, second lils de Europe, fut le fruit de cette politique Henri IV et de Marie de Médicis, frère à laquelle Voltaire a rendu plus de de Louis XIII, né à Fontainebleau en justice ailleurs. Voir l'Essai sur les 1608. Il mourut en IGCO, laissant pour mœurs, ch. CLXXVi. uniqui^hC'v'n'wrc /nadcnioiscllc de Mont' 3. Par le traité de Saint-CTermain petusier, nommôc h\ grande Mademoi- (octobre lfi3.ji. Richelieu lui promit selle (née en 1C2T, morte eu 1C03), avec c[uatre millions par an. plus l'abandon laquelle s'éteignit la première maison de l'Alsace, à la condition qu'il entred'Orléans, issue de Henri IV. tiendrait dix-huit mille hommes.

2. « Pour se rendre nécessaire. » En 4. « Qui vendaient leurs troupes » faisant la guerre aux Autrichiens dans n'est pas juste; le mot italien conl'Enipire, en Italie et en Alsace; aux doita, contrat de louage, vient du mot Espagnols dans les Pavs-Bas, dans lnViii conduccre.

trichicnnc-espagnole dans ces dix provinces que nous appelons en général du nom de Frandre : et il avait partagé avec les Hollandais, alors nos alliés, cette Flandre qu'on ne conquit point.

Le fort de la guerre était du côté de la Flandre ; les troupesespagnoles sortirent des frontières du Hainaut au nombre de vingt-six mille hommes , sous la conduite d'un vieux général expérimenté, nommé don Francisco de Mello *. Ils vinrent ravager les frontières de la Champagne; ils attaquèrent Rocroi, et ils crurent pénétrer bientôt jusqu'aux portes de Paris , comme ils avaient fait huit ans auparavant 2. La mort de Louis XIII, la faiblesse dune minorité, relevaient leurs espérances ; et quand ils virent qu'on ne leur opposait qu'une armée inférieure en nombre, commandée par un jeune homme de vingt et un ans, leur espérance se changea en sécurité.

Ce jeune homme sans expérience, qu'ils méprisaient, était Louis de Bourbon, alors duc dEnghien, connu depuis sous le nom du grand Condé^. La plupart des grands capitaines sont devenus tels par degrés. Ce prince était né général; l'art de la guerre semblait en lui un instinct naturel : il n'y avait en Europe que lui et le Suédois Torstenson qui eussent eu à vingt ans ce génie qui peut se passer de l'expérience ^

Le duc d'Enghien avait reçu, avec la nouvelle de la mort de Louis XIII, l'ordre de ne point hasarder de bataille. Le

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