SUITE DE LA GUERRE CIVILE JUSQU A LA FI.N DE LA RÉBELLION, EN
Enfin le prince de Condé se résolut à une guerre qu'il eût dû commencer du temps de la Fronde, s'il avait voulu être le maître de l'Etat, ou qu'il n'aurait dû jamais faire, s'il avait été citoyen. Il part de Paris ^; il va soulever la Guienne, le Poitou
1. Ce fut le 9 février qu'Anne d'Au- 2. Paul de Gondi devint cardinal de
triche sacrifia son ministre, et le 1.3 Retz au mois de février 1652.
qu'il di'livra les princes: puis il se 3. Condé quitta Paris le 30 août
retira à Li<>ge, et ensuite à une lieue de 16.31. peu de jours avant la dc'daratioa
Cologne, à Bruhl, de la majorité de Louis XIV (ô sep-
et l'Anjou, et mendier contre \a France le secours des Espagnols, dont il avait clé le fléau le plus terrible ^.
Rien ne marque mieux la manie de ce temps, et le dérèglement qui déterminait toutes les démarches, que ce qui arriva alors à ce prince. La reine lui envoya un courrier de Paris, avec des propositions qui devaient l'engager au retour et à la paix. Le courrier se trompa; et au lieu d'aller à Angervillc, où était le prince, il alla à Augerville ^. La lettre vint trop tard. Condé dit que s'il l'avait reçue plus tôt, il aurait accepté les propositions de paix; mais que, puisqu'il était déjà assez loin de Paris, ce n'était pas la peine d'y retourner'. Ainsi la méprise d'un courrier et le pur caprice de ce prince replongèrent la France dans la guerre civile.
(Décembre 1651.) Alors le cardinal Mazarin, qui du fond de son exil à Cologne avait gouverné la cour, rentra dans le royaume, moins en ministre qui venait reprendre son poste, qu'en souverain qui se remettait en possession de ses Etats ; il était conduit par une petite armée de sept mille hommes levés à ses dépens, c'est-à-dire avec l'argent du royaume qu'il s'était approprié .
On fait dire au roi, dans une déclaration de ce temps-îà, que le cardinal avait en effet levé ces troupes de son argent ; ce qui doit confondre l'opinion de ceux qui ont écrit qu'à sa première sortie du royaume Mazarin s'était trouvé dans l'indigence. Il donna le commandement de sa petite armée au maréchal d'Hocquincourt. Tous les officiers portaient des échavpes vertes ; c'était la couleur des livrées du cardinal. Chaque parti avait alors son écharpe : la blanche était celle du roi ; l'isabelle, celle du prince de Condé. Il était étonnant que le cardinal Mazarin, qui avait jusqu'alors affecté tant de modestie, eut la hardiesse de faire porter ses livrées à une armée, comme s'il avait un parti différent de celui de son maître ; mais il ne put résister à cette vanité : c'était précisément ce qu'avait fait le maréchal d'Ancre, et ce qui contribua beaucoup à sa perte. La
tcmbrc), les rois étant majeurs en en- 2. « Augerville. » petite ville auprès
trant cl;iiis leur quatorzième année. dEtampes : Angervillo, château aux
1. Coudé chercha à s'excuser dans environs de Moulargis. une lettre du 28 septembre au man-
chal de Gramont : « Il y va, dit-il, :î. Condé reçut plus tard :i Bourges
de ma vie, de mon honneur, et par un coiu-rier de la reine (pii ollrait la
consé([ueut de tout. » Il oid)liait qu'il jiaix. Mais il ne voulut point " remet-
ctait citoyen, c'est-à-dire Français. Ire l'cpée dans le fourreau ».