Au siège d'Arras. » Arras tom- celte ville
Etat, et souvent la cause de la décadence d'un petit, était cependant encore très peu de chose auprès de celui qu'on a vu depuis. Le roi, ses généraux et ses ministres, allaient au rendez-vous de l'armée à cheval ; au lieu qu'aujourd'hui il n'y a point de capitaine de cavalerie ni de secrétaire d'un officier général qui ne fasse ce voyage en chaise de poste avec des glaces et des ressorts, plus commodément et plus tranquillement qu'on ne faisait alors une visite dans Paris, d'un quartier à un autre.
La délicatesse des officiers ne les empêchait point alors d'aller à la tranchée avec le pot en tête* et la cuirasse sur le dos. Le roi en donnait l'exemple : il alla ainsi à la tranchée devant Douai et devant Lille. Cette conduite sage conserva plus d'un grand homme. Elle a été trop négligée depuis par des jeunes gens peu robustes, pleins de valeur, mais de mollesse, qui semblent plus craindre la fatigue que le danger.
La rapidité de ces conquêtes remplit d'alarmes Bruxelles ; les citoyens transportaient déjà leurs effets dans Anvers. La conquête de la Flandre entière pouvait être l'ouvrage d'une campagne. Il ne manquait au roi que des troupes assez nombreuses pour garder les places prêtes à s'ouvrir à ses armes. Louvois lui conseilla de mettre de grosses garnisons dans les villes prises, et de les fortifier. Yauban^, l'un de ces grands hommes et de ces génies qui parurent dans ce siècle pour le service de Louis XIY, fut chargé de ces fortifications. Il les fit suivant sa nouvelle méthode, devenue aujourd'hui la règle de tous les bons ingénieurs. On fut étonné de ne plus voir les places revêtues que d'ouvrages presque au niveau de la campagne. Les fortifications hautes et menaçantes n'en étaient que plus foudroyées par l'artillerie : plus il les rendit rasantes, moins elles étaient en prise. Il construisit la citadelle de Lille sur ces principes (1668). On n'avait point encore en France détaché le gouvernement d'une ville de celui de la forteresse. L'exemple commença en faveur de Yauban ; il fut le premier gouverneur d'une citadelle. On peut encore observer que le
1. « Le pot », espèce de casque, nionr que la France ait produit. II d'iufanterie, qui ne couvrait que le était né en 1C33, et mourut en 1707, haut de la tète. après avoir forlitié plus de trois cents
2. « Yauban » (Sébastien le Prestre, places et dirigé en personne cinseigueur do), maréchal de France en quante-trois sièges. Il mérita le uom 1703, commissaire général des fortiii- de patr-iotc, que iSaiut-îjimou lui a cations des 1C78, le plus grand ingé- douué.