‹ Siècles de Louis XIV, et de Louis XVChapitre 13 sur 32 · CHAPITRE XI Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Y

( harie-* ^ II \:; mais la guerre n'eu est que plus vive.

j i coi de France, immédiatement apios 1. de Fribourg , retourna à Paris, où il fut i<;i; comme le vengeur de sa patrie et comme un père qu'on avait craint de perdre. Il resta trois jouis dans Paris pour se faire voir aux habitants, qui ne Voulaient que ce prix de leur zèle.

Le roi comptant toujours maintenir Pemj avait envoyé à Munich, a Cassel et en Sib si \c maréchal de Belle-Isle chargé de ses p!< i:.

i de ceux de l'empereur. ( e général ven «

S. t»X LOUIS XV. , l<*

îio PRECIS DU SIECLE

Munich , résidence impériale , avec le comte son frère : ils avaient été à Cassel et suivaient leur route sans défiance dans des pays où le roi de Prusse a partout des bureaux de poste qui , par les conventions établies entre les princes d'Allemagne, sont toujours regardés comme neutres et inviolables. Le maréchal et son frère , en prenant des chevaux à un de ce* bureaux dans un bourg appelé Elbingrode , appartenant à l'électeur d'Hanovre , furent arrêtés par le bailli hanovrien , maltraités , et bientôt après transférés en Angleterre. Le duc de Belle-Isle était prince de l'empire, et par cette qualité cet arrêt pouvait être regardé comme une violation des privilèges du collège des princes. En d'autres temps un empereur aurait vengé cet attentat ; mais Charles VII régnait dans un temps où l'on pouvait tout oser contre lui , et où il ne pouvait que se plaindre. Le ministère de France réclama à la fois tous les privilèges des ambassadeurs et les droits de la guerre. Si le maxéchal de Belle-Isle était regardé comme prince de l'empire et ministre du roi de France , allant à la cour impériale et à celle de Prusse, ces deux cours n'étant point en guerre avec l'Hanovre, il paraît certain que sa personne était inviolable : s'il était regardé comme maréchal de France er général , le roi de France offrait de payer sa rançon et celle de son frère, selon le cartel établi à Francfort, le 1 8 juin 1743, entre la France et l'Angleterre. La rançon d'un maréchal de France était de cinquante mille livres; celle d'un lieutenantgénéral, de quinze mille. Le ministre de George II éluda ce» instances pressantes par une défaite

DE LOUIS XV. m

inouïe : il déclara qu'il regardait MM. de Belle-Isle comme prisonniers d"état. On les traita avec les attentions les plus distinguées , suivant les maximes de la plupart des cours européanes qui adoucissent ce que la politique a d'injuste et ce que la guerre a de cruel par tout ce que l'humanité a de dehors séduisants.

L'empereur Charles VII, si peu respecté dans l'empire, et n'y ayant d'autre appui que le roi de Prusse , qui alors était poursuivi par le prince Charles, craignant que la reine de Hongrie ne le forçât encore de sortir de Munich , sa capitale . se vovant toujours le jouet de la fortune, accablé de maladies que les chagrins redoublaient , succomba enfin et mourut à Munich, à l'âge de quarante-sept ans et demi , en laissant cette leçon au monde , que le plus haut degré de la grandeur humaiue peut être le comble de la calamité. Il n'avait été malheureux que depuis qu'il avait été empereur. La nature dès-lors lui avait fait plus de mal encore que la fortune : une complication de maladies douloureuses rendit plus violents les chagrins de lame par les souffrances du corps , et le conduisit au tombean : il avait la goutte et la pierre ; on trouva ses poumons , son foie et son estomac gangrenés , des pierres dans ses reins , un polype dans son cœur ; on jugea qu'il n'avait pu dès long-temps être un moment sans souffrir. Peu de priuoes ont eu de meilleures qualités : elles ne servirent qu'à son malbeur, et ce malheur vint d'avoir pris un fardeau qu'il ne pouvait soutenir.

Le corps de cet infortuné prince fut exposé vêtu

ii * PRECIS DD SIECLE

à l'ancienne mode espagnole; étiquette établie par Charles-Quint , quoique depuis lui aucun empereur n'ait été Espagnol , et que Charles VII n'eût rien de commun avec cette nation. Il fut enseveli avec les cérémonies de l'empire , et, dans cet appareil de là vanité de la misère humaine , ou porta le globe du monde devant celui qui , pendant la courte durée de son empire , n'avait pas même possédé une petite et malheureuse province: on lui donna dans quelques rescrits le titre d invincible, titre attache par l'asage à la dignité d'empereur , et qui ne faisait que mieux sentir les malheurs de celui qui l'avait possédée.

On crut que , la cause de la guerre ne -subsistant plus, le calme pouvait être rendu à l'Europe. On ne pouvait offrir l'empire au fils de Charles VII, âgé de dix-sept ans. On se flattait en Allemagne que la reine de Hongrie rechercherait la paix comme nu moyen sûr de placer enfin son mari , le grand duc, sur le trône impérial; mais elle voulut et ce trône et la guerre. Le ministère anglais , qui donnait la loi à ses alliés , puisqu'il donnait l'argent, et qui payait à la fois la reine de Hongrie, le roi de Pologne , et le roi de Sardaigne , crut qu'il y avait à perdre avec la France par un traité, et à gagner par les armes.

Cette guerre générale se continua parcequ'eîle était eommeucée. L'objet nen était pas le même que dans sou principe: c'était une de ces maladies qui à la longue changent de caractère. La Flandre , qui avait été respectée avant 1744, était devenue le principal théâtre; et l'Allemagne fut plutôt pour

DE LOUIS XV. n3

la France un objet de politique que d'opérations militaires. Le ministère de France , qui voulait toujours faire un empereur, jeta les yeux sur ce même Auguste II , roi de Pologne , électeur de Saxe , qui était à la solde des Anglais : mais la France n'était guère en état de faire de telles offres. Le trône de l'empire n'était que dangereux pour quiconque n'a pas l'Autriche et la Hongrie. La cour de France fut refusée : l'électeur de Saxe n'osa ni accepter cet honneur, ni se détacher des Anglais , ni déplaire à la reine. Il fut le second électeur de Saxe qui refusa d'être empereur.

Il ne resta à la France d'autre parti que d'attendre du sort des armes la décision de taut d intérêts divers , qui avaient changé tant de fois, et qui dans tous leurs changements avaient tenu l'Europe en alarme.

Le nouvel électeur de Bavière, Maximilien-. Joseph , était le troisième de père en fils que la France soutenait. Elle avait fait rétablir l'aïeul daus ses états : elle avait fait donner l'empire au père ; et le roi fit un nouvel effort pour secourir encore le jeune prince. Six mille Hessois à sa solde , trois mille Palatins, et treize bataillons d' Allemands, qui sont depuis long-temps dans les corps des troupes de France , s'étaient déjà joints aux troupes bavaroises, toujours soudoyées par le roi.

Pour que taut de secours fussent efficaces il fallait

que les Bavarois se secourussent eux-mêmes: mais

leur destinée était de succomber sous les Ant i iehiens:

, ils défendirent si malheureusement L'entrée de leur

pays, que des le commencement d'avril le uuuvtl

n4 PRECIS DU SIECLE

électeur de Bavière fut obligé de sortir de cette même capitale que son père avait été forcé de quitter tant de fois. Les malheurs de sa maison le forcèrent enfin d'avoir recours à Marie-Thérèse ellemême, de renoncer à l'alliance de la France, et de i ercA oir l'argent des Anglais comme les autres.

Le parti qu'on prit fut de se défendre en Italie et en Allemagne, et d'agir toujours offensiveraent en Flandre : c'était L'ancien théâtre de la guerre , et il n'y a pas un seul champ dans cette province qui n'ait été arrosé de sang. Lne armée vers le Mein empêchait les Autrichiens de se porter contre le roi de Prusse, alors allié de la France, avec des forces trop supérieures. Le maréchal de Maillebois était parti de l'Allemagne pour l'Italie ; et le prince de Conti fut chargé de la guerre vers le Mein , qui devenait d'une espèce toute contraire à celle qu'il avait faite dans les Alpes

Le roi voulut aller lui-même achever en Flandre les conquêtes qu'il avait interrompues l'année précé dente. Il venait de marier le dauphin avec la scconde infante d'Espagne , au mois de février; et ce jeune prince, qui n'avait pas seize ans accomplis, se prépara à partir au commencement de mai avec :v>n père.

Le roi, abandonné de ceux ponrqni seuls ilavait commencé la guerre, fut obligé de la continuer, sans avoir d'autre objet que de la faire cesser; sici triste qui expose les peuples, et qui ne !. ,:i pi jiutt nul dédommagement.

DE LOUIS XV. n5

Page 1