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CHAPITRE XVI

Suite de la journée de Fontenoi.

\ ^ f. qui est aussi remarquable que cette victoire, c'est que le premier soin du roi de France fut de faire écrire le jour même à l'abbé de la Yille, son ministre i la Haye, qu'il ne demandait pour prix de ses conquête» que la paciiication de l'Europe. et qu'il était put d'envoyer des plénipotentiaires à un congrès. Les états-généraux surpria ue crurent pas l'offre sine : < •[■ i dàl surprendre davan-

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tage , c'est que cette offre fut éludée par la reine de Hongrie et par les Anglais. Cette reine qui fai* sait à la fois la guerre en Silésie contre le roi de Prusse, eu Italie contre les Français , les Espagnols et les Napolitains , vers, le Mein contre l'armée française , semblait devoir demander elle-même une paix dont elle avait besoin ; mais la cour d'Angleterre , qui dirigeait tout, ne voulait point cette paix. La vengeance et les préjugés mènent les cours comme les particuliers.

Cependant le roi envoya un aide-major de l'ar. mée , nommé M. delà Tour, officier très éclairé, porter au roi de Prusse la nouvelle de la victoire. Cet officier rencontra le roi de Prusse au fond de la basse Silésie , du côté de Ratibor , dans une gorge de montagne près d'un village nommé Fridberg : c'est là qu'il vit ce monarque remporter une victoire signalée contre les Autrichiens. Il manda à sou allié le roi de France : « J'ai acquitté à Fridberg la « lettre de change que vous avez tirée sur moi à « Fontenoi. »

Le roi de France, de son côté, avait tous les avantages que la bataille de Foutenoi devait donner : déjà la ville et la citadelle de Tournai s'étaient rendues peu de jours après la bataille ; le maréchal de Saxe avait secrètement concerté avec le roi la prisa de Gand, capitale de la Flandre autrichienne , ville plus grande que peuplée, mais riche et florissante par les débris de son ancienne splendeur.

Une des opérations de campagne qui firent le plus d'honneur au marquis de. Louvois dans la guerre de 1689, avait été le *iege de Gand : ils 'était

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déterminé à ce siège parceque c'était le magasin des ennemis : Loais X Y avait précisément la même raison ponr s'en rendre maître. On lit selon l'usage tous les mouvements qui devaient tromper l'armée ennemie retirée vera Bruxelles: on prit tellement ses mesures que le marquis du Ghaila d'un c«',te , le comte deLdvendhal de l'autre, devaient se trouver devant Gand à la même heure. La garnison n'était alors que de six cents nommes : les habitants étaient ennemis de la France, quoique de tont temps peu contents de la domination autrichienne, mais très différents de ce qu'ils étaient autrefois quand euxmêmes ils composaient une armée. Ces deux marches secrètes se faisaient selon les ordres du général, lorsque cette entreprise fut près d'échouer par un de ces événements si communs à la guerre.

Les Auglais, quoique vaincus à Fontenoi, n'avaient été ni dispersés ni découragés : ils viient, des environs de Bruxelles où ils étaient postés, le péril évident dont Gand était menacé ; ils lirent marcher enfin un corps de six mille hommes pour défendre cette ville. Ce corps s'avançait à Gand sur la chaussée d'Alost, précisément dans le temps que M. du Chaila était environ à une lieue de lui , sur la même chaussée, marchant avec trois brigades de cavalerie, deux d'infanterie, composées de Normandie, Grillon et Laval, vingt pièces de canon et «!-* pontons : l'artillerie était déjà en avant , et audelà de cette artillerie était M. de Grassin avec une partie de sa troupe légère qu'il avait levée. Il était nuit, et tout était trauquille, quand les six mille Anglais arrivent et attaquent les Grassins, qui n'ont

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que le temps «le se jeter dan? une Ferme près de l'abbaye delà ZVIelle . don! née a pris le

nom. Les Anglais apprennent que les Français sont sur la chaussée, loin de leur artillerie qui est en

avant, gardée seulement par cinquante hommes: iK y courent et s'en emparent. Tont était perdu. Le marquis de Grillon, qui était déjà ai rive a trois cents pas . voit les Anglais maîtres du canon qu'ils tournaient contre lui . et qui allaient y mettre le feu : il prend sa résolution dans l'instant sans se troubler; il ne perd pas un moment ; il court avec son régiment aux ennemis par un côté , le jeune marquis de Laval s'avance avec un autre bataillon; on reprend le canon ; on fait ferme. Tandis que les marquis de Grillon et de Laval arrêtaient ainsi l^s Anglais . une seule compagnie de Normandie , qui s'était trouvée près de l'abbaye, se défendait contre eux.

Deux bataillons de Normandie arrivent en bâte; le jeune comte de Péri, 01 ! !< a commandait: il était fils du marquis de Talleirand, d'une maison qui a été souveraine, mort malheureusement devant Tournai, et venait d'obteuir à dix-sept ans ce régiment de Normandie qu'avait en son père. Tl «'avança le premier à la tète d'une compagnie de grenadiers : le bataillon anglais attaqué par lui jette bas les armes.

MM. du Chaila et de Souvré paraissent bientôt avec li cavalerie sur cette chaussée. Les Anglais sont arrêtés de tous côtés; ils se défendirent encore : le marquis de Graville y fut blessé ; mais enfin ils lurent mis dans une entière déroute.

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M. Blondel d'Azincour , capitaine de Normandie , avec quarante hommes seulement , fait prisonnier le lieutenant-colonel da régiment de Rich, huit capitaines , deux cent quatre-vingts soldats , qui jetèrent leurs armes et qui se rendirent à lui. Rit;n ne fut égal à leur surprise quand ils virent qn'ils s'étaient rendus à quarante Français. M. d'Azincour conduisit ses prisonniers à M. de Graville, tenant la pointe de son épée sur la poitrine du lieutenant-colonel anglais, et le menaçant de le tuer si ses gens faisaient la moindre résistance.

Un autre capitaine de Normandie, nommé M. de Montalernbert , prend cent cinquante Anglais avec cinquante soldats de son régiment. M. de Saint- Sauveur, capitaine au régiment du roi cavalerie, avec un pareil nombre, mit en fuite sur la fin de l'action trois escadrons ennemis. Enfin le succès étrange de ce combat est peut-être ce qui fit le plus d'honneur aux. Français dans cette campagne, et qui mit le plus de consternation chez leurs ennemis. Ce qui caractérise encore cette journée, c'est que tout y fut fait par la présence d'esprit et par la valeur des ofiiciers français, aiusi que la bataille de Fontenoi fut gagnée.

On arriva devant Gand au moment désigné par le maréchal de Saxe : on entre dans la ville les armes à la main sans la piller ; on fait prisonnière la garnison de la citadelle.

Un des grands avantages de la prise de cette ville fut un magasin immense de provisions de guerre et de bouche, de fourrages, d'armes, dhabits, que les alliés avaient en dépôt dans Gand : c'était un faible

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dédommagement des irais de la guerre, presque aussi malheureuse ailleurs qu'elle était glorieuse sous les yeux du roi .

Tandis qu'on prenait la citadelle de Gand on investissait Oudenarde, et le même jour que M. de Lovendhal ouvrait la tranchée devant Oudenarde , le marquis de Souvré prenait Bruges. Oudenarde se rendit après trois jours de tranchée.

À peine le roi de France était-il maître dune ville qu il en faisait assiéger deux à la fois. Le duc d'Harcourt prenait Dendermonde en deux jours de tranchée ouverte, malgré le jeu des écluses et au milieu des inondations; et le comte de Lovendhal faisait le siège d'Ostende.

Ce siège d'Ostende était réputé le plus difficile : on se souvenait qu'elle avait tenu trois ans et trois mois au commencement du siècle passé. Parla comparaison du plan des fortifications de cette place avec celles qu'elle avait quand elle lut prise par Spinola, il parait que c'était Spinola qui devait la prendre en quinze jours, et que c'était M. de Lovendhal qui devait s'y arrêter trois aunées. Elle était bien mieux fortifiée ; M. de Chanclos , lieutenant-général des armées d'Autriche . la défendait avec une. garnison de quatre mille hommes, dont la moitié était composée d'Anglais; mais la terreur et le découragement étaient au point que le gouverneur capitula des que le marquis d'HérouvilIe , homme digue d'être à la tête îles ingénieurs, et citoyen aussi utile que bon officier', eut pris le chemin couvert du côté des dunes.

Lue flotte d'Angleterre qui avait apporté du se-

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cours à la ville , et qui cauonnait les assiégeants , ne vint là que pour être témoin de la prise. Cette perte consterna le gouvernement d'Angleterre et celui des Provinces-Unies. Il ne resta plus que Nienport à prendre pour être maître de tout le comté de la Flandre proprement dite , et le roi en ordonna le siège.

Dans ces conjonctures le ministère de Londres fit réflexion qu'on avait en France plus de prisonniers anglais qu'il n'y avait de prisonniers français en Angleterre. La détention du maréchal de Belle- Isle et de son frère avait suspendu tout cartel. On avait pris les deux généraux contre le droit des gens, on les renvoya sans rançon : il n'y avait pas moyen en effet d'exiger une rançon d'eux, après les avoir déclarés prisonniers d'état, et il était de l'intérêt de l'Angleterre de rétablir le cartel.

Cependaut le roi partit pour Paris, où il arriva le 7 septembre 17 45. Qn ne pouvait ajoutera la réception qu'on lui avait faite l'année précédente : ce furent les mêmes fêtes ; mais on avait de plus à célébrer la victoire de Fontenoi , celle de Mellc , et la conquête du comté de Flandre.

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