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CHAPITRE XVIII

Suite de la conquête des Pavs-Bas autrichiens. Bataille de Liège ou de Rocoux.

L/ e roi de France étant parti pour Paris après la prise d'Ostende , apprit en "chemin que IVieuport s'était rendu , et que la garnison était prisonnière de guerre. Bientôt après le comte de Clermont-Gallerande avait pris la ville d'Ath. Le maréchal de Save investit Bruxelles au commencement de l'hiver. Cette ville est , comme on sait , la capitale du Ifcabant et le séjour des gouverneurs des Pays-Bas autrichiens. Le comte de Kannitz, alors premier ministre, commandant à la place du prince Charles , gouverneur général du pays , était dans la ville ; le comte de Lanov, lieutenant-général des armées , en était le gouverneur particulier; le général Vander- Duin , de la part des Hollandais, y commandait dixhuit bataillons et sept escadrons : il n'y avait da troupes autrichiennes que cent cinquante dragons et autant de huusards. L'imperatrice-reine s'était reposée sur les Hollandais et sur les Anglais du soin de défendre son pays, et ils portaient toujours en Flandre tout le poids de cette guerre. Le feld-maréchal Los-Hios; deux pri ces de Ligne, l'un général d'infanterie, l'autre de Cavalerie; le général Chanclos , qui avait rendu Ostende ; cinq lieutenants généraux autrichiens , avec une foule denobl< trouvaient dans cette ville assiégée . où la reine de

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Hongrie avait en effet beaucoup plus d'officiers que de soldats.

Les débris de l'armée ennemie étaient vers ?.Ialines sous le prince de Valdeck , et ne pouvaient s'opposer au siège. Le maréchal de Saxe avait fait subitement marcher son armée sur quatre colonnes par quatre chemins différents. On ne perdit à ce siège d'homme distingué que le chevalier d'Aubeterre, colonel du régiment des vaisseaux. La garnison avec tous les officiers-généraux fut faite prisonnière. On pouvait prendre le premier ministre, et on en avait plus de droit que les Hanovriens n'en avaient eu de saisir le maréchal de Relle-Isle : on pouvait prendre aussi le résident des éfats-généraux; mais non seulement on laissa en pleine liberté le comte de Kaunitz et le ministre hollandais , on eut encore un soin particulier de leurs effets et de leur suite; on leur fournit des escortes; on renvova au priuce Charles les domestiques et les équipages qu'il avait dans la ville ; on fit déposer dans les magasius toutes les armes des soldats , pour être rendues Lorsqu'ils pourraient être échangés.

Le roi, qui avait tant d'avantages sur les Hollandais , et qui tenait alors plus de trente mille hommes ue leurs troupes prisonniers de guerre, ménageait toujours cette république. Les états-généraux se trouvaient dans une grande perplexité ; l'orage approchait d'eux ; ils sentaient leur faiblesse. La inaaistrature desirait la p;\ix; mais le parti anglais, qui prenait déjà toutes ses mesures pour donner un stathouder à la nation, et qui ét.iit secondé du peuple, criait toujours qu'il fallait la guerre. Lt*

états ainsi divisés se conduisaient sans principes , et leur conduite annonçait leur trouble. .

Cet esprit de trouble et de division redoubla dans les Provinces-Unies, quand on y apprit qu'à l'ouverture de la campagne le roi marchait en personne à AnV«rs . ayant à ses ordres cent vingt bataillons et cent quatre-vingt-dix escadrons. Autrefois, quaud la répu"bliqne de Hollande s'établit par lés armes , elle détruisit toute la grandeur d'Anvers, la ville la plus commerçante de l'Europe; elle lui interdit la navigation de l'Escaut, et depuis elle continua d'aggraver sa cbùte , sur-tout depuis que les Élats- Géneraux étaient devenus alliés de la maison d'Autriche. Ni l'empereur Léopold , ni Charles. VI. ni sa fille l'impératrice-reine, n'eurent jamais sur l'Escaut d'autres vaisseaux qu'une patache pour les droits d'entrée et de sortie. Mais quoique les Etats- Généraux eussent humilié Anvers à ce point , et que les commerçants de cette ville en gémissent , la Hollande la regardait comme un des remparts dô son pays : ce rempart fut bientôt emporté.

Le prince de Conti eut sous ses ordres un corps d'armée séparé avec lequel il investit liions, la capitale du Hainaut autrichien ; douze bataillons qui la défendaient augmentèrent le nombre des prisonniers de guerre; la moitié de cette garnison était hollandaise, .lamais l'Autriche ne perdit tant de places, et la Hollande tant de soldats. Saint-Guillain fut le même sort ; Charleroi suivit de près : on prend d'assaut la ville basse après deux jours seulement de tranchée ouverte. Le marquis, depuis maréchal de la Farc , enira dans Charleroi aux mêmes condi-

tions qu'on avait pris toutes les villes qui avaient voulu résister, c'est-à-dire que la garnison fnt prisonnière. Le grand projet était d'aller à Mastricht, d'où l'on domine aisément dans les Provinces- Unies ; mais pour ne laisser rien derrière soi il fallait assiéger la ville importante de Namur. Le prince - Charles , qui commandait alors l'armée , fit en vain ce qu'il put pour prévenir ce siège. Au confluent de la Sambre et de la Meuse est située Namur, dont la citadelle s'élève sur un roc escarpé; et douze autres forts bâtis sur la cime des rochers voisins semblent rendre Namur inaccessible aux attaques : c'est une des places de la barrière. Le prince de Gavres eu était gouverneur pour l'impérarrice-reiue ; mais les Hollandais, qui gardaient la ville , ne lui rendaient ni obéissance ni honneurs. Les environs de cette ville sont célèbres par les campements et par les marches du maréchal de Luxembourg, du maréchal de Boufflers, et du roi Guillaume, et ne le sont pas moins par les manœuvres du maréchal de Saxe . il força le prince Charles à s'éloigner, et à le laisser assiéger ïNamur en liberté.

Le prince de Clermont fut chargé du siège de Namur: c'était en effet douze places qu'il fallait prendre. On attaqua plusieurs (ortsàla fois, ils furent tous emportes. M. de lîrulart , aide-major-général, plaçant les travailleurs après les grenadiers dans un ouvrage qu'on avait pris , leur promit double paie s'ii.s avançaient le travail ; ils en firent plus qu'on n«- lent en demandait, et refusèrent la double piie. Je ne puis entrer dans le détail des actions singtt-* îieres qui se passèrent à ce siège et à tous les autres»

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Il v a peu d'événements à la guerre où des officierset de simples s ddats ne fassent de ces prodiges de valeur qui étonnent ceux qui en sont témoins , et qui ensuite restent pour jamais dans l'oubli. Si un général , un prince, un monarque, eût fait une de ces actions , elle serait consacrée à la postérité ; niais la multitude de ces fai^s militaires se nuit à ellemême , et en tout genre il n'y a que les choses principales qui restent dans, la mémoire des nommes.

Cependant comment passer sous silence le fort Ballart pris en plein jour par quatre officiers seulement , M. de Lan- ai, aide major ; M. d'Amere, capitaine dans Champagne- M. le ch lutras, alors officier d'artillerie : et M. de-Clamôuze, jeune Portugais du même régiment, qui, sautant seul dans les retranchements , fît mettre bas les armes à toute la garnison ?

La tranchée avait été ouverte le 10 septembre devant Naîtrais et la viHe capitula le 19. 1 ûison fut obligée tic se retirer dans la citadelle et dans quelques ;;;:tres châteaux, par la capitulation ; et ;.n ze jours elle en lit an< Telle, par laquelle e'Le fut truste prisonnière de guerre: elle consistait eu douze bataillons, dont dix étaient Hollandais.

- la prise de Namur il restait à dissiper ou abattre Tabulée des alliés: elle campait alors endeçà Je la Meuse, avant Mastricht à sa droite et Liège à sa gauche. On s'observa, ou escarn; quelques jmu'-.s : le .Tar séparait les deux arra maréchal de Saxe avait dessein de livrer bataille j il marcha aux ennemis , Le 1 1 octobre , .1 la pointe du

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jour, snr dix colonnes. On voyait du faubourg de Liège comme d'un amphithéâtre les deux armées; celle des Français de cent vingt mille combattants, Talliée de quatre-vingt mille. Les ennemis s'étendaient le long de la Meuse , de Liège à Yiset , derrière cinq villages retranchés. On attaque aujourd'hui une armée comme une place avec du fanon, Les alliés avaient à craindre qu'après avoir été forcés dans ces villages , ils ne pussent passer la rivière Ils risquaient d'être entièrement détruits, et le maréchal de Saxe l'espérait.

Le seul officier-général que la France perdit en cette journée fut le marquis de l'énélon , neveu de l'immortel archevêque de Cambrai. Il avait été élevé par lui , et en avait toute la vertu , avec un caractère tout différent; vingt années employées dans l'ambassade de Hollande n'avaient point éteint un feu et un emportement de valeur qui lui coûta la vie. Pdessé au pied depuis quarante ans , et pouvant à peiue marcher , il alla >>ur les retranchements ennemis à cheval ; il cherchai! la mort , et il la 1rouva. Son extrême dévotion augmentait encore son intrépidité; il pensait que l'action la plus agréable à Dieu était de mourir pour son roi. 11 faut avouer qu'une armée c -mposéè d'hommes qui penseraient ainsi serait «nviifeiole. Les [Français eurent peu de personn.'S 3e marque blessées dans cette journée. Le fils du comte de Ségur eut la poitrine travi :sée l'nue balle qu'on lui arracha par l'épine du dos ; et il échappa à une opération plus cruelle que la blei «re même. Le marquis de Lugeac re- < al un "coup de feu qui lui fracassa la mâchoire,

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entama la langue, lui perça les deux joues. Le marquis de Laval , qui s était distingué a nielle , le prince de Monaco , le marquis de A aubecour , le comte de Balleroi , furent blessés dangereusement.

Cette bataille ne fut que du sang inutilement répandu, et une calamité de plus pour tous les partis. Aucun ne gagna ni ne perdit de terrain : chacun prit ses quartiers ; l'armée battue avança même jusçnrà Tongr.-s; l'armée victorieuse s'étendit de Louvain dans ses conquêtes , et alla jouir du repos auquel la saison d'ordinaire force les hommes dans ces pavs,en attendant que le printemps ramené les cruautés et les malheurs que l'hiver a suspendus.

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