CHAPITRE III
De l'abbé du Bois, archevêque de Cambrai , cardinal, premier ministre. Mort du duc d'Orléaus.
1.L ne faut pas passer sous silence le ministère dn cardinal du Rois. C'était le fils d'un apothicaire de Lrivr-la-Gaiîlarde, dans le fond du Limousin. Il avait commencé par être instituteur du duc d'Orîeans, et ensuite eu servant son élevé dans ses plaisirs, il en acquit la confiance : un peu d'esprit, b.aucoup de débauche, de la souplesse, et sur-tout le goût de son maître pour la singularité, firent sa prodigieuse fortune. Si ce cardinal premier ministre avait été un homme grave, cette fortune aurait ex-
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«ité l'indignation ; mais elle ne fut qu'un ridicule. Le duc d'Orléans se jouait de son premier ministre , et ressemblait à ce pape qui fît sou porte-singe cardinal. Tout se tournait en gaieté et en plaisanterie dans la régence du duc d'Orléans : c'était le même esprit que du temps de la fronde, à la guerre civile près; ce caractère de la nation le régent l'avait fait renaître après la sévère tristesse des dernières années de Louis XIV.
Le cardinal du Bois, archevêque de Cambrai, mourut d'un ulcère dans l'urètre , suite de ses débauches. Il trouva un expédient pour n'être pas fatigue dans ses derniers moments par les pratiqua s delà religion catholique , dont jamais ministre ne fit moins de cas que lui ; il prétexta qu'il y avait pour les cardinaux un cérémonial particulier, et qu'un cardinal ne recevait pas l'extrème-onction et le viatique comme un autre homme. Le curé de Versailles alla aux informations, et pendant ce temps du Eois mourut, le 19 auguste 1728. Nous rîmes de sa mort comme de son ministère : tel était le poùt des Français, accoutumés à rire de tout.
Le duc d'Orléans prit alors le titre de premier ministre . pareeque le roi étant majeur, il n'y avait phis de régence ; mais il suivit bientôt son cardinal. < ; était un prince à qui on ne pouvait reprocher que son goût ardent pour les plaisirs et pour les nouveautés.
De toute la race de Henri IV Philippe d'Orléans fut celui qui lui ressembla le plus; il en avait la valetir, la bonté, l'indulgence, la gaieté, la facilité, la franchise, avec un esprit plus cultivé. Sa physio-
nomie, incomparablement plus gracieuse, était cependant celle de Henri IV. Il se plaisait quelquefois à mettre une fraise , et c'était alors Henri IV embelli.
Il avait alors un singulier projet dont sa mort subite sauva la France; c'était de rappeler Lass, réfugié et oublié dans Venise , et de faire revivre son système , dont il comptait rectifier les abus , et augmenter les avantages. Rien ne put jamais le détacher de l'idée d'une banque générale chargée de payer toutes les dettes de l'état. L'exemple de Venise, de la Hollande, de l'Angleterre, lui faisait illusion : son secrétaire Vlelon , esprit systématique , très éclairé, mais chimérique, lui avait inspiré ce dessein , et l'y confirmait de jour en jour. Il oubliait la différence établie par la nature entre le génie des Français et des peuples qu'on voulait imiter ; combien de temps il faut pour faire réussir de tels établissements ; que la nation était alors plus révoltée contre le système de Lass qu'elle n'en avait été d'abord enivrée ; et que Lass revenant une seconde fois bouleverser la 'France avec des billets , trouverait des ennemis plus en garde, plus acharnés et plus puissants qu'il n'en avait eus à combattre dans ses premiers prestiges.
La contemplation continuelle de cette grande entreprise qui séduisait le duc d'Orléaus, et celle des orages qu'il allait exciter, allumèrent son sang : les plaisirs de la table et de l'amour dérangèrent sa santé davantage. Il fut averti par une légère attaque d'apoplexie , qu'il négligea , et qui lui en attira une seconde , le 2 décembre 1 72 3 , à Versailles. Il .mourut an moment qu'il en fut frappé.
Son fils , le duc de Chartres , d'un caractère faible et bizarre , plus fait pour une cellule à Sainte-Geneviève , où il a fini ses jours, que pour le ministère, ne demanda pas la place de son père. Le duc dy Bourbon, arrière petit-fils du grand Condé, la demanda sur-le-champ au jeune roi majeur. Le roi était avec Fleuri, ancien évêque de Freins, son précepteur : il consulta par un regard ce vieillard ambitieux et circonspect , qui n'osa pas s'opposer par un signe de tête à la demande du prince.
La patente du premier ministre était déjà dressée par le secrétaire d'état la Vrilliere, et le duc de Bourbon fut le maître du royaume en deux minutes.
Le sort des princes de Condé a toujours été d'être opprimés par des prêtres. Le premier prince de Condé , Louis , oncle de Henri IV, fut toute sa vie persécuté par les prêtres de Rome et de la France, assassiné sur le champ de bataille immédiatement après la perte de la journée de Jarnac.
Le second. Henri, cousin germain de Henri IV, plus poursuivi encore par les prêtres de la ligue, empoisonné dans Saint-Jean d'Angeli.
Le troisième , Henri II, mis en prison sons le gouvernement du Florentin Concini , et depuis toujours tourmenté par le cardinal de Richelieu, quoiqu'il eut marié son fils à la nièce de. ce cardinal.
Le quatrième, qui est le grand Condé, enfermé à Vincennes çt au Havre , poursuivi hors du royaume par le cardinal Mazarin.
Enfin celui dont nous parlons, et que nous appelons Monsieur le Duc, supplanté, chassé delà
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cour, et exilé par Fleuri, évèque de Fréjus, qui fuB
cardinal bientôt après.
Voici comment se ih cette révolution, qui étonna .la France, et qui n'était après tout qu'un changement de ministre, ordinaire dans toutes les cours,
IVjonsieur le Duc abandonna d'abord tout le département de l'église, et le soin de poursuivre les calvinistes et les jansénistes à F évèque de Fréjus, se réservait l'administration de tout le reste. Ce partage produisit quelques difficultés entre eux. Le prince était gouverné par un des frères Paris, nommé du Verney, qui avait eu la principale part à l'ouvrage inoui de la liquidation des biens de tous les citoyens après le renversement des chimères de Lass. Une autre personne gouvernait plus gaiement le prince ministre ; c'était la fille du traitant Pléneuf , mariée au marquis de Prie , jeune femme brillante, légère, d'un esprit vif et agréable. Pour Fleuri, âgé alors de soixante et treize ans , il n'était gouverné par personne, et il avait sur le roi, son élevé, un ascendant suprême, fruit de l'autorité d'un précepteur sur son disciple et de l'habitude.
Paris du Verney, étroitement lié avec cette marquise ds Prie, résolut avec elle de mettre le roi entièrement dans la dépendance du prince, et de chasser le précepteur. Xous avons déjà vu que le duc d'Orléans, régent de France, pour finir sa guerre contre le roi d'Espagnt , Philippe V, avait marié l'infante , fille de ce monarque et de Iz princesse de Parme, âgée alors de cinq ans et demi, au roi de France, qui en avait quinze. Il fallait attendre environ dix ans au moins la naissance incertaine
d'un dauphin. Madame de Prie et du Terney prirent ce prétexte pour renvoyer l'infante à son pe,re, et pour faire an véritable mariage du roi de Fi ance avec une sœur du duc de Bourbon , très belle et très capable de donner des enfants, élevée à Foutevr.aud sous le nom de princesse de Yermandois.
On commença par renvoyer la femme de ci oq ans avant de s'assurer d'une plus mûre: on la i^t partir pour l'Espagne, sans pressentir son père et sa mère, sans adoucir la dureté d'une telle démarche par la plus légère excuso ; on chargea seulement l'abbé de Livry Sanguin, fils d'un premier maître-d'hôtel du roi , ministre alors en Portugal, de passer en Espagne pour en instruire le roi et la reiue, pendant que leur enfanï était en chemin, reconduite à petites journées. Cet oubli de toute bienséance n'était l'effet d'aucune querelle entre les cours de France et d'Espagne: il semblait qu'une telle démarche ne devait être imputée eju'au caractère de an \emey, qui, ayant été garçon cabaretier dans son enfance chez sa mère, en t)auphiué, soldat aux gardes dans sa jeunesse, et plongé depuis dans la finance, retint toute sa vie un peu de la dureté de ces trois professions : la marquise de Prie ne songea jamais aux conséquences ; et Monsieur* le Duc n'était pas politique.
L'infante, qui fut ainsi reconduite, fut depuis reine en Portugal. Elle donna à Joseph II les enfants qu'on ne voulut pas qu'elle duunàt à LouisXV, et n'en fut pas plus heureusL*.
Quelques mois après son renvoi, madame de Prie courut en poste ù Fontevraud , essayer si la prin-
cesse de Vermandois lui convenait, et si on pouvait s'assurer de gouverner le roi de France par elle. La princesse, encore plus fiere que la marquise n'était légère et inconsidérée, la reçut avec une hauteur dédaigneuse, et lui fit sentir qu'elle était indignée que so'a frère lui dépêchât une telle ambassadrice. Cette se nie entrevue la priva de la couronne: ou la laissa f.'iire la fiere dans son couvent; elle mourut abbesse 'Je Beaumont-les-Tours trois ans après.
Il y avait dans Paris une madame Texier, maîtresse d'un ancien militaire , nommé Vauchon , veuve d'i. 1 caissier qui avait appartenu à Pléneuf , père de i ladame de Prie : elle était retenue pour toujours dans son lit par une maladie affreuse qui lui avait rongé la moitié du visage. "Vauchon lui paria de Stanislas Leczinski, fait roi de Pologne par Charles "XII , dépossédé par Pierre-le-Grand, et réfugié à Yeissembourg , frontière de l'Alsace , y vivant d'une pension modique que le ministère de France lui paynït très mal. Il avait une fille élevée dès son berceau dans le malheur , dans la modestie , et dans les vertus, qui rendaient ses infortunes plus intéressantes. La dame Texier pria la marquise de ]j venir voir: elle lui parla de cette princesse pour laquelle on avait proposé des partis un peu au-dessous d'un roi de France. Madame de Prie partit deux jours après pouf Vesseimbourg, vit cette infortunée princesse polonnaise , trouva qu'on ne lui en avait pas assez dit , et la fit reine.
Dans le conseil privé qu'on assembla pour décider de cette alliance , l'évèque de Fréjus dit simplfmeut qu'il ne s'était jamais mêlé de mariage : il
laissa conclure l'affaire sans la recoin mander et vans s'y opposer. La nouvelle reine fut aussi reconnaissante envers Monsieur le Duc, que le roi et la reine d'Espagne furent indignés du renvoi, ou plutôt de l'expulsion de l'infaute.
Quelque temps après , les murmures de Versailles et de Paris ayant éclaté , la défiance entre Monsieur le Duc et le précepteur étant augmentée, la cour ayant formé deux partis , les esprits commençant à s'aigrir, lévèque déclare enfin au prince ministre qne le seul moyen d'en prévenir les suites était de renvoyer de la cour madame de Prie, qui était dame du palais de la reine. La marquise, de son côté , résolut, selon les règles de la guerre de cour, de faire partir le précepteur.
Une des mortifications du premier ministre était qne , lorsqu'il travaillait avec le roi aux affaire» detat, Fleuri y assistait toujours , et que , lorsque Flenn faisait signer au roi des ordres pour l'église, Je prince n'y était point admis. On engagea un jour le roi à venir tenir son petit conseil sur des objets de peu d'importance dans la chambre de la reine , et quand levèque de Fréjus voulut entrer , la porte lui fut fermée. Fleuri, incertain si le roi n'était pas du complot , prit incontinent le parti de se retirer au vdlage d'Issi , entre Paris et Versailles, dans une petite maison de campagne appartenant à un séminaire. C'était là son refuge quand il était mécontent ou qu'il feignait de l'être.
Le parti du premier ministre parait triompher Pendant quelques heures ; mais ce fut une seconde journée des dupes , semblable à cette jonrnée si
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connue, dans laquelle le cardinal de Richelien, chassé par Marie de Médiras et par ses antres ennemis , les chassa tous à son tour.
Le jeune Louis XV , accoutumé à son précepteur , aimait en lui un vieillard qui, n'ayant rien demandé jusque-làpour sa famille, inconnue à la cour, n'avait d'autre intérêt que relui de son pupille. Fleuri lui plaisait par la douceur de son caractère, par les agréments de son esprit naturel et facile ; il n'y avait pas jusqu'à sa physionomie , douce et imposante, et jusqu'au son de sa voix, qui n'eût subjugué le roi. Monsieur le Duc ayant reçu de la nature des qualités contraires, inspirait au roi une secrète répugnance.
Le monarque , qui n'avait jamais marqué de volonté , qui avait vu avec indifférence son gouverneur, le maréchal de Yilleroi, exilé par le duc d'Orléans régent ; qui ayant reçu pour femme un enfant de six ans sans en être surpris , l'avait vu partir comme nn oiseau qu'on change de cage ; qui avait épouse la fille de Stanislas Leczinski , sans faire attention à elle ni à son père; ce prince enfin à qui tout paraissait éeal , fut réellement affligé de la retraite de lévêque de Iréjns. Il le redemanda vivement, non pas comme un enfant qui se dépite quand on change sa nourrice, mais comme un souverain qui commence à sentir qu'il est le maître : il lit des reproches à la reine, qui ne répondit qu'avec des larmes. Monsieur le Duc fut obligé d'écrire lui-même a 1 evêque , et de le prier au nom du roi de revenir.
Ce petit démêlé domestique fut incontinent le 6„jet de tous les discours chez tous les courtisans,
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cher tout ce qui habitait Versailles. Je remarquai qu'il fit plus d'impression sur les esprits que n'eu rirent depuis toutes les nouvelles d'uue guerre funeste à la France et à l'Europe. On s'agitait ,on s'interrogeait, on parlait avec égarement et avec défiance. Les uns desiraient une grande révolution , les autres la craignaient, tout était en alarmes.
Il v avait ce jour-là spectacle à la cour : on jouait Britannicus. Le roi et la reine arrivèrent une heure plus tard qu'à l'ordinaire. Tout le monde s'appercut que la reine avait pleuré ; et je me souviens que lorsque [Narcisse prononça ce vers :
Que tardez-vous , <.e igneur , à la répudie] ?
presque toute la salle tourna les veux sur la reine pour l'observer avec nne curiosité plus indiscrète que maligne.
Le lendemain Fleuri reviut. Il affecta de ne se point plaindre ; et , sans paraître demander ni satisfaction ni vengeance, il se contenta d'abord d être en secret le maitre des affaires. Enfin, le 11 juin 1726, le roi ayant invité Monsieur le Duc à venir coucher à la maison de plaisance de Rambouillet , et étant parti, disait-il, pour l'attendre, le duc de Charost, capitaine des gardes., vint arrêter ce priuce dans son appartement ; il le mit entre les mains d'un exempt , qui le conduisit à Chantilli, séjour de ses pères , et son exil.
La dissimulation del'évèque dans cette exécution n'eîaitpas extraordinaire : celle du roi parut l'être ; mais le précepteur avait inspiré à son élevé uuo partie de son caractère ; et d'ailleurs on avaii dit
depuis si long-temps, . qui ue sait dissimuler, ne « sait pas régner », que ce proverbe royal, inventé pour les grandes occasions, était toujours appliqué aux petites.
Paris du Vcruey dès ce moment ne fut plus le maître de l'état : le roi déclara , dans un conseil extraordinaire, que c'était lui qui devait l'être, et que tous les ministres iraient travailler chez lévêqne de Fréjus; c'est-à-dire que Fleuri allait régner : les frères Paris furent exilés, et bientôt du Yerney fut mis à la Bastille.
C'est ce même du Terney qne nous avons vu depuis jouir d'une assez grande fortune, et de beaucoup de considération. Il fut l'inventeur et le vrai fondateur de l'École militaire. Pour madame de Prie , elle fut envoyée au fond de la Normandie, où elle mourut bientôt dans les convulsions du désespoir.
Il manquait à Fleuri d'être cardinal. C'est une qualité étrangère à l'église et à l'état, que tout ecclésiastique romain, à portée de l'obtenir , poursuit avec fureur, que les papes font long-temps espérer , pour avoir des créatures, et que les rois honorent chez eux , par une ancienne coutume qui tient lieu de raison et même de politique.
Monsieur le Duc avait secrètement empêché, par le cardinal de Polignac, ambassadeur à Rome, et par l'abbé de Rothelin, qu'on n'envoyât cette barrete tant désirée : elle arriva bientôt; Fleuri la reçut avec la même simplicité apparente qu'il avait reçu la place de premier ministre, et qui dirigea toutes les actions de sa vie , sans jamais laisser entre-
Auir sur soa visage, ci les sources de la fîeite, ni ir* grimaces rie l'hypocrisie.
S'il y a jamais eu quelqu'un d'heurenx sur la terre c'était sans doute le cardinal de Fleuri. On le regarda comme un homme des plus aimables . et de la société la plus délicieuse jusqu'à l'âge de soixante et treize ans : et. lorsqu'à cet âge. où tant de vieillards se retirent du monde, il eut pii.- eu main le gouvernement, il fut regarde comme un des pins sa^es. Depuis 1720 jusqu'à 1742 tout lui prospéra. Il conserva jusqu'à près de quatre-vingt-dix ans une tète saine, libre , et capable d'affaires.
Quand on songe que de miiie contemporains il v en a très rarement un seul qui parvienne à cet âge, ou est oblige d'avouer que le cardinal de Fleuri eut une destinée unique. Si sa grandeur fut singulière * en ce qu'ayant commencé si tard elle dura si longtemps sans aucun nuage, sa modération et la douceur de s >s mœurs ne le furent pas moins. On sait quelles étaient les richesses et la magnificence du cardinal d'Ainbofse. qui aspirait à la tiare, et l'hypocrisie arrogante de Ximenes, qui levait des armées à sesdépeuî-. et qui. vêtu en moine, disait qu'avec son cordon il conduirait les grands dT.sp,':gne : on connaît le faste royal de Richelieu, les richesses prodigieuses accumulées par Mazarin. Il restait au cardinal de Fleuri la distinction de la modestie ; il fut simple et économe en tout, sans jamais se dcmcnîir. L'elevation manquait à son caractère ; ce défaut tenait à des vertu1;, qui sont la douceur, l'égalité, l'amour de l'oidre et de la paix: il prouva que les esprits doux et conciliants sont faits pour gouverner le» autres.
Il s'était démis le plus tôt qu'il avait pu de son èvèché de Fréjus, après l'avoir libéré de dettes par son économie, et j avoir fait beaucoup de bien par son esprit de condition : c'étaient là les deux parties dominantes ds son caractère. La raison qu'il •allégua à. ses diocésains était l'état de sa sa7jté qui « le mettait dans l'impuissance de veiller à son trou- « peau » ; mais heureusement il n'avait jamais été malade.
Cet évèché de Fréjus, loin de la cour, dans un pays peu agréable , lui avait toujours déplu. Il disait que dès qu'il avait vu sa femme, il avait été dégoûté de son mariage, et signa dans une lettre de plaisanterie au cardinal Quirini : « Fleuri, cvèque « de Fréjus par l'iudiguation divine. »
Il se démit vers le commencement de i-i5. Le maréchal de Villeroi , après beaucoup de sollicitations, obtint de Louis XII7; qu'il nommât l'évoque de Fréjus précepteur par son codicile. G pendant voici comme le nouveau précepteur s'en explique dans une lettre au cardinal Quirini :
« J'ai regretté plus d'une fois la solitude de Fré- « jus. En arrivant j'ai appris que le roi était à l'ex- «trémité, et qu'il m'avait fait l'bouneur de me <« nommer précepteur de son petit-fils : s'il avait été « en état de m'entendre, je l'aurais supplié de me « décharger d'art fardeau qui me fait trembler ; mais « après sa mort on n'a pas voulu m'écouter : j'en ai « été malade , et je ne me console poiut de la perte « de ma liberté. »
Il s'en consola en formant insensiblement son eleve aux affaires, au secret, à la probité, et cou-
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> rva dans tontes les agitations delà cour, pendant la minorité, la bienveillance du ié«ent et l'estime générale; ne cherchant point à se faire valoir, ne se plaignant de personne , ne s'atira7it jamais de refus, n'entrant dans aucune intrigue; mais il s'instruisait en secret de l'administration intérieure du royaume et de la politique étrangère. Il Ht désirer à la France, par la circonspection de sa conduite, par la sédnctkm aimable de son esprit , qu'on le vit à la tète des affaires. Ce fut le second précepteur qui gouverna la France. Il ne prit point le titre de premier ministre , et se contenta d'être absolu. Son administration fut moins contestée et moins enviée que cel'e de Richelieu et de Mazarin dans les temps les plus heureux de leurs ministères. Sa place ne changea rien dans ses mœurs ; on fut étonné que le premier ministre fût le plus aimable et le plus desintéressé des courtisans. Le bien de l'état s'accorda long-temps avec sa modération. On avait besoin de cette paix qu'il aimait ; et tous les ministres étrangers crurent qu'elle ne serait jamais rompue pendant sa vie.
Il laissa tranquillement la France réparer ses pertes , et s'enrichir par un commerce immense sans faire aucune innovation ; traitant l'état comme, un corps puissant et robuste qui se rétablit de luimême ; haïssant tont système , parceque son esprit était heureusement borné; ne comprenant absolument rien à une affaire de finance , exigeant seulement des sons-ministres la plus sévère économie ; incapable d'être commis d'un bureau, et capable de gouverner l'étal.
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Les affaires politiques rentrèrent insensiblement d;ms leur ordre aaturel. Heureusement pour l'Europe le premier ministre d'Angleterre;, Robert "VValpol , était d'un caractère aussi pacifique ; et ce* deux hommes continuèrent à maintenir presque toute l'Europe dans ce repos qu'elle goûta depuis la paix dl'treeht jusqu'en 1733 ; repos qui n'avait été troublé qu'une fois par les guerres passagères de 1 718 et de 1726. Ce fut un temps heureux pour toutes les nations, qui , cultivant à l'envi le commerce et les arts , oublièrent toutes leurs calamités passées.
En ces temps-là se formaient deux puissances, dont l'Europe n'avait point entendu parler avant ce siècle. La première était la Russie, que le czar Pierre-le-Graud avait tirée de la barbarie. Cette puissauce ne consistait , avant lui, que dans des déserts, immenses et daus un peuple sans lois, sans discipline, sans connaissance*, tel que de tout temps ont été les Tartares. Il était si étranger à la France , et si peu connu, que, lorsqn'en 1668 Louis XIV avait reçu une ambassade moscovite , on célébra par une médaille cet événement , comme l'ambassade des Siamois.
Cet empire nouveau commença à influer sur toutes les affaires, et à donner des lois au Nord, après avoir abattu la Suéde. La seconde puissance, établie à force d'art , et sur des fondements nioin» vastes, était la Prusse. Ses forces se préparaient et ne se déployaient pas encore.
La maison d'Autriche était restée à peu-près dan j l'état ou la paix d'L trecht l'avait mise : l'Angleterre
conservait sa puissance sur mer , et la Hollande perdait insensiblement la sienne. Ce petit état, puissant par le peu d'industrie des autres nations . tombait en décadence, pareeque ses voisins faisaient eux-mêmes le commerce dont il avait été le maître. La Suéde languissait : le Danemarck était Soi issanf ; l'Espagne et le Portugal subsistaient par l'Amérique : l'Italie, toujours faible , étai. autant d'états qu'au commencement du siècle, si on excepte Mantoue de% euue patrimoine autrichien.
La Savoie donna alors un grand spectacle au monde et une grande leçon aux souverains. Le roi de S-srdaigne,duc de Savoie, ce Victor- Amédee. tantôt allié , tantôt ennemi de la France et de l'Autriche, et dont l'incertitude avait passé pour politi >ue . 1 affairés et de lui-même, abdiqua par uj caprice, en i 7 jû , à l'âge de soixante-quatre aïs . la couronne qu'il avait portée le premier de sa famille, et se repentit par un autre caprice un au après. La s< eiété d" sa maîtresse devenue sa Femme . li dévotion, et le repos, ne purent satisfaire une ame occupe- pendant cinquante ans d-^s ai 'aires de l'Europe. Ii lit voir quelle est la faiblesse humaine, et combien il est di ficile de remplir son cœur sur le trône et hors du trône. Quatre souverains dans ce siècle renoncèrent à la couronne; Cbristine, Casimir, Philippe V, Victor - Amédée. Philippe V ne repiit ie gouvernement que malgré lui ; Caismir n'y pensa jamais ; Christine en fut tentée quelque temps par un dégoût qu'elle eut à Rome: Amédée seul voulut remonter par la force sur le trône que son inquiétude lui avait fait quitter. La suite de cette tentative
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est connue : son fils , Charles-Emmanuel , aurait acjr quis une gloire au-dessus des couronnes , en remettant à son père celle qu'il tenait de lui, si ce père seul l'eût redemandée, et si la conjoncture des temps l'eût permis ; mais c'était, dit on, une maîtres»e ambitieuse qui voulait régner , et tout le conseil fut forcé d'en prévenir les suites funestes, et de faire arrêter celui qui avait été son souverain. Il mourut depuis en prison , en 1732. Il est très faux que la ©our de France voulut envoyer vingt mille homme» pour défendre le père contre le fils, comme on l'a dit dans les mémoires de ce temps-là. j\~i L'abdication de ce roi , ni sa tentative pour reprendre le sceptre , ni sa prison, ni sa mort, ne causèrent le moindre mouvement chez les nations voisines : ce fut un terrible événement qui n'eut aucune suite.
Tout était paisible depuis la Russie jusqu'à l'E«pa°ne , lorsque la mort d'Auguste II, roi de Pologne , électeur de Saxe, replongea l'Europe dans le» dissentions et dans les malheurs dont elle est si rarement exempte.
CHAPITPvE IV.
Stanislas Leczinski deux fois roi de Pologne , et deux fois dépossédé. Guerre de Ij34. La Lorraine réuni* à la France.
Le roi Stanislas, beau-pere de Louis XT , déjà nomme roi de Pologne, en 1704, fut élu roi , en 1733 7 de la manière la plus légitime et la plu,s »o-
DE LOl'IS \T. 3g
iennelle. Mais l'empereur Charles VI fit procéder à une antre élection , appnyée par ses armes et par celles de la Russie. Le fils du dernier roi de Pologne, électeur de Saxe, qui avait épousé une nièce de Charles VI, l'emporta sur son concurrent. Ainsi la maison d'Autriche, qui n'avait pas eu le pouvoir de se conserver l'Espagne et les Indes occidentales , et qui en dernier lieu n'avait pu même établir une compagnie de commerce à Ostende . eut le crédit doter la couronne de Pologne au beau-pere de Louis XV. La France vit renouveler ce qui était an ive au prince de Conti , qui solennellement élu , mais n'ayant ni argent ni troupes , et plus recommandé que soutenu, perdit le royaume où il avait été appelé.
Le roi Stanislas alla à Dantzick soutenir son élee. tion. Le grand nombre , qui lavait choisi , céda bientôt au petit nombre qui lui était contraire. Ce pays . où le peuple est esclave, où la noblesse vend ses suffrages , où il n'y a jamais dans le trésor public de quoi entretenir les armées , où les lois sont BUIS vigueur, où la liberté ne produit que des divisions; ce pays, dis-je , se vantait eu vain d'une noblesse belliqueuse, qui peut monter à cheval au nombre de cent mille hommes. Dix mille Russes firent d'abord disparaître tout ce qui était assemblé en faveur de Stanislas. La nation polonaise qui , un siècle auparavant, regardait les Russes avec mépris était alors intimidée et conduite par eux. L'empire de Russie était devenu formidable , depuis que Pierrelc-Grand l'avait forme. Dix mille esclaves russe* disciplinés dispersèrent toute la noblesse de Polo-
gne ; et le roi Stanislas , renfermé dans la ville de Dantzick , y tut bientôt assiégé par une armée de Ru--.es.
L'empereur d'Allemagne , uni avec la Russie , et ai su: dn succès. Il eut fallu pour tenir la balance ég . que ;.i France eût envoyé par mer une nombreuse armée ; mais l'Angleterre n'aurait pas vu ces préparatifs immenses sans se déclarer. Le cardinal de Flenri . qui ménageait l'Angleterre , ne voulut ni avoir la honte d'abandonner entièrement le roi Stanislas , ni hasarder de grandes forces pour le secourir. Il lit partir une escadre avec quinze cents hommes , commandée par un brigadier. Cet officier ne crut pas que sa commission fût sérieuse :il jugea quand il fut pies de Dantzick , qu'il sacrifierait s.-ns fruit ses soldats ; et il alla relâcher en Danemarck. Le comte de Pléio , ambassadeur de France auprès du roi de Danemarck , vit avec indignatiou cette retiaite qui h<i paraissait humiliante. C'était un jeune homme qui joignait à l'étude d -s belles-lettres et de la philosophie des sentiments héroïques dignes d'ui e meiMèu e fortune. 'Il résolut de soutenir Dantzick «-outre une armée avec cette petite troupe, ou i • . ] i '. ivo avant de s'embarquer nue lettre à l'un des secrétaires u état , laquelle finissait par cr.s mots : '< ■ sni -:i que je n'en reviendrai pas; « j< vo„ ; recommande ma femme et mes enfants ». Il arriva à La rade de Dantzicl? , débarqua et attaqua -, il y périt percé de coups , comme il u. Sa letrre arriva avec la nouvelle de sa mort. l,a.. tzick fut pris; l'ambassadeur de France auprès de la Pologne , qui était dans cette place, fut
prisonnier de guerre , malgré les privilèges de son earactere. Le roi Stanislas vit sa tète mise à prix par le général des Russes, le comte de Muniek, dans la ville de Dantziek, dans un pavs libre, dans sa propre patrie, au milieu de la nation qui l'avait élu suivant toutes les lois. Il fut obligé de se déguiser en matelot , et n'échappa qu'à travers les pJus grauds dangers. Remarquons ici que ce comte , maréchal de Muniek , qui le poursuivait si cruellement , lut quelque temps après relégué en Sibérie , où il vécut vingt ans dans uue extrême misère, pour reparaître ensuite avec éclat. Telle est la vicissitude des grandeurs.
À l'égard des quinze cents Français qu'on avait si imprudemment envoyés contre une armée entière de russes , ils rirent une capitulation honorable ; mais un navire de Russie ayant été pris dans ce tempslà même par un vaisseau du roi de France, les quinze cents hommes furent retenus et transportés auprès de Pétersbourg. Ils pouvaient s'attendre à être inhumainement traités dans un pays qu'on avait regardé comme barbare au commencement du siècle. L'impératrice Anne régnait alors ; elle traita les officiers comme des ambassadeurs, et lit donner aux soldats des rafraîchissements et des habits. Cette générosité inouie jusqu'alors était en ce même temps l'effet du prodigieux changement que le czar Pierre avait fait dans la cour de Russie , et une espèce de vengeance noble que cette cour voulait prendre des idées désavantageuses sous lesquelles l'ancien picjugé des nations l'envisageait encore.
Le ministère de France eut entièrement perdu
cette réputation nécessaire au maintien de sa pondeur , si elle n'eût tiré vengeance de l'outrage qu'on 1 1 » " avait fait en Pologne ; mais cette vengeance n'était rien si elle n'était pas utile. L'éloignement des Houx ne permettait pas qu'on se portât sur les Moscovites ; et la politique voulait que la vengeance tombât sur l'empereur. On l'exécuta efficacement en Allemagne et en Italie. La France s'unit avec l'Espagne et la Sardaigne : ces trois puissances avaient leurs intérêts divers qui tous concouraient au même but d'affaibli" l'Autriche.
Les ducs de Savoie avaient depuis long-temps accru petit à petit lents états , tantôt en donnant àçs secours aux empereurs , tantôt en se déclarant contre eux. Le roi Charles-Emmanuel espérait le Milanais ; et il lui lut promis par les ministres de Versailles eî de Madrid. Le roi d'Espagne Philippe V, ou plutôt la reine Elisabeth de Parme , son épouse, espenit pour ses enfants de plus grands établissements que Parme et Plaisance. Le roi de France n'envisagfait aucun avantage pour lui que sa propre gloire, l'abaissement de ses ennemis, et le succès de ses alliés.
Personne ne prévoyait alors que la Lorraine dût être le fruit de cette guerre : on est presque toujours mené par les événements, et rarement on les dirige. Jamais négociation ne fut plus promptement terminée que celle qui unissait ces trois monarque*.
L'Angleterre et la Hollande, accoutumées depuis long-temps à se déclarer pour l'Autriche contre la France , l'abandonnèrent en cette occasion: ce Fut le fruit de cette réputation d'équité et de modéra-
tion que la cour de France avait acquise. L'idée d« ses vues pacifiques et dépouillées d'ambition enchainait encore ses ennemis naturels lors même qu'elle faisait la guerre; et rien ne fit plus d'honneur au ministère que d'être parvenu à foire comprendre à ces puissances que la France pouvait faire la guerre à l'empereur sans alarmer la liberté de L'Europe. Tous les potentats regardèrent donc tranquillement ses succès rapides, lue armée de Français fat maitresse de la campagne sur le Rhin . et les troupes de France, d'Espagne et de Savoie , jointes ensemble , furent les maîtresses de l'Italie* Le maréchal deVilîars , déclaré généralissime des armées française, espagnole, et piémontaise, finit sa glorieuse carriei a, à quatre-vingt-deux aus, après avoir pris Milan. Le maréchal de Coigni , sou successeur, gagua deux batailles , taudis que le duc de Montemar , général des Espagnols , remporta une victoire dans le royaume de tapies , à Bitonto , dont il eut le surnom : ces! une récompense que la cour d'Espagne donne souvent, à l'exemple des anciens Romains. Don Carlos , qui avjit été reconnu prince héréditaire de Toscane, fut bientôt roi de Naples et de Sicile. Ainsi l'empereur Charles VI perdit presque tonte l'Italie , pour avoir donné un roi à la Pologne ; et un fils du roi d'Espagne eut en deux, campagnes ces deux Siciles , prises et reprises tant de fois auparavant , et l'objet continuel de l'attention de la maison d'Autriche pendant plus de deux siècles.
Cette guerre d'Italie est la seule qui se soit terminée avec un succès solide pour les Français depuis Charlemaçue. La raison en est qu'ils avaient pour
eux le gardien des Alpes , devenu le plus puissant prince de ces contrées ; qu'ils étaient secondés des meilleures troupes d'Espagne , et que les armées furent toujours dans l'abondance.
L'empereur fut alors trop heureux de recevoir des conditions de paix que lui offrait la France victorieuse. Le cardinal de Fleuri , ministre de France, qui avait eu la sagesse d'empêcher l'Angleterre et la Hollande de prendre part à cette guerre , eut aussi celle de la terminer heureusement sans leur intervention.
Par cette paix don Carlos fut reconnu roi de Naples et de Sicile. L'Europe était déjà accoutumée à voir donner et changer des états : on assigna à François , duc de Lorraine , gendre de l'empereur Charles VI, l'héritage des Médieis, qu'on avait auparavant accordé à don Carlos ; et le dernier grand duc de Toscane , près de sa fin , demandait « Si on '< ne lui donnerait pas un troisième héritier, et quel " enfant l'empire et la France voulaient lui faire ». Ce n'est pas que le grand duché de Toscane se regardât comme unlief de l'empire ; mais l'empereur le regardait comme tel , aussi bien que Parme et Plaisance , revendiqués toujours par le saint-siege, et dont le dernier duc de Parme avait fait hommage au pape : tant les droits changent selon les temps ! Par cette paix , ces duchés de Parme et de Plaisance , que les droits du sang donnaient à don Carlos , fîls de Philippe V et dune princesse de Parme , furent cédés à l'empereur Charles VI en propriété.
Le roi de Sardaigne , duc de Savoie, qui avait compté sur le Milanais, auquel sa maison , toujours
agrandie par degrés , avait depuis long-temps des prétentions 1 n'en obtint qu'une petite partie, comme îe Xovarrois , le Tortonais , les iiefs de Langhes. Il tirait ses droits sur le Milanais d'une iille de Philippe II , roi d'Espagne , doat il descendait ; la France avait aussi ses anciennes prétentions par Louis "XII , héritier naturel de ce duché ; Philippe Y avait les siennes par les inféodations icnouvelées à quatre rois d'Espagne ses prédécesseurs : mais toutes ces prétentions cédèrent a la convenance et au bien public. L'empereur garda le Milanais ; ce n'est pas un fief dont il doive toujours donner l'investiture : c'était originairement le royaume de Lombardie annexé à l'empire, devenu ensuite un fief sous les Yiscontis et sous les Sforzes, et aujourd'hui c'est un état appartenant a l'empereur; état démembré à !a vérité , mais qui avec la Toscane et Mantoue rend la maison impériale très' puissante en Italie.
Par ce traité, le roi Stanislas renonçait an royaume qu'il avait eu deux fois et qu'on n'avait pu Lui conserver ; il gardait le litre de roi. Il lui fallait un autre dédommagement; et ce dédommagement fut pour la France encore plus que pour lui. Le cardinal de Fleuri se contenta d'abord du Rarrois , que le duc de Loi raine devait donner au roi Stanislas , avec la réversion à la couronne de France ; et la Lorraine ne devait être cédée que lorsque s;>n duc sciait eu pleine possession de la Toscane : c'était faire dépendre cette cession de la Lorraine d< coup de hasards; celait peu profiter des plus grands succès et des conjonctures les plus favorables,
Le garde-des-sceaux , Chauvelin, encouragea le cardinal de Fleuri à se servir de ses avantages : il demanda la Lorraine aux mêmes conditions que le Barrois , et il l'obtint.
Il n'en coûta que quelque argent comptant et une pension de trois millions cinq cent mille livres faite au duc François , jusqu'à ce que la Toscane lui fût échue.
Ainsi la Lorraine fut réunie à la couronne irrévocablement ; réunion tant de fois inutilement tentée. Par-là un roi polonais fut transplanté en Lorraine : cette province eut pour la dernière fois un souverain résidant chez elle ; etillarendit heureuse. La maison régnante des princes lorrains devint souveraine de la Toscane. Le second fils du roi d'Espagne fut transféré à Xaples : on aurait pu renouveler la médaille deTrajan: Régna assigna ta , les trônes donnés.
Tout resta paisible entre les princes chrétiens, si on en excepte les querelles naissantes de l'Espagne et de l'Angleterre pour le commerce de l'Amérique : la cour de France continua d'être regardée comme l'arbitre de l'Europe.
L'empereur faisait la guerre aux Turcs sans consulter l'empire ; cette guerre fut malheureuse : Louis XV le tira de ce précipice par sa médiation ; et M. de Villeneuve, son ambassadeur à la Porte ottomane , alla en Hongrie conclure , eu 1739, avec le grand-visir la paix dont l'empereur avait besoin.
Presque dans le même temps il pacifiait l'état de G;'- nés menacé d'une guerre civile; il soumit et adoucit pour un temps les Corses qui avaient secoué le
joug de Gênes ; le même ministère étendait ses soins sur Genève , et appaisait une guerre civile élevée dans ses murs.
Il interposait sur-tout ses bons offices entre l'Espagne et l'Angleterre , qui commençaient à se faire sur mer une guerre plus ruineuse que les droits qu'elles se disputaient n'étaient avantageux. Ou avait vu le même gouvernement, en 17^5, employer sa médiation entre l'Espagne et le Portugal : aucun voisin n'avait à se plaindre de la France ; et toutes les nations la regardaient comme leur médiatrice et leur mère commune. Cette gloire et cett* félicité ne furent pas de longue durée.