APRES CHAMPIGNY
Paris du 29 novembre au 3 décembre. — Le gouvernement. — Ses dépêches à la Délégation. — Effet de notre retraite. — Trochu et ses collègiiep»
Les proclamations affichées le soir du 28 novembre, celle sartout du général Ducrot ont soulevé un émoi indicible. Pendant les journées qui suivent, Paris est en proie aux anxiétés les plus poignantes. « 11 faut, pour s'en faire une idée, avoir ressenti le contre-coup des émotions qui agitaient cette population si impressionnable, il faut avoir vu son aspect et mesuré l'étendue de ses illusions et de ses craintes'. » Dans la matinée du 29, la foule qui, de bonne heure, remplit les rues, dévore les affiches. Chaque groupe retentit d'excla-
1. Jules Favre, le Gouvernement de la Défense nationale. Simple récit, tome n, p. 141 ; Francisque Sarcey, le Siège de Paris, p. 195, édition des Auteurs célèbres; M«"« Cornélius de Will, Six mois de guerre, 1870-1871, p. 71.
BlàaB DE PARIS. — m. 1
mations passionnées. On acclame les troupes, les bataillons de guerre qui se rendent à leurs postes. La ville entière frémit d'impatience, lorsque, vers midi, le bruit se répand qu'on n*a pu franchir la Marne. Ce n'est qu'un « cri de douleur et de rage ». En vain le gouvernement explique « l'incident ». Le coup n'en est pas moins porté. On n'a pas assez d'injures contre nos généraux, dont les ponts étaient c trop courts*». Puis surviennent les nouvelles du 30 novembre. Des bruits de victoire courent toute la ville. La joie est immense. On porte aux nues Ducrot et Trochu, le premier surtout. On s'accuse de les avoir méconnus. C'est le gouverneur , écrivent des journalistes repentants , « qui a tiré du néant cette armée, qui a rendu possible la victoire d'aujourd'hui. La Victoire ! ce nom sonne si harmonieusement aux oreilles françaises, çt nous en étions depuis si longtemps déshabitués * ! »
Depuis les premières heures du jour, c'est « une canonnade sans interruption, une canonnade si pressée que le coup de canon n'est plus perceptible. . . Il semble que c'est l'interminable grondement d'un orage qui ne se décide pas à éclater'. »
Les remparts, les hauteurs des quartiers du nord et de l'est sont couverts de spectateurs qui suivent avec une ardeur fébrile les détails apparents du combat. Au Père-Lachaise l'affluence est immense. Les portes voisines sont non moins encombrées ; on attend avec anxiété les blessés ; on veut savoir de leur bouche la marche de l'action ; on assiège les ambulanciers, les estafettes venant du dehors*. Les prisonniers amenés du champ de bataille sont l'objet d'une curiosité qui va jusqu'à l'injure.