Voir plus haut, p
ne veut pas même entrevoir la possibilité de faire une troisième capitulation avec une armée de 300,000 hommes, avant que cette armée ait fait au moins un suprême effort \ »
De même, le général Frébault croit que Ton doit ne pas s'exagérer les effets du bombardement. Il n'en juge pas moins impossible de percer les lignes. « A cet égard, il pense qu'il ne faut tenir aucun compte de l'opinion publique ; il faut faire son devoir sans se soucier de ce que pourront dire la France et l'Europe. . . Nulle part autour de Paris, il ne voit une position qui permette une grande bataille. . . » Il persiste à penser « qu'il faut se battre par devoir, mais sans croire au résultat».
Aux yeux de Clément Thomas, il y a deux obligations en présence, celles de l'armés et de la population. « Paris se doit à lui-même d'agir énergiquement. . . , il est tenu à faire plus de sacrifices que l'armée 5 il vivra à jamais déshonoré s'il se rend sans combat. » Il faut mettre la garde nationale à l'épreuve, « sa conviction est qu'elle relèvera le moral de l'armée et qu'elle fera son devoir ».
Le commandant supérieur du génie, de Chabaud-Latour, ne craint pas non plus « l'effet du bombardement. . . Les remparts lui paraissent ne pouvoir être attaqués que du côté du sud; encore l'ennemi ne pourrait-il le faire qu'en s'exposant à de grandes pertes.
« Le but doit être d'enlever ces batteries qui nous canonnent ; pour xîela, le général croit qu'il faut employer de concert la mobile, l'armée et la garde nationale. Une étincelle de patriotisme jaillira. . . de ce contact, et, si les résultats matériels obtenus sont peu de chose, les résultats moraux seront considérables ^ »
Enfin le ministre de la guerre Le Flô attire l'attention sur les armées extérieures. Partisan de vigoureux efforts, « il lîe veut pas les tenter avant d'être renseigné sur des armées qui ont déjà fait de si grandes choses et sur lesquelles il compte toujours. . . »
1. Procès -verbaux cités, séance du 31 décembre, Ducrot, tome III, p. 267. 55. Ibidem, p. 269.
Pour clore la discussion, le gouverneur insiste encore une fois sur le bombardement, dont on a affecté de réduire Fimportance et qui « modifie d'une manière importante Tattitude de l'ennemi vis-à-vis de Paris. Il est évident qu'on ne prendra ni les forts de l'Est, ni le plateau de l'Épine ; ce qui fait rimportance du bombardement, c'est qu'il entrave le mouvement des troupes. . . Voilà pourquoi il a dû faire évacuer le plateau d'Avron, pourquoi il faudra abandonner Bondy et Drancy *, » D'ailleurs, Trochu est « de l'avis du général Le Flô en ce qui concerne les armées de province. Il préfère voir ces armées coupées en deux, et il considère comme très remarquable la retraite du général Chanzy ; il y a là les éléments d'un succès provincial... L'essentiel pour Paris est donc de durer. Voilà la grande condition militaire. Mais la politique commande autre chose. Son avis est donc favorable à la défense active. . . Assez de capitulations, assez de milliers de fusils livrés. Quant à moi, dit-il, je ne jetterai pas dans les bras de l'ennemi la dernière armée française ; j'ai dit que je ne capitulerais pas et je ne capitulerai pas. Cette dernière heure venue, le gouverneur vous proposera une suprême entreprise qui pourra peut-être se transformer en déroute, mais qui peut-être aussi pourra produire des résultats inattendus *. . . »
On ne peut terminer cette analyse sans souligner le mot de Trochu : « J'ai dit que je ne capitulerais pas et je ne capitulerai pas. » Il est trop évideut que, depuis le premier jour du siège, le général a considéré une capitulation comme l'issue inévitable. Jamais il n'a cru le succès possible, nous l'avons maintes fois rappelé *. Dès lors son engagement répété de ne pas capituler n'est rien autre qu'une misérable équivoque. H ne capitulera pas sans doute, mais Paris devra ouvrir ses
1 . Ibidem, p. 269 : f . . . lui, gouverneur, sera encore obligé de se rendre sur les lieux pour prendre sur sa responsabilité révacuatlon des positions.
« Le général Oucrol afBrme qu*il prendra bien cette décision sur sa responsabilité, et môme sans recevoir d*ordres. . . »