‹ Siège de Paris (volume 2)Chapitre 158 sur 326 · CHAPITRE XXVni · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVni

L'Allemagne et le bombardement. — Effet sur la population. — Les hôpitaux. Les théâtres. — La proclamation de sainte GencYiJTe. — - Réflexions.

On sait que l'Allemagne entière hâte de ses vœux le bombardement de Paris, que le roi Guillaume^ le « héros victorieux », le « guerrier chevaleresque », comme écrivent journellement ses panégyristes \ presse de tout son pouvoir le moment où ses obus écraseront la grande ville. Qu'importent les femmes, les enfants, dont le sang rejaillira jusque sur les plis de son manteau impérial !

Le « moment psychologique » est venu , disent les pédants d'Outre -Rhin*. Paris a faim et froid; il commence à se rendre compte de la vanité de ses espérances, et les proclamations du général Trochu n'éveillent plus d'échos. Mais si Parmée, la garde mobile sont découragées, si même elles réclament la paix, parfois ouvertement, la population demande plus que jamais la résistance à outrance. Elle n'a pas cessé d'attendre un sauveur, qu'il vienne de province, comme

1. Voir plus haut, p. 139. — Rien n'égale l'excès d*admiraiion des Allemands pour ce souverain. Un seul numéro d'une revue militaire, les Jahrhiicher de juillet 1897, contient le compte rendu de quatre ouvrag(8 à sa gloire. L'un d'oui porte ce titre alléchant : « UEmpereur Guillaume le Grand, le chef de guerre victorieux, et son armée victorieuse, par J. Kessler, pasteur de garnison à Potsdam ». Le texte allemand comporte une sorte de calembour intraduisible : « Der siegreiche Kriegsherr und sein siegreiches Kriegsheer. »

2. La Gazette de la Croix écrivait que M. de Bismarck attendait pour le bombardement le « moment psychologique ». Le numéro du journal prussien entra dans Paris et l'expression devint à la mode, sans doute parce qu'elle ëlait incompréhensible. On -mit « ce moment psychologique en chansons et en caricatures » (F. Sarcey, p. 263). Le major de Sarrepont, p. 78, attribue ces mots à la Gazette de Silésie. — La Gazette de l* Allemagne du Nord du 7 janvier 1871 écrit : « Paris, qui a supporté seize semaines d'investissement avec une bonne liumeur qu'il faut bien reconnaître, commence à se sentir mal à l'aise. . . Nous avons trouvé des auxiliaires: le froid, la maladie et la famine. Leur action, jointe à la pression matérielle et murale des bombas qui frappent les faubourgs, fera comprendre aux patriotes les plus enragés que la ville géante n'est pas invincible. »

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d'Aurelle, Chanzy et Faîdherbe, ou qu'il doive surgir de la grande ville.

C'est le 5 janvier qu'une pièce allemande lui donne « un premier avertissement », suivant le mot de l'état-major prussien. Vers 2 heures, trois obus sifflent au-dessus de la mairie du XIV* arrondissement, à Montrouge. L'un met le feu à une maison de la rue Daguerre ; les deux autres criblent de leurs éclats trois ou quatre immeubles de la rue Lalande. La rue Gay-Lussac est également atteinte*. D'abord on croit naïvement à une erreur de pointage. Mais il faut bientôt en rabattre*. Quoique les victimes de cette première journée soient assez nombreuses, le bombardement n'excite « dans toute la population qu'une curiosité vive* ». Tous les journaux du temps en font foi. On court aux endroits frappés par les obus comme à un spectacle. Le 9 janvier, les promeneurs affluent sur le boulevard Saint-Michel et aux environs du Panthéon, fréquemment atteints les jours précédents. 11 faut un projectile pour dégager les rues. Les curieuses sont légion et poussent des éclats de rire comme à une fête *. Le 11 janvier, trois obus, qui atteignent Saint-Sulpice , n'empêchent pas deux mariages, dont l'un de première classe, d'y être célébrés en même temps *. Cinq autres frappent le café d'Harcourt, près de la Sorbonne. Toute la nuit, on continue d'y chanter et d'y boire, comme si de rien n'était*.

Un témoin oculaire écrit le 15 janvier : « Jamais le bombardement n'a été aussi violent qu'aujourd'hui ; il n'empêche pas la population d'être fidèle à sa promenade habituelle du dimanche ^» Même là où plusieurs obus sont tombés, les

1. Journal du siège, par le Gaulois, p. 388. — Le roi Guillaume écrivit à la relue Augusia : « Le bombardement de Paris a commencé aujourd'hui, par un splendide soleil d'hiver. ■ (De Sarrepont, le Bombardement de Paris, p. 85.)

2. A. Dalséme, Paris sous les obus, p. 800; F. Wey, Chronique illustrée du siège de Paris, p. 305 ; Journal du singe, par un bourgeois de Paris, p. 630.

3. F. Sarcey, p. 264 ; Journal du siège, par le Gaulois, p. 288; Viaoy, p. 380. — Il y eut, du 6 au 6 janvier, 5 morts, dont 3 femmes, et 5 blessés, dont 2 femmes (L. Larchey, p. 2:^0).

4. Journal du siège, par le Gaulois, p. 401; Ibidem, p. 390 et 391; H. Rochefort, tome II, p. 279.

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