Trochu, Œuvres posthumes, tome I«', p
LE BOURGEÏ - VILLE-ÉVRART. . 39
dace. Entre les deux, le bon droit n'apparaissait pas avec une entière évidence. De là tant d'acquittements scandaleux au premier abord, tels que celui de Sapia *.
L'épisode qui précède n'est pas seul à indiquer une scission commençante entre Trochu et ses collègues. Le 5 décembre, le conseil supprime purement et simplement une dépêche de lui faisant connaître à la population les^causes de notre inaction après le 2 décembre. Jules Simon % déclare que c'est de l'action qu'on demande et non des proclamations ' » .
La lettre de Moltke est Toccasion de nouvelles discussions. Le parti de la résistance l'emporte, mais non d'une façon définitive. Le 10 décembre, Ernest Picard revient à la (charge : « Il faut savoir se préparer aux résolutions suprêmes sans attendre les événements. » Jules Favre appuie dans le même sens, mais beaucoup moins nettement et pour ne trouver que des contradicteurs parmi le reste du conseil. Jules Ferry le supplie de ne pas persévérer dans cette voie du découragement, qui enlève à tout le monde la foi et le courage. « Il faut avoir une foi absolue dans un général en chef, et cette foi, il déclare l'avoir dans le général Trochu*. » Jules Favre est loin de la partager, bien qu'il évite encore de se prononcer. Il ne cesse de presser le gouverneur d'agir « à tout prix et promptement ». Il réclame communication de son « plan de campagne » et lui déclare que le conseil ne saurait « prendre la responsabilité d'exposer la population à la famine^ ». Quoi qu'il s'en défende, la capitulation est au fond de sa pensée ; il la pressent inévitable. Quant à Trochu, il pense de même, mais pour s'en tenir à son habituel fatalisme : « Les événements se chargeront d'eux-mêmes de ré^
1. Lo 9 octobre, Sapîa rassemble soa bataillon en armes, contre la défense du gouvernement, et l'excite à marcher sur THÔtel de Ville, pour s'en emparer. Ses gardes nationaux n*en entendent pas plus, se jettent sur lui et ramènent au Louvre, couché au fond d*uae charrette. Il passe devant un conseil de guerre qui l'acquitte (Trochu, Œuvres posthumes, tome !•', p. 3i7).