‹ Siège de ParisChapitre 101 sur 326 · Journal du siège, par le Gaulois, p · texte numérisé non relu

Journal du siège, par le Gaulois, p

3. Journal du siège, par le Gaulois, p. 349; L. Larchey, p. 202.

noncent l'arrêt de l'opération et la population démêle, dans leurs récits confus, un nouvel insuccès. Le déchaînement est universel, surtout contre le gouverneur. Nul ne prend au sérieux les assurances du rapport militaire promettant de nouveaux cumbats. Mais, si l'on est unanime à se plaindre du commandement, de la direction imprimée à la défens^e, on l'est encore davantage dans la résolution de tenir jusqu'au bout. « A part le groupe des factieux, des révolutionnaires. . . toutes les classes, riches ou pauvres, tous les âges, jeunes ou vieux, rivalisent d'ardeur, de dévouement. Chacun mettant de côté et ses affections et ses espérances, ne songe qu'au pays menacé \ . . »

Bien que la vie soit profondément troublée, les jours qui s'écoulent, ramènent les dates familières, rendant plus douloureux le contraste du temps passé et de la misère présente. Le 22 décembre , on commence à construire sur les boulevards les baraques du jour de l'An. Puis la nuit de Noël évoque le souvenir de tant d'animation et de gaieté disparues. « La plupart des églises ont fermé leurs portes ; par les rues éclairées au pétrole. . . dans une demi-obscurité, sonne le pas rare de quelque passant tardif. Un petit nombre de restaurants sont restés ouverts, soit au centre ordinaire des plaisirs parisiens, du boulevard des Italiens au boulevard ^Montmartre, soit dans les quartiers populeux, à ^Montmartre, à Ménilmontant et à Belleville. Ici, on boit du vin bleu. Là, on s'est, par dilettantisme, réuni pour souper autour de menus extravagants. . . Personne n'a le cœur à s'amuser. Avec quelle mélancolique amertume on se rappelle la physionomie toute pétillante de Paris, de notre Paris, en ces jours qui précèdent le 1" janvier? » La seule consolation — et elle est mince — consiste à se dire que l'ennemi n'assiste pas aux fêtes traditionnelles du Vaterlancl '.

1. Ducrot, tome III, p. 217; F. Sai-cey, p. 220; Jouaust, Tahlelles quotidiennes du siège de Paris, p. 59.

2. F. Sarcey, p. 2iO; Joitnul du sièje, par un bourgeois de Paris, p. 544 à .'>45; E. Chevalet, p. 207 à 2U; H. Uabol, p. 78; Micliel Cornudet, p. 328; J. de Martliold, p. 225.

126 BCZENVAL-LA CAPITULATION.

« Et le matin du 1" janvier ! Non je n'oublierai jamais ce premier matin de l'année 1871, quand la domestique m'apporta sur un guéridon le déjeuner, et qu'en ce jour de fête, où toute la famille réunie se comble joyeusement de souhaits et de baisers, je me vis tout seul, au coin de mon feu, vis-à-vis d'un morceau de cheval qui fumait dans l'assiette; je sentis tout mon être défaillir, et fondis en larmes 1 Ah ! ces larmes, que d'autres les ont versées à cette heure cruelle ! songez que, tous ou presque tous, nous avions envoyé au loin nos mères, nos femmes, nos enfants, et que depuis trois mois nous vivions sans nouvelle d'aucune sorte M . . . »

Malgré la détresse universelle, tous les genres de fanatisme se donnent carrière. C'est Edgar Quinet, dont le lyrisme s'épanche dans un jargon incompréhensible^. 11 célèbre notre «victoire morale », la défaite des vieux partis, des traîtres contenus dans l'ombre. Pour lui, ces jours si sombres sont les plus beaux, les plus heureux de sa vie^. Louis Veuillot bénit les désastres qui « tournent enfin nos regards vers le ciel * » .

Dans les clubs, toujours même agitation sans but, menée ]iar le même personnel en quête de popularité facile. On insulte à la journée le gouvernement « de la Démence, de la Défiance, de la Paralysie nationales». Plus que jamais, on réclame la Commune^. On voudrait, pour défendre Paris, « un vrai grand homme comme Bonaparte P' », On exige la sortie torrentielle ; les généraux se révéleront d'eux-mêmes*^. On prononce la condamnation à mort de Bazaine et de ses complices, Canrobert, Le Bœuf et Coffinières. On s'engage à

1. F. Sarcey, p. 2i2. Voir dans le Journal du siège, par le Gaulois, p. 379, l'article que résume ce passage; J. de Martliold, p. 236; M^^ Adam, p. 370; E. Chevalet, p. 223; M. Cornudet, p. 350; Journal dutiège, par un bourgeois de Paris, p. 5»2 ; H. Dabot, p. 213; D^ S:irazin, p. 2C.5.

2. A. Duquel, Purin, Second échec du Bourget el perte d'Avron, p. 201.

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