Jules Favre, tome If, p
2. Jules Favre, tome II, p. 256; J. Valfrey, Histoire de la diplomatie du gouvernement de la Défense nationale, 2" partie, p. 107 et 108.
184 BUZEXVAL-LA CAPITULATION.
Malgré les efforts de M. de Chaudordy, l'Italie seule déclarait officiellement qu'il n'y avait pas lieu à cession de territoire. Il ne désespérait pas d'y amener d'autres puissances neutres, lorsque « des conversations imprudentes, émanées de personnes dont la légitime importance dans l'Etat n'était pas contestable » , venaient entraver ces négociations. M. Thiers ne se faisait pas faute de dire ouvertement, à Tours, que « la résistance de Paris était une folie, que, sans l'obstination du gouvernement de la Défense nationale, on aurait conclu un armistice sans ravitaillement, que la paix avec l'abandon d'une province était dans la fatalité des événements' ». Dans sa hâte de jouer le grand rôle qu'il savait devoir inévitablement lui revenir à la paix, le vieil homme d'Etat ne ci-aignait pas d'aller bien au delà de ce qu'auraient dû lui dicter les intérêts du pays. Aussi a-t-il toujours perdu de sa popularité, un moment si grande, à mesure que le caractère personnel de sa politique se percevait davantage.
Comme lui, le gouvernement autrichien nous engageait vivement à en finir par la cession de l'Alsace et le paiement d'une forte indemnité. Les ministres anglais s'avançaient moins encore : ils revenaient constamment , non sans raison, sur la nécessité d'élire une Assemblée, mais refusaient, même dans cette hypothèse, de nous promettre un appui officiel quelconque. Xous leur faisions en vain des « ouvertures très positives » , en vue d'obtenir un concours moins incertain. Ils les déclinaient «avec une douce et cordiale fermeté' ».
^Malgré ces faits peu encourageants, la Délégation ne cessait d'insister auprès du gouvernement de Paris pour qu'il nous fît représenter à la conférence. En recevant les dépêches de Jules Favre datées des 2 et 4 décembre, elle ne dissimulait pas qu'un refus froisserait vivement l'Angleterre et nous aliénerait tout à fait les autres puissances. Ces réponses
1. Jules Favre, lome II, p. ï57, ne désigne pas M. Thiers, mais le nom de celui-ci ressort nettement de tout ce passage.
2. Jules Favre, tome II, p. 257 et suiv., avait envoyé M. Reitlinger en mission coafidentielle à Vienne et à Londres.
aux déclarations du ministre des affaires étrangères arrivèrent seulement le 15 à Paris. Jusqu'alors Jules Favre persistait dans ses imprudentes exigences \ Les instances de la Délégation modifièrent sa manière de voir. Le 16 décembre, dans une dépêche à M. de Chaudordy, il semblait plus disposé à admettre notre participation à la conférence '.
Le soir même, il donnait lecture au conseil de la lettre de M. de Chaudordv, et des vues fort divero^eutes se manifestalent aussitôt parmi les membres du gouvernement. Le général Trochu, Pelletan, Ernest Picard, Jules Simon se prononçaient plus ou moins nettement en faveur de la participation. Jules Favre voyait dans la conférence « un piège de la Prusse ». Il admettait notre présence dans un seul cas^ « celui d'une promesse préalable d'alliance entre la France, l'Angleterre, l'Autriche et l'Italie ! » Là-dessus, Trochu déclarait « n'avoir jamais songé à l'alliance de la Russie, que notre régime politique écarte de nous ». Il croyait à l'union avec l'Angleterre , intéressée qu'elle était à s'appuyer sur notre pays. Gamier-Pagès, Jules Ferry, Emmanuel Arago opinaient dans le sens de Jules Favre. Enfin dix voix contre deux, celles de Jules Simon et d'Ernest Picard, acceptaient la naïve motion suivante : « Si la conférence ne peut s'occuper que du traité de 1856, la France n'y assistera pas, à moins que l'Angleterre, l'Autriche et l'Italie ne lui promettent un traité d'alliance*. »
Jules Favre ne tarda pas à réduire ses exigences. Le 17 décembre arrivaient des dépêches de M. de Chaudordy
1. « 11 faut lâcher de reprendre l'armistice avec ravilaîllement et convocation de l'Assemblée. Si la Prusse veut consentir à ce préliminaire, je le signe demain. Je consens aussi à la convocation de TAssemblée marcliaut de pair avec uti congrès qui jugerait toutes les questions litigieuses. » (Dépêche du 9 décembre, J. Favre, tome II, p. 258. i
2. Voir cette dépêche, J. Favre, tome II, p. 259 et suiv. — Dès le 15, J. Favre » chargeait M. de Chaudordy de tenter auprès de l'Angleterre une démarche plus positive et dont le succès aurait rendu impossible toute entreprise des puissances pour nous empêcher de défendre noire cause à la conférence ». Il n'entre pas dans le détail de cette démarche, qui n'eut a aucune suite ».
3. Procès-verbaux cités, Ducrol, tome III, p. 386, 16 décembre; J. Favre, to.-ne II, p. 263, ne mentionne pas celle première séance.
portant les dates des 11 et 12'. Elises étaient d'une nature grave. Il avait fallu évacuer Tours, menacé par l'ennemi. La Délégation était à Bordeaux. « M. Odo Russell n'avait rien pu obtenir à Versailles. Deux lettres de l'empereur de liussie restaient sans réponse, et la proposition faite par le Saint-Père d'un armistice de quinze jours avec ravitaillement avait été repoussée d'une manière peu obligeante^.» Gambetta et M. de Cbaudordy jugeaient indispensable qu'on assistât à la conférence, même sans armistice ni promesses préalables. Le dernier insistait de la façon la plus vive pour que Jules Favre représentât la France ^
La discussion reprit au conseil, donnant au général Trochu l'occasion de déclarer que les Allemands « en avaient assez », qu'ils « ne pouvaient tenir plus d'un mois ». Il ne s'opposait pas à ce que Jules Favre fût délégué à la conférence, tout en ne prêtant à cette réunion qu'une très faible importance. Seuls Garnier-Pagès et Emmanuel Arago maintenaient leur opposition. Quant à Jules Favre, il annonçait l'intention de s'en tenir plus que jamais à son programme : « Pas une pierre de nos citadelles, ni un pouce de notre territoire*. » On finit par décider qvie nous serions représentés à la conférence, mais en subordonnant le choix du plénipotentiaire à une réponse de la Délégation % que les dépêches précédentes laissaient as-
1. J. Favre, tome II, p. 262; d'après les Procès-verbaux cités, 17 décembre, Dpcrot, lome III, p. 388, ces dates seraient les lO et i2 décembre,