M. Buscli, tome II, p
2. D'après M. Buscli, tome II, p. 262, J. P'avre revint à l'hôtel Jessé à l heure et demie et resta avec M. de Bismarck prés tle deux heures.
mille hommes d'excellentes troupes entière ;nent ai-quis à la cause impériale*. »
Sans doute, M. de Bismarck est le premier à ne pas prendre ces assertions au sérieux. Jules Favre ne s'en évertue pas moins à les réfuter. Puis il passe aux bases qu'il a indiquées la veille pour une convention et prie le chancelier de les examiner avec lui.
Son adversaire n'y est pas encore disposé. Il soulève une nouvelle difficulté : « . . .Pouvez-vous me donner l'assurance que ^[. Gambetta vous obéira? Pour ma part, j'en doute. . . » Cette question si directe n'est pas sans embarrasser Jules Favre. La correspondance récente de Gambetta lui a révélé des tendances marquées à séparer sa cause de celle du gouvernement de Paris, à secouer sa tutelle, si peu gênante qu'elle ait été jusqu'alors-. Il ne peut donner à ^I. de Bismarck que des probabilités ^
Après ces préliminaires voulus, le chancelier en vient à la convention projetée. Le principe de l'armistice et de la convocation d'une assemblée est admis par lui sans contestation. Le désaccord commence au sujet de la durée de suspension des hostilités. Jules Favre demande trente jours ; M. de Bismarck en accorde la moitié seulement. Il fait valoir l'opinion des généraux, très contraire à tout armistice, le danger de laisser à nos armées le temps de se réorganiser. L'accord se fait entin sur une durée de ti'ois semaines, avec faculté de renouvellement.
1. J. Favre, tome II, p. 39 1. — Dans la séance du conseil du même soir, J. Favre fit des déclaralioas un peu ditl'érenles : « M. de Bismarck a obsené qu'un tiers des soldats prisonniers étaient décidés à défendre l'Empire comme des prétoriens qu'ils sont; qu'un autre tiers était républicain ou orléaniste; enfin, un troisième tiers indifférent. Nous amènerons avec nous, a-t-il dit, le tiers bonapartiste, et il nous aidera à mater les autres. » i Procès-verbaux cités, Ducroi, tome IV, p. 297.)
2. Voir la dépêche de Favre à Gambetta, 2i janvier : « Vous nous reprocliez notre inaction en termes que je ne veux pas relever. Vous parlez de Metz et de Sedan... t (J. Favre, tome II, p. 346.)
3. Il y a, sur ce point, une ditTérence marquée entre le livre de J. Favre, lome II, p. 392, et sa déclaration au conseil (Procès-verbaux cilés, 24 janvier, Ducrot, lome IV, p. 299). Dans cette dernière, la plus rapprochée des faits, par sa date, et la plu? vraisemblable, la réponse de J. Fa\Te est négative. Elle est affirmative da'is son livre.
La question de la garde nationale donne lieu à des discussions beaucoup plus vives. M. de Bismarck admet que les soixante bataillons constitués par l'empire resteront armés, mais il veut désarmer les autres. Rien de plus facile. 11 ne donnera « un morceau de pain que conti'e la remise d'une arme entière ou brisée ». Jules Favre répond avec juste raison que la distinction est impossible à établir entre l'ancienne et la nouvelle garde nationale. Il réclame pour toutes deux la conservation des armes'. La question reste en litige.
De même, en ce qui touche l'armée de Paris. ]\I. de Bismarck admet aisément qu'elle ne sera pas transportée en Allemagne. Il a pour cela une raison majeure : l'encombrement qui existe déjà. Mais il réclame l'internement de nos soldats dans les deux presqu'îles de Saint-]\Iaur et de Gennevilliers, sous le canon allemand; les officiers seront tenus prisonniers à Saint-Denis. Jules Favre demande instamment le maintien de tous à Paris, sans l'obtenir encore.
L'entrée de l'ennemi dans la grande ville donne lieu à une discussion moins vive. Jules Favre n'a aucune peine à montrer les dangers qui en résulteraient. Le chancelier n'insiste pas autrement. Paris ne sera pas occupé, mais tous les forts devront être livrés, l'armement de l'enceinte détruit ou livré aux Allemands \ D'ailleurs, cette concession n'est faite que pour la durée de l'armistice, ce qui la rend à peu près illusoire. M. de Bismarck se réserve des compensations plus sérieuses.
Le soir, Jules Favre rentre à Paris et assiste au conseil (10 heures) pour rendre compte de sa mission. Les renseignements qu'il a recueillis sur nos armées de province sont
1. Il y a de nouveau contradiction entre le livre de J. Favre, tome III, p. 393, et sa d(5claralion au conseil du 2 4 janvier. Nous ne croyons pas que, comme le dit alors J. Favre, M. de Bi-marcU ait consenti ce jour-là à laisser la garde nationale et ses armes dans Paris. La version du livre, «il ne nous fallut pas moins de trois journées do controverses. . . pour aboutir à une solution », parait plus vraisemblable. Elle est, d'ailleurs, conforme à celle de M. d'Hérisson, p. 335.
2. l'rocé s -verbaux cités, 24 janvier, Ducrot, tome IV, p. 299.
des plus tristes: elles seraient en complète déroute sur tous les points, même Bourbaki, dans la « plus mauvaise situation, menacé qu'il est par les deux armées de ManteufFel et du général Werder (sic) ' ».
Quant aux conditions que Jules Favre a obtenues, ses collègues sont à peu près unanimes à les trouver « inespérées » . Une seule préoccupation les hante : préparer la population, tant de fols trompée par des assurances contestables, à l'idée d'une capitulation prochaine. Jules Simon et le général Clément Thomas proposent de rassembler les journalistes, de leur faire connaître la situation vraie. Arago, Magnin, Dorian voudraient encore remettre le soin de capituler à de nouveaux élus, ou du moins se faire autoriser spécialement à traiter. Le général Vinoy signale la différence faite entre l'armée et la garde nationale, dont l'une conservera ses armes, tandis que l'autre sera désarmée. Cette objection trouve un écho inattendu dans le propre chef de la milice citoyenne, Clément Thomas: «Si la gendarmerie est comprise dans l'armée, il ne restera avec des armes que cette. . . garde nationale qui est aussi imparfaite au point de vue de l'ordre qu'en face de l'ennemi, car, s'il y a de bons bataillons, il y en a aussi de mauvais. . . Il demande donc. . . que deux divisions au moins restent armées dans Paris". . . »
On en revient à la nécessité d'avertir la population. Il faudrait éviter en même temps de trahir notre détresse visà-vis de l'ennemi. La solution est malaisée à découvrir et la discussion interminable. Enfin, deux membres seulement, Trocliu et Jules Ferry, votent pour l'insertion d'une note au Journal officiel. Elle est repoussée.
Avant de se séparer, à 2 heures et demie du matin, les collègues de Jules Favre lui refusent l'adjonction d'un militaire et d'un « financier » pour la reprise des négociations.
1. Procès-verbaux cités, Ducrol, lome IV, p. 296. « Le général Trochu croit à roxaséralion des désastres des armées de province. » [Ibidem.) « Après avoir examiné la situation de Chanzy, Bourbaki et Faidherbe, il en conclut que, s'il ne parait pas possible que Bourbaki passe en Suisse, il n'eu est pas moins cortaln que sa situation est mauvaise on général. . . » [Ibidem, p. 304.j