Happort inséié au Journai officiel du 22 décembre
Combat de Ville - Evrart
( 21 Décembre 1870 )
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Extrait de la feuille N% du Départeweiu de la Seine su —
LE BOUEGET - VILLE-EVRART. 97
Des diversions plus insignifiantes s'il est possible, ont lieu aux abords du Mont-Valérien. A hauteur de Rueil, le chef de bataillon du génie Faure tente de jeter un pont entre la rive gauche de la Seine et l'île du Chiard (nuit du 21 au 22 décembre). Mais le feu de l'ennemi embusqué dans quelques maisons l'en empêche. Au matin, deux compagnies de francs -tireurs de Paris se jettent dans l'île, en s'aventurant sur les ruines du viaduc. Elles tiraillent durant une heure environ contre les landwehriens établis dans Chaton, sans leur causer aucune perte \
Enfin le général Noël a dirigé du Mont-Yalérien, vers 7 heures, de fortes reconnaissances sur Longboyau, Buzenval et Montretout. L'ennemi y attache d'abord une certaine importance, parce qu'il voit là une menace pour Versailles, mais nos bataillons se retirent sans s'être engagés'.
Telle est l'issue de cette sortie, si bruyamment annoncée. De la journée du 21 décembre, il reste une lutte héroïque, mais malheureuse au Bourget ; une pointe en avant, aussitôt arrêtée, vers Aulnay, un demi-succès suivi d'une honteuse échaufi^ourée à Ville-Evrart. C'est un résultat bien mince pour un si grand déploiement de forces , sur un front si étendu. Nos pertes sont minimes, mais le froid va rapidement les accroître .
La température a, en effet, brusquement changé. Après une matinée brumeuse, le ciel se découvre et la gelée reprend. Le thermomètre descend à — 8° dans la plaine Saint- Denis, où nos troupes sont presque toutes bivouaquées, tandis que l'ennemi est au cantonnement. « Quelle cruelle soirée ! Quelle cruelle nuit ! Pour faire la soupe dans ce camp du froid, quelques grains de riz, quelques miettes de biscuit,
1. Ètul-mujor prusxien, lome III. p. 77fi; Ra/ipurt mililairp du 21 déremlire; Lettre de plusieurs francs- tireurs. Journal du iiège , publié par le Gauloi". p. 340. Nous eûmes i officier lue et i blessé. Ces francs-iireurs ajoutent : « Enflammés du dcsir de la vengeance, les francs -tireurs firent payer chèrement aux Prussiens la mort de leur chef.. . i
2. Rapport mililaire du 21 décembre; Louis Schneider, l'Enifereur Guillaume, Souvenirs intimes, tome III. p. 144. UÉtat-maJor f/russien ne mentionne même pas celte démonsiraiion.
SIÈOi:: DE PARIS. lit. 7
de l'eau qu'on puisait à grand'peine en perçant la glace du canal de l'Ourcq et qui gelait pendant le transport. La nuit arriva dès 4 heures, sombre, triste ; une bise du nord aiguë, déchirante, lacérait le visage des malheureux groupés autour de rares et chétifs feux de bois vert. . . La terre était trop dure pour qu'on pût enfoncer des piquets de tente. . . ; ils se brisaient....; bien peu dormirent cette nuit-là. . . et parmi les dormeurs, on constata dès le lendemain 900 cas de congélation \ y> — « Ce soir-là j'entendis pour la première fois les hommes dire ouvertement: «Nous en avons assez'.» La période la plus douloureuse du siège va commencer, celle où la confiance s'émiette chaque jour, où les colères s'allument, où les privations deviennent toujours plus dures. Beaucoup sentent confusément que la fin du drame approche, sans pouvoir soupçonner quelles effroyables péripéties l'accompaîrneront.
1. Cité par Ducrot, lome III, p. 188, d'après Sarreponl, p. 384, sans qu'ils en indiquent la source. Voir également J. Favre, tome II, p. 195; le Journal du siège, puhllij par le Gaulois, p. 34i et .342.