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Procès-verbaux cités, séance du 25 décembre

3. Procès -verbaux cités, séance du 25 décembre; Jules Favre , tome II, p. 198.

au 2ô décembre, un rapport faisant ressortir la démoralisation des troupes et surtout de la garde mobile. C'est, « pour ainsi dire, un corps à refaire. Il a dû céder aux généraux et à la température. L'armée n'a jamais été qu'une ombre d'armée, elle ne sait ni ne peut marcher; la force, l'habitude lui manquent ». Il demande quelle est la situation à Paris, tout en ne dissimulant pas qu'il la devine. Il se déclare prêt à donner sa démission, si on la juge utile pour la prolongation du siège. Il craignait un désastre qu'il a pu empêcher jusqu'alors ; mais il se rend compte que la population souhaite mieux que ce résultat. « On doit du moins lui rendre cette justice que, s'il n'a pas fait de grandes choses, il n'en a jamais promises. » Il n'est pas « un grand homme, mais un brave homme ». Il est persuadé qu'on ne pourra percer les lignes'.

Avec une résignation plus apparente que réelle, car elle sera démentie par sa conduite ultérieure, il admet son remplacement^, mais se garde de cacher la difficulté du choix à exercer : « Les généraux qui se sont préparés au premier rôle ne sont peut-être pas les meilleurs.. . Ducrot, homme considérable, dont il fait le plus grand cas, n'a pas, vis-à-vis de la République, les sentiments dont il est animé luimême »... Quant à Vinoy, il « a toujours un plan tout fait et certain de réussir, quoiqu'il ne réussisse jamais ». Ayant ainsi détruit les chances des deux généraux les plus en vue, il pose la candidature du ministre de la guerre Le Flô, sachant bien que, ni ses aptitudes, ni son long éloignement de l'armée ne permettent de lui confier une situation aussi difficile. Naturellement cette candidature n'a aucun succès. Le Flô, Garnier-Pagès et Arago déclarent impossible la retraite du gouverneur; elle entraînerait la leur^. Le premier soin d' Arago «serait de réclamer du général présenté une

1. P7-ocès-ver baux ciiés, séaace du 26 décembre; Jules Favre, tome II, p. 205. Voir Siège de Paris. Clidtillon, Chevilly, La Malmaison, p. 60.

2. Trochu, Œuvres postliumes, tome I^r, p. 4!t4 : « Je me tiens prêt à me retirer, — non par démission donnée, mais par remplacement ordonné, — devant un plus habile ou un plus heureux. «

3. Procès-verbaux cités, séance du 26 décembre; J. Favre, p. 2o6.

profession de foi républicaine». Ni lui, ni C4arnier-Pagès ne peuvent admettre qu'on fasse « défendre la République par l'ex-sénateur Vinoy ». Le général Le Flô «fait vivement observer qu'il n'y a pas que des républicains à défendre la République; M. de Charette vient de le prouver». Néanmoins, la thèse de Garnier-Pagès et d'Arago ne rencontre pas de contradiction sérieuse. Il est évident que, comme le premier, le reste du conseil a coniiance seulement dans les idées politiques de Trochu. Celles des autres généraux lui inspirent une défiance absolue.

La discussion s'égare. Le Flô propose de tenir jusqu'au bout; puis, les vivres épuisés, de «former trois groupes résolus à forcer les lignes, par le nord, le sud et l'ouest». La capitulation lui paraît impossible. Il est opposé au remplacement du gouverneur, mais il veut que le conseil prenne désormais une plus grande part à la défense. — C'est, inévitablement, affaiblir encore l'autorité de Trochu, déjà fort diminuée. — Lui aussi, Garnier-Pagès veut « amener le conseil à laction et à la responsabilité militaire ». Il reproche à la défense d'avoir manqué d'audace. « On craint des pertes, on redoute un désastre et on s'arrête. » Le gouverneur pense tout autrement : « On a procédé sans cesse par des coups d'incroyable audace \ . . » Son programme se réduit à tenir jusqu'au dernier morceau de pain. Quant à faire brèche dans les lignes allemandes, il n'y faut pas songer. A l'appui, il entre « dans de longs développements » sur le système d'investissement de Paris, montrant trois ou même cinq séries

1. Procès-verbaux cilés; le général Trochu, Œuvres posthumes, tome I", p. 491, proteste vivement contre l'inaction, le système de temporisation qui lui étaient reprochés par Gambetta et Jules Favre. Il porte nos jtertes à la fin de décembre, dans Paris, à 4,ioo tués et 2i,f)00 blessés ou disparus, et ajouto que ces chiffres représentent trois fois ceux des pertes subies à cette date par les armées de la Délégation. Cette a(Tirmation est basée sur des renseignements inexacts. En elTot, même sans tenir compte des troupes du Nord, de Normandie et de l'Est, il est aisé de se rendre compte que les pertes de l'armée de la Loire à Coulmiers, à Peaune-la-Rolande, à Loigny-Poupry, à Orléans, du 9 novembre au 4 décembre seulement, atteignirent 32,000 hommes au moins (Campagne de la Loire. Coulmiers et Orléans, p. 153, 2P5, 325, 378). Encore négligeons-nous des combats sanglants comme ceux d'Orléans (il octobre! et de Villepion (i'' décembre).

d'obstacles qui rendent impossible toute tentative de sortie, sauf pour de petits g-roupes, la nuit'.

De ce long échange d'idées, souvent banales et confuses, une opinion à peu près unanime finit par se dégager. On est contraire à la retraite du général Trochu ; on lui refuse même le droit de se retirer sans l'aveu du gouvernement. Mais on est unanime à désirer la réunion d'un conseil de guerre ; la difficulté croissante de la situation fait qu'on s'attache cà cette solution, faute de mieux, comme le noyé saisit la poignée d'herbes qu'il entraînera avec lui au fond de l'eau. Il est décidé que les généraux Ducrot et Vinoy, l'amiral de La Roncière seront convoqués pour le 27, à 2 heures. Le bombardement d'Avron fera ajourner cette convocation au 31 décembre'.

1. Procès-verbatix cités. — Ce n'est pas l'avis de Viollet-le-Duc, p. 9?, qui a fait de ces travaux une étude attentive.

2. Procès-verbaux cités; Ducrot, tome III, p, 212; Jules Favre, tome II, p. 206; Trochu, Œuvres poslhumes, tome I'^'', p. 492 à 495.

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